‹ L'amitié antiqueChapitre 89 sur 194 · Éth. Nie, IX, vu. — Grande Mor., II, xii · texte numérisé non relu

Éth. Nie, IX, vu. — Grande Mor., II, xii

ou interne. Aimer, c'est agir, et la perfection de l'amour se mesure à l'intensité de l'action, considérée en elle-même, non aux manifestations ou aux effets extérieurs de cette action l.

Aristote suit Platon quand il dit que l'amitié consiste à aimer, non à être aimé. Mais, tandis que Platon définit l'amitié un désir, partant une imperfection (car désirer, c'est aspirer à un état meilleur), Aristote la définit un acte, ou une fin, c'est-à-dire un état de perfection, dans lequel l'être atteint sa plénitude, se complaît en lui-même et n'a plus de désirs. L'amitié, dit-il, est un acte. Mais agir, c'est proprement être. « C'est par l'acte que nous sommes2. » Dès lors, l'amour, étant la vie pleine, l'action intense, l'expansion de notre être et le développement de nos facultés, est aussi le bonheur, et non point le désir ou la poursuite du bonheur.

Mais, en poussant jusqu'au bout l'analyse de l'amitié, Aristote n'est-il pas conduit à rejeter la définition qu'il en avait d'abord donnée? Peut-il maintenir que l'amitié consiste à aimer et à être aimé tout ensemble, alors qu'il reconnaît que l'acte d'aimer l'emporte si fort sur le fait d'être aimé, lui est si supérieur au point de vue moral, est par lui-même si plein, si fécond en plaisirs, que celui qui aime n'exige pas et ne songe pas à exiger qu'on lui rende son amour, se trouvant, si j'ose dire, satisfait d'aimer? On a même vu que l'amitié éclate d'autant mieux qu'elle est plus désintéressée, et moins payée, comme on dit, de retour. Rien ne manque à l'amitié des bienfaiteurs et des mères : l'amitié se rencontre donc en dehors du retour d'affection; elle se présente même alors sous sa forme éminente. Dès lors, Aristote ne s'est-il pas contredit en posant, d'une part, que le cpsAeTv ne saurait être séparé du cpiXcTaOai,

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