‹ L'amitié antiqueChapitre 91 sur 194 · Éth. Nie, III, iv · texte numérisé non relu

Éth. Nie, III, iv

THÉORIES PSYCHOLOGIQUES DE l'âMITIÉ \{\

ce qui est le bien pour chacun lui paraîtra tel à lui-même, surtout si par chacun on continue d'entendre ô cnrouSaîoç, qui peut se traduire encore l'homme intelligent et de sens droit. Ainsi, en résumé, l'aimable sera le bien ou le plaisir, au sens absolu, qui est en même temps le bien et le plaisir pour chacun, et qui paraît tel à chacun.

Il y a autant d'espèces d'amitié que l'aimable revêt de formes différentes. Or, ce que les hommes ont d'aimable, c'est : ou le bien qui est en eux, ou les avantages et le plaisir qu'ils procurent aux autres. De là, trois sortes d'amitié : l'amitié fondée sur la vertu, sur l'intérêt et sur le plaisir l.

Ces trois amitiés forment elles-mêmes deux groupes. Le caractère, qui rend une personne aimable, peut lui être essentiel ou accidentel. Il lui est essentiel, dans le cas de Y amitié vertueuse : aimer une personne pour le bien qui est en elle, c'est l'aimer pour elle-même, car la vertu ne se distingue pas de l'homme vertueux; elle est son être môme, sa nature; « c'est essentiellement qu'on est bon ». Au contraire, quand l'amitié se fonde sur Yintérêt ou le plaisir, le motif d'aimer n'est point dans la nature ou l'essence de ceux qu'on aime, mais dans la particularité accidentelle qu'ils ont de plaire ou d'être utiles. « De telles amitiés s'arrêtent donc aux circonstances accidentelles. La personne n'est point aimée en tant qu'elle est ce quelle est, « mais en tant qu'elle procure ici quelque bien et là du plaisir. » Ainsi se trouve précisé le sens du mot « amitié ». L'amitié n'est pas seulement l'amour des personnes, opposé à l'amour pour les choses; elle est encore l'amour qui s'attache à ce qu'il y a, si j'ose dire, dans les personnes, de vraiment personnel. Au sens philosophique ou idéal, il n'y a d'autre amitié que celle dans laquelles l'ami est aimé pour lui-même; mais, en un sens dérivé et vulgaire,

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