Platox, Lijsit, 214 E, 215 A
diant ' ». Au lieu de s'associer au vœu du poète : « Ah ! cesse la discorde des dieux et des hommes ! » il faut bénir la discorde, sans laquelle il n'y aurait point d'amitié : c'est le contraste des sons aigus et graves qui produit l'harmonie et la différence des sexes qui produit l'amour2. Tandis que le semblable n'a rien à attendre de son semblable, le contraire a besoin du contraire; aussi voit-on que le pauvre aime le riche, le faible, le fort, le malade, le médecin, et l'ignorant, le savant. Paradoxe insoutenable et qui se réfute par l'absurde ! L'amitié à ce compte devrait être amie de la haine; la justice, de l'injustice; la tempérance, de l'intempérance. Concluons donc à la fois contre Heraclite et Empédocle : le contraire n'est pas plus l'ami du contraire que le semblable n'est l'ami du semblable.
Mais alors l'amitié est inconcevable. C'est en effet ce que soutient Platon, qui se fait un jeu d'imiter les éristiques, qui leur emprunte leur méthode pour les railler. Il montre qu'il est trop aisé d'embrouiller les questions. L'amitié est un fait bien réel; Socrate, qui s'entend à la pratiquer, se charge cependant de prouver qu'elle ne peut être définie. Le Lysis est une œuvre de jeunesse; il en a tous les caractères : il est d'une logique acerbe, tranchante ; il n'entre pas dans le vif des questions, il les envisage par leur côté abstrait; il soumet à une discussion subtile des thèses philosophiques, d'un énoncé absolu et trop simple. Ce serait fausser le sens de ce dialogue polémique, en méconnaître l'ironie que d'y chercher une doctrine.
Mais, si le mot amitié, tel que l'entendent Empédocle et Heraclite, s'applique mal à l'amitié qui s'observe entre les hommes, peut-être s'applique-t-il mieux aux phénomènes physiques. Platon fait parler ainsi le médecin Eryximaque dans le Banquet : « L'amour ne réside pas seulement dans
1. Œuvres et jours, 25, vers-proverbe, cité par Platon, Lysis 215 C, Banq., 182 B. — Ahistote, Éth. Nie, VIII, i, Éth. Eud. VII, n.