Phèdre, 255 E
-3. Banq., 184 A, C, E ; 183 E.
THÉORIES PSYCHOLOGIQUES DE l' AMITIÉ 87
L'amour irascible paraît donc réaliser pleinement le type de l'amitié, voire même de l'amitié intellectuelle, qui est l'œuvre de la raison et qui a pour fin l'acquisition de la sagesse. Toutefois, à un autre point de vue, cet amour s'éloigne de la pure amitié. Il se présente comme une sorte de vertige, comme un délire sacré. Le Guuoç, qui en est le principe, est 1' « esclave » de la raison, mais n'est pas la raison elle-même. Dans le char qui figure l'âme, le ôu;j.o; est représenté, non par le cocher, mais par le- cheval blanc, qui « obéit, sans avoir besoin qu'on le frappe, aux seules exhortations et à la voix du cocher ». En d'autres termes, l'amour irascible est un élan du cœur, non de l'intelligence. Il a beau être réglé par la raison, il n'en est pas moins une passion et toute passion par nature est déraison ou « folie ».
Mais Platon prête à Socrate un langage hardi, très différent de celui que Xénophon lui fait tenir dans les Mémorables; il met dans sa bouche l'éloge de la folie. La sagesse vulgaire, dont Lysias se fait l'interprète dans le Phèdre, s'offense delà passion comme d'une folie. L'amour mérite sans doute le nom de folie, mais pourquoi, demande Socrate, attacher à ce nom un sens injurieux? L'inspiration, que quelques mortels privilégiés ont reçue par un bienfait des dieux, est sans doute « une folie » : son vrai nom est p.xvr/71 de aav;'z, d'où l'on a fait txavTixr,. Combien le délire sacré de l'inspiration, qui révèle au prophète la science de l'avenir, n'esl-il pas supérieur au raisonnement fondé sur l'observa lion des signes, vol des oiseaux, etc. par lequel l'augure établit ses prédictions ! C'est que l'art augurai n'émane que de la sagesse humaine : son vrai nom est otovo'ùmx^, devenu par corruption otiovi<mxV). On reconnaît ici l'opposition de la voViç (intuition) et de la oiavo^a (raisonnement) '. Il y a donc une folie qui vaut mieux que la sagesse. Telle