‹ L'amitié antiqueChapitre 8 sur 194 · Éth. Nie VIII, I, 1155 B · texte numérisé non relu

Éth. Nie VIII, I, 1155 B

d'Empédocle ou d'Heraclite : i° en elle-même, dans l'ordre des faits où elle est énoncée, 2° dans son application ou extension aux sentiments, à l'amitié proprement dite.

Voyons d'abord quelle est, selon Platon, la valeur de ces thèses, appliquées à l'amitié entre personnes. La thèse d'Empédocle est que ce sont les semblables que rapproche l'amitié, témoin ce vers d'Homère : « Toujours un dieu conduit le semblable vers le semblable », et ces proverbes : « le geai connaît le geai, — le voleur connaît le voleur, — le loup connaît le loup1 ». Mais de telles maximes sont fausses, du moins prises à la lettre et au sens absolu. En effet elles ne s'appliquent à personne, ni aux méchants n i aux bons. Elles ne s'appliquent pas aux méchants : plus le méchant ressemble au méchant, plus il en est l'ennemi; car le méchant est injuste et il est impossible que celui qui commet l'injustice et celui qui la subit soient amis, On pourrait croire qu'elles s'appliquent aux bons. Mais d'abord c'est une question de savoir si le bon est l'ami du bon, « en tant qu'il lui ressemble », ou en tant que bon. Or il semble bien que c'est la vertu, et non pas la ressemblance, qui fonde l'amitié. Donc il faut dire, pour parler exactement, qu'il y a amitié, non pas entre les semblables, mais entre les bons. Mais cela même, on ne doit pas le dire, on n'en a pas le droit, rigoureusement parlant. En elfet, « le bon, en tant que tel, se suffit à lui-môme et n'a pas besoin d'amis2 ». Donc, si on en presse le sens, la maxime d'Empédocle apparaît insoutenable et fausse de tous points.

Retournons-nous vers la maxime inverse d'Heraclite : l'amitié est l'union des contraires. On invoque ici l'autorité, non plus d'Homère, mais d'Hésiode : « Le potier est jaloux du potier, l'aède de l'aède, le mendiant du men-

1. Platon, Lij.ùs, 214 A. — Odyssée, XVIII, 218. — Aristote, Élh. Nie, VIII, i, Mor. Eûd. VII, i, Grande Morale, II, xi.

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