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CHAPITRE PREMIER

AMNÉSIES FONCTIONNELLES

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Le caractère fondamental des amnésies fonctionnelles réside dans leur évolution. Elles sont essentiellement paroxystiques. Elles débutent avec la soudaineté d'un accès et disparaissent généralement de même.

Les exceptions à cette règle sont plus apparentes que réelles.

Si l'on accorde, par exemple qu'il y a dans l'épilepsie à crises graves et fréquentes, une amnésie progressive, corrélative de l'affaiblissement intellectuel général, c'est pour remarquer du même coup qu'il s'agit là, finalement, d'une forme de passage entre les amnésies fonctionnelles et les amnésies organiques. En dernière analyse, on sera surtout en pré-

sence d'un dément, et l'amnésie en pareil cas n'est plus qu'une des parties intégrantes de cette démence conditionnée, non plus par de simples troubles dynamiques, mais bien par des altérations organiques. La même observation est à faire d'ailleurs en ce qui concerne les troubles d'origine toxique. Si l'alcool, par exemple, est un simple agent de modification dynamique au début, il finit par acquérir à la longue, le pouvoir de léser organiquement l'encéphale et, partant, de provoquer l'évolution d'un processus destructeur entraînant une véritable démence.

La neurasthénie, elle aussi, pourrait être citée à la rigueur contre le principe d'une généralisation, en ce qui concerne la marche paroxystique des amnésies fonctionnelles. Mais il faut dire que la neurasthénie ne peut figurer dans une nomenclature séméiologique des amnésies qu'après entente sur la véritable signification des troubles qu'on rapporte à la mémoire, au cours de cette affection. Et tout d'abord il s'agit plutôt d'une dysmnésie que d'une amnésie véritable, en pareil cas. Mais on peut aller plus loin. Le trouble mnésique des neurasthéniques est plus apparent que réel. C'est surtout le malade qui avec son pessimisme traditionnel, signale l'invalidité de sa mémoire : il apporte là comme ailleurs sa tendance habituelle à l'autodépréciation. Il faut ajouter que dans les cas très accentués de dépression, le champ de l'attention se restreint, et l'activité mentale est absorbée au profit de certaines préoccupations. Or quand il n'y a plus d'attention, il ne

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peut y avoir de mémoire. Quand nous lisons un livre, alors que notre esprit est ailleurs, notre lecture nous laisse peu de souvenirs ; mais ce n'est pas par défaut de mémoire, c'est par manque d'effort fixateur relativement à un groupe d'images.

Il faut donc retenir qu'à la notion de l'amnésie fonctionnelle se rattache d'une façon générale celle de son caractère temporaire et paroxystique.

Par quelle mystérieuse action sur les éléments cellulaires possesseurs des souvenirs, ces éléments deviennent-ils tout à coup impuissants à s'acquitter de la fonction qui leur est dévolue? Ce n'est sans doute pas de sitôt que la physiologie et l'anatomie pathologique pourront déterminer les lois de ces phénomènes intra-cellulaires. Ce qui demeure certain, c'est que les éléments en question ne subissent qu'un arrêt momentané dans leur fonctionnement et sont aptes, après une éclipse de leur activité normale, à se ressaisir, à fixer et à évoquer des images comme auparavant.

Il est légitime d'en conclure qu'il y a eu non pas destruction, mais simple empêchement.

La part de beaucoup la plus importante, dans le groupe des amnésies fonctionnelles, revient, ainsi que nous le disions tout à l'heure, aux amnésies des psycho-névroses, et c'est vraiment sur Yépilepsie et Y hystérie que se concentre l'intérêt clinique et médico-légal des perturbations dynamiques de la mémoire. C'est sur ces affections que devra tout particulièrement porter notre attention, tandis que les amnésies de commotion et les amnésies vésaniques

pourront être indiquées d'une façon plus brève. Nous donnerons aussi quelque développement au paragraphe des amnésies d'intoxication en raison du rôle considérable de l'amnésie dans ses rapports avec les différentes modalités de l'empoisonnement par l'alcool.

AMNÉSIES DE COMMOTION

U amnésie traumatique est le type des amnésies à début brusque. Elle peut survenir dans trois conditions différentes. Tantôt le traumatisme a déterminé des lésions du crâne et de l'encéphale : l'amnésie est en rapport avec une fracture ou une hémorragie, une contusion ou une compression ; tantôt le traumatisme a porté sur le crâne sans y déterminer de lésion : l'amnésie est en rapport avec une commotion cérébrale, c'est-à-dire une rupture de l'équilibre fonctionnel encore mal élucidée dans son mécanisme; tantôt enfin, le traumatisme a atteint une partie du corps éloignée du crâne : c'est vraisemblablement à Vémotion morale qu'il faut attribuer l'amnésie. Ces derniers cas sont précisément les plus étudiés comme types de pureté, ce qui restreint au fond le champ de l'amnésie traumatique. En effet le choc physique n'y joue qu'un rôle accessoire, le rôle principal, quelquefois même le seul, revenant à la réaction morale qui accompagne l'accident.

Quoi qu'il en soit, les faits qui se rattachent aux conséquences d'une commotion physique sur le

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fonctionnement de la mémoire sont de notion vulgaire. Un homme tombe ; il est heurté violemment ; il reçoit un coup sur la tête. Bien souvent, le traumatisme ne paraît avoir aucune gravité. Après une perte de connaissance passagère la victime se ressaisit, se tâte, se trouve indemne de toute lésion importante ; et en effet l'accident se réduirait à peu de chose si tout à l'heure le commotionné ne constatait une lacune dans ses souvenirs. Parfois, il a oublié seulement les circonstances mêmes du traumatisme, ou bien encore l'effacement des images mnésiques s'étend à une période antérieure ou postérieure à l'accident, et la mémoire d'évocation ou de reproduction est suspendue ou anéantie pour tous les événements compris dans cette période. Parfois aussi, c'est une impossibilité d'emmagasiner de nouveaux souvenirs ; la mémoire de fixation on de conservation ne s'exerce plus. Dans certains cas enfin, la commotion a pour effet de porter atteinte du même coup aux deux attributs constitutifs de la mémoire, l'évocation et la fixation.

Ainsi, Y amnésie simple, est une des formes possibles de l'amnésie de commotion. Elle a pour caractère de ne porter que sur l'accident lui-même. C'est ce qui arrive par exemple lorsqu'un individu perd connaissance au moment du choc, et n'a aucune conscience de ce qui lui est arrivé lorsqu'il se réveille.

\J amnésie rétrograde est encore une des formes les plus fréquentes de l'amnésie des commotionnés. Non seulement le sujet ne se souvient pas de l'acci-

dent mais encore il a perdu le souvenir des faits antérieurs.

L'étendue de la période oubliée est des plus variable. Tantôt l'amnésie ne porte que sur les circonstances immédiatement liées à l'accident luimême. Tel sera le cas d'un individu qui dans un déraillement de chemin de fer, perd connaissance, puis en revenant à lui, ne se rappelle rien de ce qui s'est passé, et ignore même qu'il est monté en wagon. Tantôt l'amnésie s'étend davantage. Tel sera le cas d'un sujet qui perd connaissance dans un accident ayant lieu le lundi, et qui, au réveil n'a aucun souvenir du dimanche ni du samedi, tout en se souvenant très bien comment il a employé sa journée du vendredi.

V amnésie antéro grade se rencontre aussi parfois. Ce sont alors les souvenirs postérieurs à l'accident qui sont perdus. Tel est le cas d'un individu qui fait une chute, perd connaissance, revient à lui et semble se comporter comme une personne normale jusqu'au moment où il renaît à une vie nouvelle, ne conservant aucun souvenir de la phase qu'il vient de traverser depuis son accident.

Cette amnésie antérograde n'est pour ainsi dire jamais pure, car elle comprend le plus souvent l'accident lui-même et les circonstances qui l'ont précédé de plus ou moins près. En réalité, on constate deux périodes successives : dans une première période le sujet agit d'une manière automatique, et présente de l'amnésie rétrograde ; dans une seconde période il recouvre sa personnalité prime et il pré-

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sente.non seulement l'amnésie rétrograde qu'il avait dans la période précédente, mais encore de l'amnésie antérograde portant sur toute cette période. Il s'agit donc à proprement parler d'une amnésie rétro-anté* ro grade.

A côté de Y amnésie antérograde tf évocation ou de reproduction, il convient de signaler la possibilité d'une amnésie antérograde de fixation ou de conservation. Ce n'est plus alors une phase posttraumatique nettement lacunaire dont le sujet ne peut plus évoquer le souvenir ultérieurement, c'est une incapacité temporaire de fixer les images présentes. Tel est le cas d'un individu qui fait une chute, perd connaissance, revient à lui, et ne peut à partir de ce moment et pour un laps de temps variable, conserver l'empreinte des faits récents, à ce point qu'à deux minutes d'intervalle il a complètement oublié ce qui vient de se passer sous ses yeux.

Cette amnésie antérograde peut être pure, c'est-àdire qu'elle est compatible avec le souvenir de l'accident lui-même et des circonstances qui l'ont précédé immédiatement.

D'autrefois, et c'est le cas le plus fréquent, il s'y joint de l'amnésie rétro antérograde d'évocation ou de reproduction et l'on a affaire à de V amnésie rétrograde et doublement antérograde.

L 'amnésie simple est généralement permanente.

temporaire. Dans ce dernier cas, la terminaison peut

en être brusque ou lente, et quand elle est brusque

c'est souvent à la suite d'un sommeil profond qu'on

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voit réapparaître la mémoire. Cette amnésie rétrograde, quand elle se prolonge, peut être d'un pronostic fâcheux, car elle porte parfois sur une assez longue étendue de souvenirs.

L'amnésie antérograde d'évocation ou de reproduction, portant sur une période de faits bien délimitée et postérieure au traumatisme, peut être, elle aussi, temporaire ou permanente ; mais elle est temporaire dans la plupart des cas. Son pronostic est d'ailleurs bénin car elle porte le plus souvent sur une courte étendue de souvenirs.

1Î amnésie antérograde de fixation ou de conservation est habituellement temporaire ; mais elle peut se prolonger parfois, et, alors même que la faculté de fixer les souvenirs est revenue, la période pendant laquelle cette incapacité de la mémoire a persisté reste plus ou moins dans l'oubli. L'adjonction possible d'une amnésie rétro-antéro grade d'évocation ou de reproduction est encore une aggravation du pronostic.

On a observé parfois, à la suite d'une lésion traumatique des amnésies partielles.

Tels sont les cas ou un traumatisme cérébral détermine simplement l'oubli des noms propices, l'oubli d'une langue, l'oubli du calcul ou de la musique.

De pareils faits sont difficilement explicables, car s'il est exact que la mémoire ait un siège disséminé, tout souvenir quel qu'il soit semble comporter plusieurs images à la fois. On s'expliquerait à la rigueur la disparition de toutes les images visuelles, de

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toutes les images auditives, etc... Mais il est plus difficile de comprendre la disparition de tel souvenir particulier dans lequel entrent simultanément des images dont les centres sont différents.

Une participation somatique n'est pas nécessaire à la production de l'amnésie : un choc purement moral peut suffire à la provoquer.

Rouillard dans son intéressante thèse cite le cas de cet étudiant en droit, sobre et exempt de tout symptôme d'épilepsie, qui furieux de voir sa femme insultée dans un bal public, gifle l'insulteur. On intervient, on fait sortir les adversaires... Rentré chez lui, l'étudiant a bien le souvenir de la scène du bal, de la gifle administrée, mais il a perdu tout souvenir de sa sortie de l'établissement public et ignore comment il est rentré chez lui. Il n'a jamais recouvré ce souvenir et c'est la seule lacune de sa mémoire.

L'observation suivante concerne un fait analogue.

Le sieur H... est admis à l'infirmerie spéciale le 3 juin 1904. Il vient d'être trouvé errant sur le boulevard de Belleville, cherchant son chemin, et demandant sa propre adresse aux passants.

Le malade nous paraît complètement désorienté ; il ne peut fournir aucun renseignement sur son état

Comment vous appelez-vous? — Alexandre...

Quel est votre nom de famille? — Je ne sais pas.

Quel âge avez-vous? — Je ne sais pas.

Quelle est la date de votre naissance? — Je ne sais plus.

Étes-vous marié? — Oui.

Où habite votre femme? — Je ne sais plus.

Avez-vous un métier? — Oui.

Lequel? — Je ne sais pas.

Êtes-vous imprimeur? — Oui... je crois...

Le ht juin, il ne se souvient pas d'avoir vu la veille les personnes qui l'interrogent pour la seconde fois. Son histoire lui paraît toujours incompréhensible ; il reconnaît que toute une tranche de sa vie reste complètement obscure dans son souvenir et il s'en affecte.

Le 5 juin, la reconstitution faite par le malade des événements de la semaine est la suivante : « Je me souviens que vendredi j'étais encore à la maison. J'ai eu de gros ennuis ce jour-là, mais je ne puis en préciser nettement la nature ; ce sont probablement des questions d'argent. Toujours est-il que je suis parti sans savoir où j'allais, et à dater de ce moment, je ne sais pas du tout ce qui s'est passé. J'ai dû marcher beaucoup, mais j'ignore par où j'ai cheminé. »

Ainsi, l'amnésie de l'ictus émotif et des faits qui l'ont précédé commence à se dissiper légèrement. Mais l'amnésie antérograde subsiste encore, car le malade continue à ne pas nous reconnaître et prétend ne nous avoir jamais vu.

Le 6 Juin il nous dit : « Ce matin, je me suis réveillé dans une cellule, et j'ai pensé que j'étais au poste de police. Je sortais comme d'un rêve. Où suis-je? Quel jour m'a-t-on amené ? Qu'ai-je fait pour être enfermé ? » Effectivement, une nouvelle phase semble s'ouvrir pour lui, car ses réponses sont devenues d'une lucidité parfaite. Il n'ignore plus rien de sa vie antérieure et il nous précise encore quelques faits du courant de la semaine précédente ; mais il ne peut toujours pas fixer la nature du gros ennui qui a provoqué sa fugue inconsciente. Les circonstances de cette fugue restent toujours obscures et la tache noire subsiste encore sur tout le laps de temps qui correspond à son séjour à l'infirmerie.

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Le 7 juin, le malade, pour la première fois, se souvient nettement de nous avoir déjà vu. Il précise l'heure à laquelle nous l'avons examiné la veille, et le lieu de l'examen. Le souvenir de son ictus émotif lui revient petit à petit, grâce à la présence de sa femme qui nous fournit devant lui d'utiles renseignements. Elle raconte en effet comment H... avait eu, le 2 juin, une altercation violente au cours de laquelle il l'avait giflée. Comme elle avait quitté momentanément le domicile pour aller dire ses peines aux voisins, elle n'avait pas trouvé son mari au retour, et craignant de sa part une tentative de suicide elle s'était mise en vain à sa recherche.

Le 8 juin, Alexandre H... est absolument normal. Le souvenir de la scène précédente reste encore un peu vague dans son esprit, mais il est rentré, en dehors de cela, en possession de sa mémoire de fixation et d'évocation.

Nous voyons donc un ictus amnésique apparaître à l'occasion d'une crise émotionnelle qui fut suivie d'une véritable fugue chez un individu sans épilepsie, sans hystérie, et sans habitudes de la boisson. Le tempérament nerveux et impressionnable du sujet n'est certainement pas sans préparer ici un. terrain des plus favorable à l'influence de la commotion morale.

Nous trouverons plus loin un exemple encore plus typique du même genre. Cet exemple aura sa place dans le cadre des amnésies vesaniques, car il ne s'agit plus comme ici d'un simple prédisposé mais d'un véritable aliéné.

Une dernière remarque terminera ce chapitre des amnésies de commotion.

Certains auteurs ont signalé parmi les symptômes consécutifs aux accidents traumatiques la disparition d'un délire préexistant.

Sans prétendre donner une explication définitive du phénomène, on peut indiquer l'analogie qui existe entre la disparition d'un délire préexistant et l'amnésie rétrograde.

Nous savons en effet que ce trouble de la mémoire consiste dans la suppression des souvenirs les plus récents par rapport à l'accident, c'est-à-dire de ceux qui sont les moins bien rattachés à la conscience suivant la loi de régression dont nous parlerons plus loin. De même la nouvelle personnalité créée par le délire ne doit-elle pas également être moins stable que le moi primitif plus ancien, et ne doit-elle pas, elle aussi, disparaître plus facilement sous l'influence du choc nerveux ? Il va sans dire qu'il ne faut voir dans cette hypothèse qu'une interprétation de l'esprit.

Au reste nous n'avons jamais eu l'occasion d'observer dans la pratique aucun cas de ce genre.

AMNESIES D'INTOXICATION

L'influence des substances toxiques sur les opérations mnésiques est connue de longue date. Le plus souvent l'usage prolongé d'un poison commence par déterminer des troubles purement fonctionnels, puis, à la longue, il altère foncièrement les éléments cellulaires et les prive définitivement de leurs facultés

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de fixation et d'évocation. Nous étudierons dans un autre chapitre ces modifications organiques définitives. Nous devons fixer notre attention, pour l'instant, sur la simple suspension fonctionnelle des phénomènes de mémoire.

Parmi les toxiques agissant comme cause d'amnésie Yalcool mérite d'être pris pour type, tant en raison de la fréquence de ses accidents qu'en raison de l'intensité et de la netteté même de leurs manifestations.

L'amnésie alcoolique ne peut pas être étudiée dans un bloc. Les effets de l'alcool peuvent être rangés sous diverses rubriques, et à cet égard nous croyons qu'on doit séparer pour la facilité de l'exposition :

A. L'ivresse;

B. Le délire alcoolique proprement dit;

C. Le délire évoluant à la faveur de l'alcoolisme sur un fond de dégénérescence.

A. — L'amnésie consécutive a l'ivresse revêt le plus souvent la forme de X amnésie simple.

Elle peut s'étendre cependant sur les événements qui ont immédiatement précédé l'absorption d'alcool.

C'est très souvent une amnésie incomplète.

Il est rare que le sujet ne conserve pas en partie du moins le souvenir de ce qu'on a dit ou fait pendant sa période ébrieuse. Sa mémoire toutefois n'est jamais précise. 11 y a 'presque toujours des oublis partiels, et l'intéressé apprend souvent avec

étormement qu'il a raconté certaines choses ou qu'il s'est livré à certains actes. Ce qui fait défaut surtout, c'est la certitude d'avoir agi de telle ou telle façon, ainsi que la position des souvenirs dans le temps et dans V espace. Il y a donc plutôt par amnésie qu'amnésie .

. D'autre part, c'est très souvent aussi une amnésie temporaire.

En effet l'oubli de la phase ébrieuse tient à une double cause : il tient bien à ce que les impressions se fixent mal sur les cellules en état d'éréthisme, mais il tient aussi à ce que l'épuisement consécutif à cette excitation empêche les images de se réveiller. D en résulte que lorsque le fonctionnement cérébral a repris son cours normal, le souvenir des faits les plus saillants de la période oubliée reparait, ordinairement imparfait d'ailleurs, ainsi que nous venons de le montrer.

Ce caractère tïincompl étude que revêt l'amnésie ébrieuse est des plus variable. Les observations que nous avons eues sous les yeux nous permettent de conclure que l'amnésie, atteint son maximum de pureté et de totalité dans les formes vertigineuses et excito-motrices de l'ivresse, c'est-à-dire dans les formes qui rappellent les accidents épileptiques, de plus ou moins près. Gela n'est point fait pour nous surprendre d'ailleurs, puisque nous considérerons tout à l'heure l'amnésie comitiale comme le type des amnésies paroxystiques totales.

B. L'amnésie nous paraît constante à la suite du

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dèlirium tremens, voire même des formes plus atténuées du délire alcoolique proprement dit.

Dans le délire alcoolique en effet, il existe toute la confusion qu'on rencontre dans le rêve. Le malade est la proie d'hallucinations qui se succèdent avec trop de rapidité pour qu'il puisse coordonner ses impressions. Quand l'excitation sensorielle et motrice tombe sous l'influence de l'abstinence et du repos, le sujet se trouve alors, suivant la comparaison de Sollier1, dans les conditions d'un homme plongé dans le demi-sommeil du matin. Ses sens reprenant leur fonctionnement normal, il lutte contre les illusions qui l'assaillent encore, les corrige par les représentations vraies qui leur sont contradictoires et finit par douter de plus en plus de leur réalité. Dès que la guérison est complète, le souvenir de cette période s'efface de façon plus ou moins complète, à son tour.

Le 12 avril 190i, G... aborde un gardien de la paix sous les galeries du Trocadéro, lui déclarant qu'il est ambassadeur du Japon envoyé par le mikado, qu'il arrive de Tokio et qu'il désire avoir une entrevue avec le Président de la République, il est conduit au poste de police puis à l'infirmerie spéciale du Dépôt.

Le 13 au matin, il se croit encore chargé de sa mission, et il reste persuadé qu'il vient d'être témoin d'un conflit entre les armées Russo-Japonaises ; il a entendu la canonnade pendant toute la nuit.

Dans la salle d'examen, il ne manifeste qu'une reconnaissance très imparfaite du temps et des lieux. Il ne peut fournir aucun renseignement sur l'occupation de ses journées depuis le 9 avril. Il se raccroche pourtant

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