‹ L'amnésieChapitre 20 sur 34 · MÉDECINE LÉGALE · texte numérisé non relu

MÉDECINE LÉGALE

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

La médecine le'gale des amne'sies est à coup sur un des chapitres les plus importants de la médecine légale psychiatrique. C'est aussi l'un des plus délicats. Nous verrons en effet au cours de cette étude combien fréquents sont les cas où la perte du souvenir alléguée par un inculpé sert de base à une discussion qu'il n'est pas toujours facile de trancher par une réponse ferme et pure de toute réticence.

La question de l'amnésie au point de vue médicolégal est presque tout entière fondée sur les relations de cette dernière avec Vétat de la conscience.

Il serait téméraire d'affirmer que l'amnésie rétrograde indique, même chez l'épileptique, une inconscience absolue pour la période antérieure à la crise et dont les souvenirs sont perdus. Nous trouvons en effet de l'amnésie rétrograde dans des cas de traumatisme crânien, où il n'est pas possible de supposer un trouble quelconque de la conscience avant l'accident. 11 est cependant permis de faire quelques réserves chez le comitial, car si l'opinion que nous

venons d'evprimer nous paraîtprobable quand l'amnésie rétrograde s'étend sur une assez longue période de temps, elle n'a pas le même caractère quand l'amnésie ne s'étend que sur une période de temps relativement courte, précédant immédiatement l'accès. Dans ce cas, en effet, il n'est pas possible d'affirmer que l'état de la conscience soit encore normal, car nous ignorons le moment exact où le trouble psychique préépileptique commence à se manifester.

Ces réserves faites, en ce qui concerne l'amnésie rétrograde, est-il possible de trouver un lien entre V amnésie et l'état de la conscience^

Ce problème a une telle importance en médecine judiciaire qu'il nous paraît nécessaire de l'examiner avec soin.

D'une façon générale et dans la vie normale, nous savons que l'absence de souvenir est habituellement liée à une absence d'attention et de jugement relativement aux faits oubliés. Nous arrivons d'ailleurs à la même conclusion si nous comparons les amnésies proprement dites à la perte des souvenirs du rêve : là encore les états de conscience oubliés sont caractérisés par l'affaiblissement de l'attention, du jugement, et de la notion de la personnalité.

Cependant, on peut se demander comment il peut y avoir absence de conscience dans les fugues ambulatoires plus ou moins coordonnées et néanmoins suivies d'amnésie. Grasset, dans ses leçons de clinique médicale a étudié avec soin l'automatisme ambulatoire. Nous n'avons pas à rappeler les théories bien

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connues de cet auteur sur l'activité psychique supérieure ou inférieure. On sait qu'il distingue des centres psychiques supérieurs où s'élaborent les actes volontaires et libres, et des centres psychiques inférieurs, où se déterminent des actes machinaux dépendant du domaine de nos actions habituelles. Cette activité inférieure, que Grasset appelle aussi « polygonale » (parce qu'elle est propre à ce qu'il désigne sous le nom de polygone des centres sensoriels et moteurs) serait intermédiaire entre l'activité consciente et le réflexe pur.

Le professeur de Montpellier a dressé un schéma pour expliquer physiologiquement ces actes automatiques; mais, comme tous ses pareils, ce schéma a le défaut d'être trop rigide. Il ne met pas en relief le caractère variable de la participation personnelle à l'acte, et ne permet pas de cataloguer par exemple une impulsion consciente et mnésique mais irrésistible comme celle des dégénérés.

Cette notion de la participation personnelle à Vacte est capitale, et toutes les fois que l'on est en présence d'une activité complexe suivie d'amnésie, comme celle des états seconds, on doit admettre l'existence d'une personnalité parasite substituée à la personnalité normale, et, par suite, une agrégation spéciale de souvenirs inaccessible à celle-ci.

L'amnésie nous apparaît donc comme l'expression d'une non participation de la personnalité normale à Vacte, et on peut admettre que le rapport est assez étroit pour servir de base à la notion de responsabilité ou de non responsabilité .

En résumé, et en écartant toutefois de cette règle l'ivresse si souvent accompagnée d'une amnésie plus ou moins complète, on peut admettre qu'il ne saurait y avoir responsabilité pénale là où il n'existe aucun souvenir de l'acte incriminé.

Une telle absence de mémoire sous-entend en effet un état morbide auquel revient d'ordinaire l'explication de cet acte. Nous disons «d'ordinaire», car il peut arriver comme nous l'avons fait observer déjà que l'amnésie soit consécutive à l'acte incriminé. En effet, le malfaiteur peut, au temps même d une action criminelle qu'il a réellement voulue et froidement combinée, être atteint d'un traumatisme (chute, coup de feu, etc.) qui détermine une amnésie pouvant aller iusqu'à lui cacher à lui-même son acte.

Quoi qu'il en soit, le « nescio », alors que la sincérité de cette déclaration est rendue non douteuse par la constatation de l'expertise médicale, tend à désarmer la justice. Le criminel vulgaire ne l'ignore pas, ou tout au moins il pressent qu'à exciper de son défaut de mémoire, il pourra parvenir à améliorer sa situation. En effet l'amnésie apparaît à beaucoup de malfaiteurs, d'abord comme un procédé commode grâce auquel ils auront l'avantage d'échapper à des explications embarrassantes ou délicates, et ensuite comme une condition de nature à les soustraire aux conséquences pénales qu'ils redoutent.

Faut -il s'étonner dès lors que l'amnésie soit si fréquemment alléguée d'une manière intéressée, et plus ou moins adroitement simulée? Aussi bien donnerons-nous au chapitre de la simulation toute

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l'importance qu'il mérite dans cette étude médicolégale.

L'importance judiciaire des troubles mnésiques n'intéresse pas seulement Yinculpé dans sa responsabilité au point de vue criminel ou l'intéressé dans sa capacité au point de vue civil.

L'amnésie peut avoir une importance considérable chez les plaignants. Le plaignant amnésique ne pourra donner les indications voulues sur le crime ouïe délit commis.

On doit examiner aussi le rôle de l'amnésie chez les témoins. Elle n'a toutefois ici qu'une importance secondaire, car le témoin est rarement unique et les amnésies que peuvent alléguer ces auxiliaires souvent récalcitrants de la justice sont généralement volontaires. Quoiqu'il en soit, il est bien certain qu'on ne peut condamner pour faux témoignage un témoin réellement atteint d'amnésie.

Nous utiliserons pour l'étude médico-légale des troubles mnésiques un plan quelque peu différent de celui que nous avons adopté pour l'étude séméiologique.

Dans un premier chapitre, nous étudierons en bloc les amnésies paroxystiques ; dans un second chapitre nous parlerons des dysmnésies progressives. Nous continuerons par quelques considérations sur les par amnésies et nous terminerons enfin par la rubrique la plus importante, celle de la simulation.

Dromard. 12

AMNÉSIES PAROXYSTIQUES

Les amnésies paroxystiques forment le groupe principal au point de vue médico-légal.

Ce groupe comprend en effet la plupart des cas se rattachant à Yépilepsie, à Y hystérie, h Y alcoolisme, et au traumatisme .

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