‹ L'amoral: roman d'aventuresChapitre 5 sur 23 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'innocente

Jan Willem Corn résida en la ville des pionniers, à Vombre des montagnes Rocheuses...

Les personnes relativement calmes, — d'humeur, certes, aventureuse puisqu'elles étaient là, — mais tout de môme paisibles,et étrangères aux passions à manifestation violente telles que boisson, jeu, tir et ce qui s'ensuit, avaient coutume de se barricader avec amour dans leurs maisons, dès la tombée de la nuit ; elles savaient philosophiquement entendre des bruits variés, cris inarticulés, batteries, chants avinés, détonations, se tenaient coites et n'auraient eu garde de sortir.

Les maisons manquaient de confortable.

Les unes étaient des baraques de planches

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Les rues étaient de sable, prompt à se muer en boue, hier terrain ferme, demain petit torrent où Ton pataugeait parfois jusqu'à mi-jambe, lorsque, sans crier gare, « Creek Jaune » débordait, recouvrant cet emplacement-ci, choisi d'ailleurs à la diable, d'un nombre de pieds d'eau malheureusement impossible à prévoir ; et, par deux fois^ n'avait-il pas déjà tout inondé, emporté les bicoques, des bestiaux et quelques citoyens*

Mais ce sont là de ces dommages qu'on ne peut éviter et, en fin de compte, point irréparables.

La nuit se passait sans réverbères et, sauf la lune et les étoiles, on ne savait d'autre lumière que ce qui filtrait à travers les fentes des planches, certains trous de la toile des tentes ou la porte ouverte un instant, vite refermée, du cabaret.

Le cabaret, en même temps maison de jeu, hôtel, et salle de danse, s'était ouvert dès le premier jour. De près, l'avaient suivi une échoppe de cordonnier-tailleur, et le Magazin, où se vendait de tout : prix déraisonnables et camelote authentique. Mais

quand on manie Tor à la pelle on ne regarde pas à la dépense et Ton a peu d'estime envers la durée des choses.

Le lundi, une diligence partait, pour le Sud ; elle revenait au dimanche, et reliait le camp, par correspondance, avec un monde à peu près civilisé où il y avait des bains publics, des chemins de fer, et où Ton ne mangeait pas avec ses mains.

Ce véhicule, probablement afin d'être visi* ble à grande distance, se trouvait peint : la caisse en rouge, les roues et Tavant-train en jaune canari ; ensemble d'un bel effet. Son conducteur arborait un chapeau de toile cirée dont la partie cylindrique figurait un ciel bleu constellé d'étoiles, (car en Amérique on est américain).

La diligence faisait la poste, les messageries, les transports et ses côtés portaient, en plusieurs endroits, des enflures aussi glorieuses qu'expressives : car, plus d'une fois, quelques-uns de ces gentlemen de grande route, vous savez, s'étaient divertis à lui donner l'assaut tout comme à une ville ambulante. Alors elle se transformait en redoute, ses fe-

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nêtrès devenaient meurtrières. Et, la garnison se montrant toujours à la hauteur, elle poursuivait ainsi, victorieuse, sa carrière. On la surnommait « Tlnnocente ».

Les habitants de Gold City avaient pour la plupart des visages pâles, émaciés, aux mâchoires saillantes. Ils portaient des vestes de cuir, de grands chapeaux en feutre gris avec des galons torsadés ; et, là-dessous, pointaient des dents aiguës, des yeux avides et luisants comme d'illuminés. De fortes bottes les chaussaient jusqu'au ventre. Ils maniaient, sans préférence, la pioche, le crible, le rifle et le revolver. Les femelles, en grande minorité, ne se distinguaient point des mâles.

Comme eux, elles portaient des bottes et des vestes de cuir. On ignorait leurs cheveux, qu'elles relevaient, pour la commodité, sous leurs coiffures... Elles n'étaient ni belles ni jeunes.

Ramassis compact de nationalités — le juif polonais coudoyant le pâtre des campagnes romaines, mais TAnglo-Saxon dominant — tous avaient eu à se plaindre des lois que

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