CHAPITRE II
La voie ferrée s'arrête à la station de Rov : pour gagner Lazovsk, ville d'une cinquantaine de milliers d'âmes, il faut subir environ huit heures de pénibles chocs en guimbarde.
Cette perspective n'impressionna pas autrement l'âme de Jan W. Corn.
Il se hissa dans une patache à roues hautes?
attelée de trois chevaux couverts de sonnailles. D'autres voyageurs y avaient déjà pris place : il remarqua qu'en ce pays l'on était prompt â lier connaissance ; mais lise sentait d'humeur solitaire, et se tut dans son coin, en regardant par les vitres.
Un esseulement triste régnait sur les routes
Elles ne connaissaient point l'empierrement, demeuraient sans fin défoncées, et s'allongeaient à travers des prairies uniformes, des forêts denses de sapins noirs ou de grands rudes bouleaux à la peau rosée. Elles s'étranglaient tout à coup, serpentant ainsi que des ravins, entre deux talus de terre jaune, dénudée, et croulante ; s'arrêtant au bord d'un brusque ruisseau transversal, pour reprendre — comme d'un air détaché — à la rive opposée. Elles montaient impitoyablement, ou descendaient à tords-toi-donc-lecou.
Par de longs intervalles, des files de charrettes croisaient la patache. Leurs petits chevaux, hanchus, tiraient sous la (( douga», (sorte d'arc de bois peint réunissant les brancards) tellement penchés en avant sous l'effort, que leurs mufles reniflaient la terre. Malgré leur bedaine, ils étaient maigres, d'aspect chétif sous un grand ciel bas de misère. D'ailleurs, nourris de vagues avoines et de problématiques foins, ils montraient une incroyable vigueur. « Bonne race », se dit Jan W. Corn.
Deux fois on relaya dans des villages mo-
diques. Au second arrêt, nécessité parlaréparation urgente d'un essieu, il sortit et se promena. Il connut que les maisons et les êtres possédaient un pauvre charme hospitalier. Des oies, des poules, des canards, quelques vaches étiques erraient dans Tunique rue. Des garnements et des gamines, en chemise et pieds nus, pataugeaient parmi des flaques. .. Mais il semblait à Jan W. Corn que la vie manquait en ce pays où, dans chaque chambre, une icône à fond d'or, éternellement regarde
Il s'arrêta â l'hôtel du « Monde ».
Les semblants à peu près européens, de cet immeuble lesurprirent,car il s'était acclimaté, déjà, à des êtres arriérés et naïfs. Mais il dut, sans tarder, rengainer cet étonnement.
La chambre qu'il occupa possédait cinq fenêtres, des punaises en nombre, et peu de propreté. (Jan W. Corn pratiquait, d'instinct, la vraie philosophie matérialiste. Il faudrait commencer par se dégoûter de soi-même, avait-il pensé, une fois pour toutes. D'ailleurs, que Pieter Peets, très méticuleux, tînt sa
maison exempte du moindre grain de poussière, il n'allait pas, s'entend, lui en faire des reproches.)
Il y avait deux fauteuils en acajou plaqué, garnis de drap vert, où il se contusionna le coccyx, vu que le crin manquait absolument.
Sur la commode figurait une carafe pleine d'eau saumâtre et son verre, ébréché. Un paravent percé dissimulait pudiquement le lit à la paillasse dure. Dans la table de nuit, gîtait un pot historié de pimpantes fleurs.
Arrivé tard dans la nuit, Jan W. Corn se coucha et dormit d'un trait.
En s'éveillant, comme le jour sans se génef entrait à travers les minces rideaux de percale, une vaste lithographie appendue au mur, s'implanta dans ses yeux. Elle représentait Thiers, qui, sous l'égide d'une grande femme personnifiant la France, procédait à la remise des cinq milliards fameux. Thiers révélait un visage que l'auteur, visiblement, tâcha de rendre auguste. Les figures et les mains allemandes, au contraire, étaient empreintes d'une évidente rapacité. Derrière le petit homme, dans l'ombre, une myriade de
citoyens vidaient leurs économies es un coifre béant.
Jan W. Corn sonna pour avoir du thé. Mais personne ne vint. Alors il sortit dans le couloir où, le long d'une bdiiquette, somnolaient l'un contre l'autre, un laquais en préhistorique habit et un « commissionnaire » revêtu d'un justaucorps gris maculé de taches roses. Il héla. Les dormeurs sursautèrent. Et comme il récriminait, ceux-ci expliquèrent que la sonnerie ne fonctionnait pas depuis cinq ans.
En attendant qu'on le servît, il s'amusa à regarder dans la cour où concomitaient les actions les plus variées . Des chariots avaient amené du bois en grume, que des gars aux caftans rouges sciaient rythmiquement. Des marmitons galopaient. Trois femmes, les bras nus, tapaient du linge dans de grands baquets, ^ sous la pompe. Et des loqueteux à houppelandes, circulaient entre les tas et les groupes, pour des affaires les concernant.
JanWXorn se sentait mal en point. Il avisa une glace où il se considéra. Rarement il lui était arrivé de contempler ses traits : il se parut vieilli, d'aspect minable. Et, à l'idée
que, sans doute, il se trouvait tout près d'Elle, son esprit déménageait. Il fit un effort et dit : c( Je serai calme... » Et, sans plus attendre, il descendit au bureau.
11 s'adressa à un petit vieillard barbu et chauve, le gérant, dont la mine ne lui déplut pas, et qui se trouva savoir l'anglais.
Ayant, tout d'abord, sollicité quelques vagues indications, Jan W. Corn demanda :
— Connaitriez-vous, par hasard, un comte Valkine.
— Si je le connais! s'écria l'autre... C'est-àdire que je le connaissais! C'est bien du comte Dimitri Valkine que vous me faites l'honneur...
— Oui, Dimitri... Il n'habite plus ici?
— Ici ? Ah, ah ah ! bien sûr, ici. Sauf qu'il est sous maman la terre... Il est mort, parbleu, voici une couple de dix ans. C'était à lui qu'appartenait le magnifique palais que vous avez peut-être déjà vu...
non? dans la Rue aux Chiens?... Ce palais a coûté un million de roubles, pas un de moins... Figurez-vous, Monsieur, qu'il l'a légué par testament olographe, à notre ville, afin
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qu'on en fit un hospice. (Il est mort poitrinaire, peut-être est-ii nécessaire de vous l'apprendre). Alors figurez-vous, Monsieur, noire Conseil Urbain n'a pas pu se mettre d'accord sur la question de savoir si, dans fhôpital, on admettrait aussiles catholiques et les juifs... « Ouvrez-le, toujours, en attendant ! » disaient les gens sensés. Mais va-t-en te promener ! Ils s'en sont référés à l'Administration Supérieure, et ça dure encore.
Il souffla, ayant débité cette tirade d'un trait, dans sa joie d'avoir à qui parler: car, depuis ce matin, son collègue le caissier se trouvant en courses, il n'avait pu tenir que d'insignifiantes causettes.
— J'irai, j*irai voir... faisait Jan W. Corn d'un ton qui s'intéressait poliment, sans plus.
— Il y a un concierge qui le fait visiter. Ça vous coûtera une vingtaine de kopecks,le pourboire, quoi! Allez; ça vaut la peine, je vous assure. C'est une curiosité. Les plans sont d'un architecte italien. On voit, en façade, dix colonnes en marbre blanc, du véritable de Carrare. Ne trouvez -vous pas, tout de
]xe c'est diablement embêtant... ah!
le s'en aller, quand on peut se payer luxe. Et dire qu'il n'y a logé que tout au plus rérité! fit Jan W. Corn.
, Monsieur. La maladie s'est déclarée qu'il faisait bâtir. D'ailleurs, sa mère, lovna, — je l'ai connue aussi, j'ai eu îur — était, de même que lui, faible trine. Alors il est donc parti pour p, essayer de guérir, je ne sais pas été jusqu'en Afrique, au diable, t des climats. Un beau jour il en [lu avec une femme... qu'il avait là-bas, à ce qu'il paraît. Du reste il des pièces officielles ; ça oui ; on s. C'était authentique. N'empêche — 3uerai-je — que je n'y ai jamais cru.
! certain, c'est que la personne était e ; et pas du tout dans le genre de )us avons ici. Ah ! ah ! ah !
sa les paupières, en caressant sa îs il continua :
ait plutôt, comment vous dire, un [Otique. On ne sait pas la façon dont
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ils vivaient entre eux. Je me suis laissé dire qu'elle le soignait avec un dévoûment supérieur !
— Très intéressant! très curieux! glissa Jan W. Corn, en regardant distraitement par la croisée...
— Toujours est-il, qu^l lui a laissé en mourant la moitié de sa fortune. Le reste à ses héritiers naturels. Il n'y avait rien à dire, et ils n'ont pas réclamé. Pourtant moi, à leur place, j'aurais fait un procès, vous savez, comme ça.. . pour voir. Mais, du reste, c'aurait été inutile...
— Comment?
— Oui ; et c'est le meilleur de l'histoire !
Elle s'en est allée, peu après, sans dire où!... L'oiseau s'envole...
— Vraiment... ou ne sait pas ?
— Non, personne. Ni les banquiers, ni la famille. Enfin, un vrai roman, quoi ?
Jan W. Corn, là-dessus, rompit l'entretien.
— Je m'en vais donc visiter ce palais, ditil en se levant.
Et le complaisant barbon ajouta:
— En sortant à gauche, tout droit ; et la première rue à droite. C'est facile !
Jan W. Corn alla, coudoyant un public triste, hommes inélégants, bourgeoises toutes vêtues de noir, femmes du peuple avec des mouchoirs de couleur hurlante sur la tète.
La rue était tumultueuse : des charrettes paysannes s'enchevêtraient, parmi les fiacres qui se disputaient les chalands. Des sergents de ville bourraient à coups de poing les conducteurs maladroits, en les traitant de fils de chiennes. Parfois, un svelte équipage passait au trot allongé de chevaux à queue flottante, et vêtus d'une résille de soie qui balayait la chaussée. Devant une église, vautrés à même le trottoirde planches, hommes et femmes priaient, avec force signes de croix.
Et Tair roulait principalement une senteur de cuir de bottes.
Jan W. Corn n'hésita point à reconnaître le palais, édifice d'aspect imposant et lourdaud; et les fameuses colonnes de marbre blanc, soutenant un prétentieux fronton, violentaient indignement le regard. Une manière de suisse, en tunique bleue avec des boutons d'argent et
dont les cheveux lisses et gris étaient coupés au droit de la nuque (semblablement à ceux de Nefert-la-BelIe, en le musée de Boulaq), ouvrit la porte, et s'effaça respectueusement. Jan W. Corn lui expliqua qu'il désirait voir. L'autre s'empressait, familiarisé aux étrangers ; il le conduisit par les appartements.
Sa casquette galonnée à la main, plein d'un respect demeuré intact pour la mémoire des maîtres, il vantait chaque dorure et le travail copieux des boiseries. Jan W. Corn fut possédé par un grand désir d'interroger cet homme qui, lui aussi, avait dû la connaître. Et mettant toute sa volonté et son âme entière à soutenir, par le geste, les faiblesses de son vocabulaire, il fît :
— Tu as servi... du temps... de la dame?
— Oui, oui, oui. . .
— Elle était belle?
L'autre dit, en dessinant un ovale sur sa figure :
— Oh! oui... belle!
Et par des signes il représenta aussi une lourde chevelure, de grands yeux.
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— Elle t'a souvent parlé?...
— Oui, oui... Et très généreuse ! aSirmft l'homme, avec le geste d'empocher un billet qu'on plie.
Comme ils pénétraient dans une pièce décorée d'assez belles tapisseries, le gardien annonça :
— Chambre à coucher.
Et Jan W. Corn, en pleine certitude, pensait que là, le comte rouxavait possédé Annie. Il ne le haït pas. Il ne l'entrevoyait que comme un fantoche inconsistant, à travers la confidence de Pieter Peets. Mais il ne put retenir cette question, qu'aussitôt lâchée il jugea d'ailleurs stupide :
— Est-ce qu'elle Taimait... le Maître ?
Le serviteur hochait doucement la tête.
Comment pouvait-il le savoir ! Ça ne pouvait pas, vraiment, se savoir.
Malgré tout, Jan W. Corn éprouvait ainsi qu'un apaisement à respirer l'air de cette maison qu'elle avait habitée. Il voulut croire qu'elle y avait laissé un peu d'elle, retrouver de sa vie, par imagination passionnée.
Et il conçut une sympathie soudaine pour
l'homme placide et simple qui raccompagnait.
Il lui fit comprendre, qu'avant de partir, il désirait vider un verre avec lui.
Stupéfait, mais sans rien en laisser paraître, Tautre acquiesça d'un salut profond, l'hospitalité innée du Russe se trouvant stimulée par l'hypothèse d'un excellent pourboire. Il habitait, sous l'escalier, un taudis noir que l'architecte « italien » avait trouvé suffisant pour loger le concierge, même d'un palais. Jan W. Corn s'assit devant une table grumeleuse.
L'atmosphère fleurait le hareng saur et encore les bottes. Une femme, pieds nus, apporta un cruchon d'eau-de-vie et deux verres grossiers. Elle les remplit. Ils trinquèrent, et tous deux, l'air sérieux, les vidèrent d'un coup.
A la suite de cette démarche poignante, et vide, Jan W. Corn désira s'abrutir efficacement, et se fit indiquer, parle gérant, un local « où l'on pouvait s'amuser ». Celui-ci, en clignant de l'œil, prononça un nom : l'Ermitage.
Jan W. Corn se vit en une sorte de musichall cosmopolite, qui tenait du concert, du restaurant, et du lupanar.
Une fille en maillot bleu-électrique, vint crier à tue-tête, avec un accent de Pantinoise qui aurait mariné quelques années dans la Savoie :
Toi qui connais les hussards de la Garde...
La jeunesse dorée de l'endroit, reprenait en chœur, comme cela se pratique, ils le savaient de bonne source, à Paris. Les hussards de la ,^arc?^ s'achevaient d'ailleurs par un temps de chahut, qui excitait beaucoup d'enthousiasme, surtout depuis que le bruit avait couru avec persistance, que le maître de police, trouvant cette danse immorale, se disposait à l'interdire.
Une diseuse, pareille à une oie, et de gestes étriqués, vint débiter des couplets sentimentaux, en russe.
L'étoile de la troupe, le célèbre Matabon, de Paris, parut ensuite dans ses danses ft historiques». Matabon réalisait un type fort complet
de voyou, crâne vipérin et cheveux plaqués.
Mais, tour à tour costumé en Ecossais, en Hidalgo, en Magyar et en Invalide, il jouait des jambes avec une agilité sublime.
Enfin, une femme aux chairs maiflues, la chevelure teinte en roux violent, et dont le visage gardait encore, sous les stigmates du vice et de Tâge, les traces d'une impériale beauté, parut, à cheval, et grinç^ :
— J'suis Mam'zelie Canasson.
Elle fouettait sa monture, — deux pauvres diables dans du carton — qui virait et voltait. (c Ils doivent avoir bien chaud, pensa Jan W. Corn, sous le poids de cette personne... )) D'ailleurs il s'ennuyait prodigieusement.
Après la représentation, tout le monde envahit le pavillon du restaurant, artistes et public pêle-mêle : car, en cet Ermitage, les coulisses ne constituaient pas l'accoutumée barrière, et toute la troupe, dédaignant un vain décorum, venait se joindre aux spectateurs.
Jan W. Corn jugea le moment venu de se remuer quelque peu. Il commença par mener
un tapage considérable : à grand fracas, il déboucha, lui-môme, une vingtaine de bouteilles de Champagne dont il avait fait garnir sa table. Comme on voulait le faire payer d'avance, il s'exclama d'une voix forte et jeta, en liasse, des billets à la tête des garçons effarés.
Puis, ayant réuni, dans un geste noble, les femmes, dont il attirait, déjà depuis un instant, Tattention peu désintéressée, il annonça qu'il leur offrait à boire, à toutes, tant qu'elles pourraient. Gela fît sensation. De petits jeunes gens, émus, se poussaient du coude, comme pour se dire : « Voilà ce qu'on appelle la grande vie ! "» Et le manager, qui prenait Jan W. Corn pour un lord en ribote, s'étant respectueusement présent^, lui demanda la permission de s'asseoir à sa table.
C'était une manière de canaille drolatique, surnommé « Aqua-Marina » pour avoir beaucoup navigué, disait-il, sur la mer. « Aux galères de Sa Majesté î, aurait-on pu s'écrier, sans crainte de se tromper, si l'on avait vécu en un précédent siècle. Il portait un veston collant, des bottes et une casquette à visière, qu'il relevait de temps en temps, d'une chi-
quenaude automatique. Et Ton pouvait admirer, derrière le comptoir, son portrait, grandeur nature, avec un faux air distingué et une lyre à la boutonnière, symbole apparemment.
— Vous me dégoûtez, déclara bientôt Jan W.Corn, en lui décochant un coup de coude dans les côtes. Filez !
Aqua-Marina sourit et s^efTaça. Il n'allait pas se fâcher, bien sûr, avec un client de cet acabit.
Cependant, saisi d'une subite aversion pour l'humanité, Jan W. Corn avisa le danseur Matabon, qui le considérait avec des yeux louches d'envie, à cause des femmes qui l'entouraient.
— Qu'est-ce que vous avez à me regarder Elles se tordaient de rire, soûles pour la
plupart. Matabon verdit de rage et, mettant le poing sur la hanche, cria un gros mot.
Alors Jan W. Corn se mit debout, fît trois pas vers lui, et, d'un coup de talon le lança contre la muraille.
Et l'autre grinçant seulement « espèce d'Angliche... )) se hâta de disparaître.
L'admiration et le respect de la compagnie pour le « lord ï s'accrurent. Il se prodigua encore dans maintes excentricités. Il finit par monter en un cabinet du premier étage, avec Técuyère aux cheveux teints en roux. Il Tavait choisie à cause d'une ressemblance lointaine, de profil, avec Annie.
— Autrefois, disait-elle, j'ai été la maîtresse d'un radjah ! Il me menaçait toujours de me faire dévorer par ses tigres...
Elle avait beaucoup roulé. Un vice profond gîtait dans ses yeux d'eau claire .
Jan W. Corn connut dans sa chambre d'hôtel, un réveil pénible et courbaturé. Il se dit qu'il baissait, et qu'il ferait bien, à l'avenir, de renoncer à ces jeux. .. Car il est un temps pour toute chose.
La pensée qu'Annie avait disparu sans laisser de trace lui revint, pénible. Où aller? Qu'entreprendre ? Il imagina, en attendant les idées, de se faire conduire au cimetière ; et il demanda à voir la tombe du comte Dimitri Valkine.
Elle était très simple : une petite croix de
pierre au milieu d'un tertre de gazon. Tout autour régnait le grand calme et le grand silenco.
Un mur blanc, couronné de tuiles rouges, ceignait le cimetière fort exigu.
Jan W. Corn restait devant cette tombe, dans Tattitude du respect. Pour la première fois, il s'en venait visiter les morts. Il éprouva un sentiment de commisération envers luimême. (( Peut-être celui-là est-il plus heureux que moi. » Il demeurait songeur...
Alors il lui apparut qu'il n'était qu'une faible tète. Annie était retournée là-bas, d'où il l'avait volée, aux lieux qui virent son enfance. Pour ne pas l'avoir deviné tout d'abord, quel long abêtissement donc le tenait sous son joug.
Jan Willem Corn s'éloigna, après un dernier regard en arrière, comme pour remercier le comte Dimitri Valkine de l'avoir éclairé.