‹ L'amitié antiqueChapitre 88 sur 194 · Éth. Nie, VIII, vin · texte numérisé non relu

Éth. Nie, VIII, vin

THÉORIES PSYCHOLOGIQUES DE l'âMITIÉ 407

leurs poèmes à l'excès, ils les chérissent comme leurs enfants. » De même, les bienfaiteurs aiment leurs obligés plus qu'ils n'en sont aimés. C'est que la reconnaissance agit moins que l'amour1.

« L'amitié est donc un acte »; c'est « l'acte d'aimer ». Cet acte est-il intérieur et immanent à l'âme, ou se traduit-il au dehors par des effets sensibles? A première vue, il semble que l'acte d'aimer soit une « production » (7to'.eTv) 2 et veuille dire faire du bien, se répandre en bienfaits. Aristote assimile l'amitié à l'action bienfaisante, à la création artistique, qui rentrent toutes deux dans l'activité transitive. En effet, la charité et la vertu se reconnaissent à leurs œuvres; « ce que le poète ou le bienfaiteur est en puissance, son œuvre (le poème ou le bienfait) l'atteste et le montre réalisé en acte ». C'est pourquoi le bienfaiteur s'attache à l'obligé et le poète à ses vers ; chacun d'eux, à l'occasion de l'œuvre qu'il réalise, prend conscience de ses facultés, c'esl-à-dire de son génie et de son cœur. Mais prenons garde à l'originalité de l'action morale ou esthétique : elle se manifeste au dehors d'une manière sensible, mais elle est supérieure à ses effets; elle vaut en ellemême, non par les œuvres qu'elle produit. Il en est donc de l'amitié comme de certains arts, dans lesquels l'acte et la fin se confondent. « En effet, jouer de la flûte, c'est à la fois la fin que l'artiste poursuit et l'acte qu'il réalise 3 ».

De même, « l'amitié est un acte; on ne se propose pas en amitié d'autre fin que d'aimer; mais aimer est la fin même qu'on poursuit ». L'amitié est un « acte tout intérieur qui ne sort pas de celui qui aime ». Le ©tXeïv a donc beau se manifester au dehors par les bienfaits, il ne rentre pas dans l'activité transitive, il est de nature psychologique

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