‹ L'amnésieChapitre 24 sur 34 · III. ALCOOLISME · texte numérisé non relu

III. ALCOOLISME

Au point de vue médico-légal la notion de l'amnésie chez les alcooliques peut intervenir à propos de fautes commises pendant l'ivresse.

En matière de responsabilité pénale, l'ivrogne inculpé a droit à une indulgence très relative d'ailleurs s'il est amnésique, puisqu'on admet généralement que l'oubli est en raison directe de l'état de la participation personnelle au moment de l'accomplissement de l'acte.

En matière de responsabilité civile, il n'en est pas de même, car de ce fait qu'un ivrogne délinquant a de l'amnésie, il ne résulte pas qu'il doive être dispensé d'indemnité en cas de dommage.

D'une façon générale, c'est surtout sur les circonstances dans lesquelles l'ivresse s'est produite qu'il faut se baser. On conçoit en effet que le jugement doive être différent, suivant que l'ivresse est un fait isolé ou habituel, suivant qu'elle a été accidentelle ou recherchée dans le but bien déterminé d'accomplir

l'acte pour lequel le courage manquait sans cette excitation artificielle, suivant qu'elle apparaît enfin en dehors ou non de tout syndrome épisodique (dipsomanié).

Le délire alcoolique proprement dit engendre fréquemment des actes délictueux sur lesquels l'expert peut avoir à se prononcer. Il est vrai qu'en pareil cas, l'escorte délirante elle-même plaide en faveur d'un trouble mental au moment de l'action. L'étude des troubles mnésiques consécutifs n'en a pas moins une valeur réelle, comme en témoigne le cas suivant.

Une nuit, le nommé A..., frappait de sept coups de couteau une femme C..., qui travaillait au déchargement des légumes dans les Halles centrales. Or, A... n'avait jamais vu cette femme et c'est sans aucune espèce de motif qu'il s'était jeté sur elle. L'auteur de cette tentative de meurtre fut immédiatement dirigé sur l'infirmerie spéciale.

Lorsqu'on l'examine le surlendemain, il a tout oublié. Il ignorerait qu'il a frappé une femme de sept coups de couteau, si les questions qu'on lui adressa lorsqu'il parut avoir repris conscience de lui-même, ne lui avaient appris son attentat. Il avait l'air égaré d'un homme qui sort d'un cauchemar. Les yeux étaient troubles et injectés. En réponses brèves, il déclara que son père lui avait fait un acceuil qui méritait vengeance et qu'il avait voulu le tuer. Quant aux coups de couteau donné à une femme des Halles, il ne savait ce qu'on voulait lui dire et n'en avait aucun souvenir.

A..., avait été interné nombre de fois dans les asiles de la Seine, comme débile intellectuel sujet .à des attaques convulsives d'origine toxique. Aucun doute ne

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saurait subsister sur le caractère morbide de l'impulsion qui l'a jeté sur sa victime. Doit-on voir là une manifestation agressive appartenant à l'ivresse? Cela est peu probable.

Il est plus rationnel d'admettre que A..., saturé d'absinthe, a éprouvé un dé ces vertiges comme il s'en développe assez fréquemment sous l'influence de l'intoxication absinthique, vertiges tout à fait comparables aux vertiges de l'épilepsie. On observe alors cet automatisme, cette inconscience absolue, cette amnésie totale qui sont les signes distinctifs des accès comitiaux. Il est possible que l'accusé ait conçu le projet de se venger de son père comme il l'affirme, mais saisi par le vertige, il a dégagé au hasard de la rencontre cette disposition agressive. Il ne peut être considéré comme responsable de son acte.

On pourrait multiplier sans profit les exemples de ce genre. Le point important est de les différencier des cas de simple ivresse qui peuvent comporter une perte plus ou moins marquée du souvenir des actes, mais qui ne sauraient conférer l'irresponsabilité au même titre qu'un vertige absinthique ou que toute autre forme du délire ethylique suivie d'amnésie.

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