L EXTRAORDINAIRE JAN W. CORN
Musique, inasique. Il fant qne les noirs Ici, sur le pont se trémoussent ; Et qui n'aimera pas les cabrioles, La cravache fera sa cure I
Hbinb. Le Navire aux esclaves
Le Cormoran s'appelait autrefois VÉpervier. Pour des raisons qu'ils jugeaientbonnes, ils Tavaient débaptisé. Pareillement, son bordage, jadis vert-d'eau, avait été rebadigeonné en un gris discret. Il manifestait des allures normales et pacifiques, et les papiers du bord se trouvaient en règle.
Voici que pour la quatrième fois, ayant quitté l'Ouest africain, ils voguaient, avec un noir chargement, vers la Basse Amérique ;
aversées de Tacabil des Cormoran fût très maune plus vite qu'un voilier, chacun son magot, pouriser dans les cafés ou culquelques-uns déjà, sonpropre compte, à « s'éta-
m effet.
Cade, la mine déconfite,
ité, son rapport.
icria Jan W. Corn.
moins.
onc, ces scélérats, à mou-
Ils s'ennuient, chit :
r exemple, tous les deux rmettre de se dégourdir ries, s'entend... Tu leur
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raclerais ta guitare, ferait gigotter.
Et c'est ainsi que, o du Cor^noranj il y avs qui viraient aux son rius authentique ; — chaînes, blanches d( de lune. — Et, furieuse se trémoussaient, se i bliant les peines.
Or depuis — et pro eût plus, sur le Corm nant fantaisie ».
Le soleil avait son buée rougeâtre et, fa( rent des bandes d'un ment s'élevèrent.
Un instant fut où te immobile. Puis, s'était très légère, se muant violence, en souffle dé
Jan W. Corn vit les vent, attirances d'aslr
tombée de la nuit, la mer devenir comme un pays agitant et convulsé : vallées sans fond, aux parois de gouffre ; crêtes aiguës de montagnes frisées de neige ; effondrements, détonations, qui roulaient !
Des trêves, sinistres comme la halte d'un combat sans merci, intervenaient subitement ; le bruit couvait alors sa voix interminable.
Ensuite cela reprenait, et JanW. Corn ne se lassait pas de s'étonner à la diversité infinie des feintes. La vague empruntait toutes les formes de la machine de heurt : bélier, fronde, boulet, catapulte. Elle frappait sur le flanc, eh poupe, au travers, courant traîtreusement dessous, ou surgissant debout, ainsi qu'un monstre inopiné. Il lui semblait en vérité, que la mer vivait et que les flots n'étaient autres que des génies malfaisants ou bons.
Durant quarante-huit heures, une furie inlassable de tous les éléments conjurés fit de lui et de son navire un hochet misérable^ ballotté au caprice de la Force occulte.
La machine peinait. A chaque instant, par suite du roulis, les aubes, semblables à de grandes toupies baroques, sortaient de l'eau.
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battaient Tair, et, ne trouvant plus de résistance, s'accéléraient furieusement. Les bordages craquaient et le vent, dans la mâture, faisait atout coup un vacarme de débâcle:
c'était la rupture d'une vergue ; du gréement enlevé; un homme qui partait sur une vague, en criant, vers les abîmes...
Tous tremblaient. Mais Jan W. Corn et Pietef Peets n'avaient pas peur.
L'un, Jan W. Corn, attendait curieusement le dénouement du Jeu, dans la persuasion indélébile qu'il ne pouvait périr ainsi, à cette heure précoce de sa vie ; et quant à Pie ter Peets, avec ou sans tempête, c'était toujours le même homme : il ne tenait en aucune façon à trépasser, mais au moment voulu, il se résignerait ; d'ailleurs, le Maître demeurant tranquille, il n'y avait pas lieu de se faire des idées .
En la quittant pour aller commander la manœuvre sur le pont, Jan W. Corn avait dit à Annie :
— Je monte là-haut... c'est dangereux...
Je puis être enlevé par un paquet de mer...
ne parier... avant que je mrs, peut-être ?
t en somme fort rassuré la fléchirait pas encore i'un grand effort s'était i ; mais ses mains tremremplissaient de larmes, ans sa barbe avait souri :
et sentait maintenant faie,
ae la prudence est tou-
n'oublia point de héler
aussitôt surgit de sa
l'on allait sombrer, elle uveau àl'idéede la mort.
Ténervementdes angoisantée de cahots, désemelle se tordit sur sa coudait à la rassurer par un ]lle fut contente d'ouïr sa sympathie, à la longue, éternel et doux gardien.
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Pour s>n excuser, elle se disait : « Lui, c'est Tesclave irresponsable, il obéit, tout en cherchant à me bonifier les heures ; et je puis bien lui en garder de la reconnaissance. )> Mais comment les intituler, ses sentiments pour l'Autre !
Et voici que Pieter Peets comme s'il l'avait devinée, lui demandait :
— Vous inquiétez- vous de Maître Corn ?..
Voulez-vous que j'aille voir ce qu'il fait ?
Le silence, cette fois, acquiesçait. Et Pieter Peets, osant enfreindre la consigne, partit aux nouvelles.
Jan W. Corn s'était fait amarrer, car les lames balayaient le pont. Il veillait à tout, suivant le travail de la tempête en marin déjà expert. Tout de suite, il aperçut Pieter Peets qui, le corps à moitié sorti de l'écoutille»
aventurait un regard.
Il cria :
— Que fais-tu là, toi !
Mais sa voix n'avait pas retenti trop sévère : il se doutait. Pieter Peets, d'ailleurs, n'entendit pas les mots, à cause du vacarme, vit son air, et, tout heureux d'en être quitte à si
bon compte, se précipita à bas des échelons.
Une terreur folle le saisit, subitement, en approchant de la cabine... Mais non : Annie était là, bien vivante, et dont les yeux l'interrogeaient. Il déclara, avec un soupir d'énorme soulagement :
— Il est attaché. . . il n'y a point de danger. . .
Cependant la série des désastres graves commença.
On subit un furieux coup de fouet, et le Cormoran ne gouverna plus. C'était, avec le gouvernail arraché, la route à suivre qui s'effaçait dans rinfini hasardeux ; c'était aussi la fin du refuge contre les mauvaises lames.
Peu après, l'arbre de couche, en un de ces chocs brusques de roues affolées, se rompit net et il n'y eut plus de machine. L'ouragan, juste au ras du pont, coupa la cheminée, et des torrents de fumée dense se répandirent.
D'une vitesse non décrue, le navire courait.
Alors il n'y eut plus rien à dire, rien à faire. Jan W. Corn, s'étant délié et gagnant précautionneusement Técoutille, hurla, comme il le fallait pour se faire entendre :
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— Vous savez, à présent c'est à la grâce, du diable. D'ailleurs on ne crève qu'une fois. ... Oh! oh ! cachez donc ces figures d'enterrement ! Chacun ne sait-il pas que je plaisante.
Mais les noirs s'agitaient. Le vieux nègre, ci-devant roi, était devenu fou. Avec des contorsions disloquées, la bouche baveuse et les yeux sanguinolents, il dansait dans ses chaînes et perpétrait des obscénités, ou bien de temps à autre, il poussaitun hululement aigu, repris eu chœur par quatre cents voix stridentes.
Cette rumeur énervait le courage déjà chancelant des hommes. Jan W. Corn, peu en humeur de tuer, à cette heure, le fit bâillonner et lier. Par force, le vieux restait immobile, et il avait seulement de grands sursauts spasmodiques qui ébranlaient ses liens. Les hurlements et les lamentations se pacifièrent, apaisement stimulé d'ailleurs par une grêle de bâton.. Puis il en mourait à chaque instant. On jetait les cadavres par dessus bord et l'eau rougissait, où ils étaient tombés. Car il est de patients et dentus suiveurs au sillage...
Lorsque Jan W. Corn rentra, Annie se retint de sourire.
Au bout de deux jours et de deux nuits, la tempête sembla vouloir s'apaiser. Les lames et lèvent restaient encore bruyants et querelleurs, mais ne manifestaient plus de violence haineuse. Quand ils comprirent que le Cormoran avait échappé à un désastre immédiat, ce fut à bord, comme une résurrection. Et, succédant à raffolementdu désespoir, la mutinerie, latente, éclata.
Elle avait des causes lointaines, récentes, fatales pour la plupart. Tous s'accordaient à trouver inéquitable le partage des lots. Jan W. Corn ne prétendait-il pas conserver, sans contrôle, la caisse commune ? Sa dureté intraitable. Nombre de petits griefs personnels.
Et, au fond, l'envie de la femme, qu'en les narguant, il s'octroyait ; pour eux, les négresses, parbleu !
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Sans doute, son autorité pesait si lourd, qu'en temps normal on s'était tu.
Mais aujourd'hui, les circonstances devenaient extrêmes. Qu'appelait-on un Maître sur un navire sans voile ni machine et sans direction. Les instincts se déchaînèrent et la lie des mécontentements remonta.
Jan W. Corn, ignorant de ce qui s'était tramé, fumait son cigare, assis auprès de sa silencieuse maîtresse, lorsque Pieter Peets entra :
—^ Maître, annonça-t-il d'une voix tremblante d'indignation. lisse révoltent contre vous.
— Comment ! Qu'est-ce que tu chantes ?
— Il réclament leurs parts. Ils disent...
Ici, il hésita : mais il ne savait pas de
nuances :
— Ils disent que vous les volez... Ils disent qu'il faudra que vous leur remettiez le commandement ou... ou qu'ils vont vous... accrocher au mât d'artimon, tout de suite...
— Rien que cela ! ricana Jan W. Corn.
— Ils exigent aussi, coutinua Pieter Peets
en baissant le ton, ils veulent que... que... elle...
Jan W, Corn, cette fois, se dressa, crispant les poings, le visage enflammé :
— Ah 1 les misérables I
Annie n'avait pas entendu. Il se tourna vers elle :
— Tu sais ce qu'ils veulent... Que tu sois leur femme à tous ! Ça leur plairait, tu comprends, maintenant qu'ils n'espèrent plus grand'chose de la vie.
Elle blêmit et fut sur le point de défaillir. En présence d'un tel émoi, Jan W. Corn se calma brusquement, sa colère du reste étant courte :
— Ne crains rien...
Il médita. Il alla vers le fond de la cabine, ouvrit l'armoire de fer scellée dans la paroi et, soulevant une assez volumineuse cassette :
— Tiens, PieterPeets.., mets cela sous ton manteau et viens... Et toi aussi, femme, je veux que tu viennes avec moi. Je leur dirai deux mots. Ils seront muselés. Sinon...
Il n'acheva pas ; seulement ses traits pri-
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rent une expression pensive, et triste inconcevablement.
D*elie-même, déjà, Annie lui tendait la main.
Ils montèrent sur le pont, Pieter Peets qui, dissimulait son fardeau, fermant la marche.
C'était la fin du jour, un soleil bas, un air tiède. Quand ils se montrèrent, le groupe des mutins, qui n'attendait l'apparition que du seul Jan W. Corn, demeura un instant abasourdi. Puis des vociférations, comme autrefois au cabaret d'Olaf, s'élevèrent.
Mais il ne put leur parler comme il l'avait fait en ce jour ancien. Pas un seul partisan ! pas même Hulme Inskîold, pas même Lucas de Heere, pourtant ses fidèles. Et l'enragé Willem Metsu les avait effroyablement montés.
(( Ils sont en pleine révolte, on le voit!
se dit Jan W. Corn. Il voulut leur rappeler les services qu'il leur avait rendus. . .
On le hua. Il distribuait frauduleusement les profits, se favorisant sans vergogne. Il les trompait. Et il ne leur plaisait pas que, seul, il possédât une femme .
Jan W. Corn devina qu'au premier accom-
modement consenti, il était perdu sans rémission.
Un souci unique, mais terrible, le tourmenta; lui mort, que deviendrait-elle ? Il décida qu'au dernier moment, lorsque les choses tourneraient décidément au pire, il la tuerait.
Il essaya :
— Vous m'avez nommé votre chef. . .
Obéissez. . . j'ordonne. . .
Déjà les plus hardis, s'appuyant l'un sur l'autre pour se donner plus de cœur, marchaient contre lui. Willem Metsu osa môme se porter en avant, l'air provocant, le bras tendu à le toucher :
— A bas les pattes ! dit Jan W. Corn. Willem Metsu, souriant d'un air atroce,
entreprit le geste de le saisir au collet.
Il ne put l'accomplir. Une sèche détonation sonna, comme un déchirement d'air. Une petite flamme illumina de son reflet la face inflexible de Jan W. Corn ; et l'homme, après une pirouette, tomba sur le nez.
Tous, avec des cris furieux, allaient se précipiter.
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— A mort ! . . . Abattons-le ! , . .
Quelques-uns élevèrent des pistolets. Jan
W. Corn ne reculant pas, Pieter Pe«ts se tint prêt à le couvrir de son corps.
Une main douce, frémissante, apeurée, le tira en arrière .
Alors il se sentit mourir de joie, comme si son cœur éclatait. Un courage surhumain Tenvahit. Mentalement, il suppliait un vague Etre suprême auquelil ne croyait du reste pas, de hâter l'heure du triomphe et surtout de lui donner d'en jouir.
Et, plein d'amour, il dit d'une voix tranchante et sobre :
— Voyez : Pieter Peets, ici présent, tient la caisse. Découvre-la, Pieter Peets... Bien. Il y a là pour cinquante-six mille livres de valeurs, billets et or. Bien. Si un seul de vous avance encore un pas, je fais signe et Pieter Peets flanque le tout à la mer... Après cela, qui sera bien attrapé ?
Cette déclaration fut comme une douche glacée. L'exaspération chut, à plat. Ils restaient stupides... Qui serait bien attrapé ?... Il avait raison. Quel diable d'homme c'était
me là. Et, en premier lieu, ils jugèrent à •opos de battre en retraite.
Sans laisser paraître sa joie de la victoire, continua :
— Ce qui git là-dedans, en grande partie, >us appartient. Quarante mille sur cinquante- K. Vous avez eu tort de vous défier de moi .
on caractère est d'être scrupuleux... Quand )us nous séparerons chacun recevra ce qui i revient.
Il s'arrêta. Puis :
— Maintenant allez à vos affaires, je garde joujou comme otage. Parce que moi, je
ai pas du tout confiance en vous et que vous
es de mauvais garçons...
C'était fini.
Il les avait matés, comme annoncé. Pieter
3ets pleurait d'orgueil et Annie, muette,
ngeait que cet homme était grand.
Soudain ce fut un cri tout autre :
— Il y a une voie d'eau.
L'angoisse ressuscitée se propagea. Jan . Corn, à part lui, soupçonna quelque alveillance. Mais ce n'était pas l'instant enquêter. Après deux heures de travail aux