Phèdre, 24.4 C, D
est encore la folie poétique : l'art qui procède du raisonnement ne saurait remplacer, chez le poète, l'inspiration, laquelle tient de la folie '.
De même l'amour n'est point, comme le prétend Lysias, réglé par la froide raison; il ne se fonde pas sur l'intérêt et le calcul. Aimer, c'est suivre l'inspiration de son cœur, céder à la folie de la passion. L'amour n'a point les allures de la sagesse, de la sagesse vulgaire s'entend, car la sagesse véritable admet que « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Il est le frémissement de l'âme à la vue de la beauté. « L'homme, en apercevant la beauté ici-bas, se ressouvient de la beauté véritable, prend des ailes et brûle de s'envoler vers elle; mais, dans son impuissance, il lève comme l'oiseau ses yeux vers le ciel et, négligeant les affaires d'ici-bas, il passe pour un insensé. » L'amant, « en présence d'un visage presque céleste ou d'un corps, dont les formes lui rappellent l'essence de la beauté, frémit d'abord, puis il contemple cet objet aimable et le révère à l'image d'un dieu et, s'il ne craignait de voir traiter son enthousiasme de folie, il sacrifierait à son bien-aimé comme à l'image d'un dieu, comme à un dieu même. L'aperçoit-il ? semblable à l'homme que saisit la fièvre, il change tout à coup, il se couvre de sueur; un feu ardent l'échauffé et le pénètre ». Ainsi l'amour irascible reste chaste, mais il connaît les violences du désir. Le cheval blanc, symbole de cet amour, recule, saisi de respect, à la vue de l'objet aimé; mais, « en reculant, encore tout confus et tout ravi, il inonde lame tout entière de sueur et d'écume 2 ».
L'amour irascible est donc à la fois rationnel et passionné. Il paraît être l'amitié, quand on l'envisage dans sa raison d'être ou sa fin, qui est l'acquisition de la sagesse; mais