‹ L'amoral: roman d'aventuresChapitre 6 sur 23 · L^INNOCENTE · texte numérisé non relu

L^INNOCENTE

on le lavait dans des ruisseaux descendant les pentes, on tentait de Tarracher aux Rocheuses.

Chacun travaillait séparément, à son claim, en un espace limité au hasard des chances ou suivant les droits imprescriptibles du premier occupant. Il y avait là d'immenses espoirs, des illusions extraordinaires que noyait le vide de la réalité. Les déblais de roc, un trou, , quelques débris marquaient çà et là des places abandonnées. Un visage parfois s'illuminait, au bout de longues journées mornes.

Sur cette terre qui, plus tard, devait voir surgir des villes d(^ luxe prospère, alimenté par la mine et Tusine pleines de science, ils vivaient assez misérablement, maudissant le sol avare, réfractaire à leurs pauvres procédés naïfs, empiriques et lents ; à la merci de la capricieuse fortune ou d'un bandit qui serait plus endurci que vous. C'était prudence élémentaire, en dormant, que de poser la tète sur le sac aux pépites.

Mais, pour s'affermir, avec des mines émerveillées et goguenardes, l'on se contait l'histoire de ce Sam Nicholl de Londonderry qui

iparavant, échangea contre l le terrain revendu deux lus tard à dollars 4.000.000.

rvintlà, muni de ses mains, «c coups dans la poche, sa sur le flanc, sa valise jaune, is que les cahots de grands ient pas des chemins, et les |rage dans des quatrièmes ensiblement éculée.

'sée : un véritable enfer, et ait de dures.

mêle, encaqués comme des nourrissant de conserves nir il y avait des manières re planches clouées, et dont visé et soucieux de gagner

moyen de superposer trois dique hauteur d'une cale, rendait du pont, autorisait ré de ciel, découpé par ses nière.

3uffait et finit par trouver

» plus que de raison.

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Alors, se résignant à dépenser de Targent, il prit un supplément et passa en seconde. Il était, en effet, économe mais point avare et savait la valeur exacte qu'il lui convenait d'attribuer aux choses.

Débarqué, enfin, un flot de gens l'avait porté ! Ils rêvaient l'éclair des paillettes blondes, et ils s'acheminaient au Pays comme une fourmilière en marche.

A Gold City (il y avait d'ailleurs en ce tempslà cent placers du même nom), les pionniers déjà établis, ne se sentant en force pour repousser cette invasion, avaient dû faire bon accueil. Faire bon accueil, vers ces parages, était une expression plutôt négative : la chose consistait en ceci, qu'on ne leur avait pas tiré dans la peau et qu'on ne s'occupa point d'eux.

Ils n'en demandaient pas plus.

Tout comme un autre, Jan W. Corn investit la place échue, attaqua la roche, et il apprit bientôt à ses dépens qu'on ne découvrait plus les fabuleux goussets. On vivotait, tout au plus.

Que devenait donc la riche contrée de ses rêves, de ses journaux et de ses livres?

« Décidément, se dit-il un jour... ce n'est que sur les lieux qu'on sait au juste à quoi s'en tenir. »

Bien qu'assez ignare du métier, il sentait que la réussite ne lui était pas destinée. Et, sans précipitation, son claim ne rendant au reste pas trop mal, il roulait déjà une idée de départ possible.

D'ailleurs Jan W. Corn se jugeait content.

Voir du pays l'amusait. Il trouvait le paysage impressionnant : d'un côté les Rocheuses barraient l'horizon ; elles ressemblaient à un mur colossal qui limitait sans fm toute la terre. Il ne se figurait pas quelque chose audelà. D'autre part se déroulaient la prairie, des forêts de saules et de platanes. Çà et là des torrents limoneux coulaient au fond de ces canons dont ils creusent éternellement la chair abrupte et friable. Il s'émerveilla devant les arbres géants, qui croissent, de préférence, solitaires.

Avec la sensation confuse d'avoir habité trop longtemps dans un air confiné, et parois cette vision courte et agréable d'une place vide à l'établi B de l'atelier 14, û vivait

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insoucieux, s'aguerrissait et prenait une allure plus mâle ; car il appartenait à cette race d'hommes qui ne s'épanouissent qu'au grand air. Son visage se hâlait. Une barbe blonde et brillante en encadrait le contour ferme. Prompt à s'acclimater, il usait déjà fort proprement de Poutil et de l'arme, et comme il, ne savait pas monter à cheval, il se donna, une bonne fois, cette leçon-ci d'équitation.

Le a cordonnier-tailleur » possédait une vilaine jument dégingandée, couleur prunes (de celles de l'espèce dite reine-claude) et qui passait pour le plus vicieux animal des deux Amériques. Moyennant espèces, Jan W. Corn en obtint le prêt, l'emmena par le bridon jusqu'à la première grosse pierre et là, après de copieux efforts, parvint à l'enfourcher. Il avait muni ses bottes de grands éperons et tout à coup piqua des deux : la jument partit comme une folle, traversa à fond de train la grande rue, non sans renverser un ou deux maladroits...; puis, à la dernière bicoque, stoppa.

Aussitôt Jan W. Corn subit une étonnante

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