III. — Aristote
Arislote, comme Platon, prend le mot amitié en deux sens : l'un, large, l'autre étroit.
Au sens large, l'amitié, pour Platon, ne se distingue pas de l'amour en général; de même, pour Aristote, elle est tout sentiment affectueux, si faible qu'il soit, d'un
homme pour un autre et, par exemple, l'attrait qu'on éprouve pour des compagnons de voyage { ; bien plus, elle est un penchant que la nature a mis dans tous les êtres animés et qui s'observe par exemple chez les oiseaux et, en général, chez les animaux de môme espèce.
Au sens précis, l'amitié est, selon Aristote, l'amour partagé, ce qui exclut l'amour pour les choses. On peut dire qu'Aristote, comme Platon, poursuit une définition idéale de l'amitié : il recherche moins ce qu'elle est que ce qu'elle doit être. Il ramène toutes ses formes à une seule qui est « la pure amitié, c'est-à-dire un idéal, pris dans la réalité d'ailleurs et destiné à la régler » (Ollé-Laprune). Chez les deux philosophes, le point de vue psychologique paraît subordonné au point de vue moral; mais, en réalité, ils ne doutent pas que l'amitié la plus parfaite ne soit en même temps celle qui répond le mieux aux aspirations de l'homme, et ils postulent l'accord de la vérité psychologique et de l'idéal.
Mais leur idéal diffère. Pour Platon, l'amour s'élève en perfection à mesure qu'il s'étend à un plus grand nombre d'êtres; ainsi il vaut mieux aimer la beauté qui réside dans tous les corps qu'aimer un beau corps; il vaut mieux aimer la beauté en soi que telle forme particulière du beau, fut-ce la beauté morale. La dialectique de l'amour, c'est le passage du particulier à l'universel, c'est-à-dire le détachement à l'égard des personnes et l'attachement à l'Idée. Le plus haut amour est impersonnel.
Pour Aristote, au contraire, l'amitié est d'autant plus parfaite qu'elle est plus personnelle, plus intime. Les moindres affections sont les affections banales, comme celles qui s'étendent à nos concitoyens, à nos semblables («piXia -oXtTtxVj). La forme supérieure de l'amitié, c'est l'intimité (cpiXi'a éTacpix-rç). Elle n'est possible qu'entre un petit nombre