‹ L'amitié antiqueChapitre 98 sur 194 · Diogène Laerce, II · texte numérisé non relu

Diogène Laerce, II

se détourne de lui; mais ou l'aime aussi, en vertu d'une bienveillance innée, qui fait supporter pour lui les tourments. Quoique le plaisir soit posé comme fin, et qu'on en considère la privation comme un mal, on acceptera pourtant volontiers de souffrir, par amour pour son ami.

Enfin, Théodore donne à entendre que les sages penseront comme Annicéris, et les insensés, c'est-à-dire la foule, comme Hégésias. Pour lui, il est d'avis que l'amitié ne convient à personne : les insensés n'en voudront pas, si on en retire l'utilité, et les sages, se suffisant à eux-mêmes, n'auront pas besoin d'amis 1.

La division des Cyrénaïques sur la question de l'amitié n'est-elle pas l'illustration et la preuve de l'infranchissable abîme qui sépare le dévoûment et l'intérêt? L'opinion qui conclut contre l'amitié et soutient qu'elle doit être subordonnée à l'égoïsme, n'a pas seulement pour elle la majorité des suffrages (Hégésiaques, Théodoriens) ; elle paraît être encore la plus conséquente et la plus logique. En effet, Annicéris invoque un instinct de bienveillance (ysyovutav euvoiav) qui fait échec à l'égoïsme : il admet donc la dualité psychologique de la sympathie et de l'intérêt.

Épicure sent que, pour être fidèle à l'utilitarisme, il faut ramener l'une à l'autre, et faire voir dans l'amitié la plus dévouée la transformation et le triomphe d'un égoïsme délicat. Il s'applique à démontrer que l'amitié, comme les vertus, est inséparable du plaisir 2. Il établit que ses principes ne lui retirent pas le droit d'aimer ses amis comme lui-même.

Suivant lui, nous avons lieu d'abord d'être reconnaissants envers nos amis. Nous ne pouvons en effet nous

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