LA ROSE DE PROVINS
Voici une historiette qui a le bon esprit de se soucier médiocrement de l'avenir, et ne demande à vivre que
ce que vivent les roses :
L'espace d'un matin.
Justement il s'agit d'une rose, d'une belle petite rose qui n'est, à coup sûr, ni la rose pâle ni la rose rouge, toutes deux panachées, que Henri de Lancastre et le duc d'York ont promenées sur les champs de bataille de l'Angleterre, comme si les fleurs, ces poétiques créations de la nature demandaient à s'épanouir dans l'atmosphère sanglante d'une guerre civile.
Ce n'est pas non plus cette rose de Bengale qu'une poétique et noble miss offrit à Charles I er marchant à l'échafaud : gracieux et touchant témoignage de sympathie, qui dut émouvoir doucement, à l'heure suprême, l'àme du royal condamné.
Ce n'est pas encore cette autre rose purpurine qu'une grande âme républicaine, le général Marceau, reçut d'une belle jeune fille qui lui devait son salut : gage parfumé d'amour, qui semblait contenir une promesse d'hymen, et qui ne fut bientôt, hélas ! pour l'illustre général, qu'un souvenir de deuil, car mademoiselle des Mesliers périt victime de l'implacable Terreur.
Ce n'est pas davantage une certaine rose pompon que le poëte Henri Heine prétend avoir cueillie assez effrontément, en même temps qu'un baiser, sur une fenêtre où souriaient un rosier et une radieuse enfant de seize ans, qu'il n'avait pas l'honneur de connaître. Ce qui prouve que Henri Heine était un romantique audacieux et pimpant.
Ce n'est pas, enfin, la rose jaune musquée dont un adorable romancier, Charles de Bernard, a fait le sujet d'une spirituelle intrigue de bal masqué, de bal masqué où les roses se fanent si vite,
qu'elles ne durent pas même jusqu'au matin.
Non. La fleur dont nous voulons parler estune rose de Provins, agate, très-double, à pétales
serrés et chiffonnés au centre. C'est une variété du rosier de France. Nous en avons fait une étude toute spéciale , et nous voulons vous la décrire avec soin, car il est de mode d'avoir l'air savant, doc tus cum libro.
Notre rose croit sur un arbrisseau qui s'élève à peine à un pied et demi, se plaît à l'ombre et - n'exige que la culture ordinaire. Cependant, quoiqu'elle n'affecte point de façons aristocratiques, elle n'en est ni moins jolie ni moins élégante. Petite, ronde, ferme, elle se couronne de huit ou dix rangs de pétales d'un pourpre violet foncé, plus pâle vers l'onglet. Les divisions du limbe sont pennatifides, courtes, et dominent à peine la fleur avant l'anthèse ; ce qui signifie en bon français que la corolle se divise en ailes légères qui ne parviennent à dépasser les pétales qu'à l'époque de l'entière floraison. Toute gaie, toute vivace que soit cette rose, elle aime la solitude, et rarement la trouve-t-on réunie à quelque compagne sur la même branche. Elle est sans doute une muse parmi les roses, et sa poésie c'est son suave parfum.
Il y a bien des années, vers la fin de la floraison, il n'existait plus qu'une seule rose de cette variété à Chennevières-sur-Mame, dans une charmante propriété située sur le bord de l'eau, et habitée par un riche Anglais, nommé William Cope. Cette fleur, qui était peut-être la dernière ■ de la saison, paraissait être aussi la plus fraîche et la plus glorieuse qui se fût épanouie cette année-là. Elle dressait sa tête mignonne audessus d'une gracieuse touffe de sept folioles penchées et de forme ellipsoïde. Elle avait à la fois un air si attrayant et si virginal, que les abeilles voltigeaient amoureusement autour d'elle sans oser profaner son pudique calice. Aussi était-elle l'objet de la convoitise la plus effrénée de la part d'un jeune homme de fort bonne mine, nommé Edmond Estival , l'un des meilleurs avocats du jeune barreau de Paris.
Il se promenait, un matin, devant une grille posée sur un mur à hauteur d'appui. De là, il apercevait la rose de Provins, dont il détournait à peine le regard. Évidemment, il songeait à s'en emparer et ne savait comment s'y prendre, lorsque le propriétaire, enveloppé dans une robe de chambre à grands ramages, et fumant un superbe puros, parut à Tune des fenêtres de la villa.
l'amour a VINGT ANS f)
Edmond poussa la porte d'entrée, s'avança, et, saluant d'assez mauvaise grâce, »se mit à dire :
— Monsieur, j'ai visité ce matin tous les jardiniers fleuristes à deux lieues à la ronde, et je n'ai pu me procurer une seule rose de Provins agate.
L'Anglais laissa dogmatiquement s'échapper de ses lèvres une bouffée de fumée, et répondit avec un léger accent britannique :
— Eh bien, monsieur, il fallait parcourir dix lieues à la ronde.
— C'est précisément ce que j'allais faire, monsieur, reprit Edmond un peu ému, quand je me suis aperçu qu'il restait au moins une de ces roses dans votre jardin, et j'ai pensé qu'en votre qualité de parfait gentleman vous auriez l'obligeance de me la donner.
Avec le même sang-froid, l'Anglais laissa de nouveau s'envoler un petit nuage de fumée bleue, et répliqua tranquillement :
— Je l'offrirai moi-même à mademoiselle Léonic Bellanger.
— Je désire pourtant que ce soit moi, monsieur William Cope.
— Ce n'est pas possible, monsieur Edmond
Estival. Voilà plus d'un mois que, chaque jour,
vous présentez à mademoiselle Léonie de ces jolies fleurs qu'elle aime particulièrement, et il est bien juste que ce soit mon tour cette fois.
— Monsieur, répondit vivement Edmond, vous plaît-il que nous nous coupions un peu 4a gorge auparavant?
— Cela me plaît beaucoup. Je suis à vous dans un instant. Donnez-vous la peine d'entrer.
Et notre impassible Anglais termina son cigare sans se presser, acheva de s'habiller, et descendit, avec des fleurets sous le bras, au salon, où l'attendait Edmond avec impatience.
— Ces armes vous conviennent-elles, monsieur?
— .Parfaitement. La rose appartiendra au vainqueur ?
— C'est couvenu.
Deux voisins de campagne servirent de témoins. On s'achemina vers un petit bois au milieu duquel s'arrondissait une clairière dont le terrain était ferme comme celui d'une aire à battre le blé.
William Cope mit bas son habit; ses larges épaules, dignes dp Milon de Crotone, jouèrent à Taise sous sa fine chemise de batiste; sa belle figure, blanche et correcte, ne laissait transpirer
aucune espèce d'émotion. Edmond, au contraire, avait dans les yeux la vivacité d'un courage enthousiaste. Moins beau que le blond fils d'Albion, il avait plus de délicatesse et de charme dans toute sa personne. C'était ce que le monde appelle un joli homme, un parfait cavalier.
Les deux adversaires se mirent en garde, mais presque aussitôt William se releva, et s' approchant d'Edmond :
— Monsieur, dit-il avec son sang-froid imperturbable, je serais désolé de vous tuer sans vous avoir appris d'abord que je vais épouser mademoiselle Léonie Bellanger. C'est chose convenue depuis hier au soir entre elle, son père et moi.
Edmond tressaillit.
— Vous vous trompez! s'écria-t-il ; si je n'étais poli, j'ajouterais...
— N'ajoutez rien, c'est inutile, interrompit William avec un calme superbe, et veuillez m'écouter encore un instant... Oh! je sais que mademoiselle Léonie ne vous voit pas avec indifférence, elle me l'a dit elle-même; c'est une jeune personne aussi franche et loyale qu'elle est gracieuse et.jolie. Mais elle a ajouté qu'elle tâcherait de m'aimer quand elle serait ma femme.
C'est tout ce qu'il me faut; je suis sur qu'elle m'aimera.
— Comment avez-vous pu lui arracher cette promesse? demanda cette fois Edmond en pâlissant.
— Je ne lui ai rien arraché du tout. J'ai offert deux cent mille francs à M. Bellanger, qui est compromis dans de malheureuses spéculations, et j'ai demandé la main de mademoiselle Léonie, que j'ai obtenue. Voilà le fait. C'est simple, comme vous voyez.
Un vague sourire de bonheur erra sur les lèvres de William.
Edmond demeura comme écrasé sous le poids de cette révélation, dont il ne pouvait nier la sincérité; car il connaissait William Cope et savait parfaitement que ce fils de la perfide Albion était incapable d'un mensonge. Une larme jaillit de ses yeux.
— Vous comprenez maintenant, reprit l'An-
glais, qu'il est inutile que nous nous battions, puisque moi seul ai désormais le droit de porter des fl eurs à mademoiselle Léonie.
E draond passa convulsivement la main sur ses joues humides pour effacer la trace de son émotion, et s'écria :
l'amouh a vingt ans 9
— En garde, monsieur 1 en garde !
— Vous êtes un entêté !
— En garde ! répéta Edmond avec un sombre désespoir.
Les fers se croisèrent de nouveau, et, après quelques dégagements, Edmond tomba grièvement blessé. On l'emporta chez lui, dans un chalet situé entre le cottage de William et la villa de M. Bellanger. Un chirurgien posa le premier appareil sur la blessure, et déclara qu'il ne répondait pas de la guérison si l'état moral du blessé, qui lui paraissait profondément ébranlé, venait encore aggraver le mal.
Edmond, en effet, souffrait moins du ressentiment de sa blessnre que du chagrin causé par la déception qui l'avait frappé. Il adorait Léonie Bellanger, qui était réellement une adorable jeune lille de dix-sept ans, brune et blanche comme une créole, impressionnable et vive comme un oiseau. Elle avait l'air d'une fleur qui aurait eu des ailes, tant son allure avait de grâce harmonieuse, tant sa jeunesse exhalait de frais parfuns. Ce qui la rendait surtout exceptionnelle, c'était un certain penchant généreux, héroïque même, qui entraînait sa vive imagination. On devinait aisément qu'elle avait l'esprit de charité selon l'Évangile, et que
son cœur aimant cachait une force rare : celle qui inspire au besoin l'abnégation et le sacrilice de soi. Et c'est pour cela qu'Edmond lui avait voué cet amour exclusif, enthousiaste, qu'iuspirent irrésistiblement l'éclat d'une forme accomplie et l'irradiation d'une âme pure comme le diamant. Aussi, dans le délire d'une fièvre aiguë, sa voix, parfois éclatante et parfois brisée > répétait-elle le nom de Léonie avec des ravissements et des sanglots. Ah! les passions de la vingtième année! feu dévorant qui s'éteint si vite! folie sublime qu'on regrette toujours un peu lorsque le temps — cet ironique Esculape — nous a guéris en nous administrant l'ellébore de la triste expérience et
de la froide raison !
Tout à coup une résolution s'empara de l'esprit malade d'Edmond. Sous un frivole prétexte,
11 éloigna la personne qui veillait sur lui, se leva tout chancelant, s'habilla malgré d'horribles souffrances, et se traîna plutôt qu'il ne marcha vers la propriété de William Cope. Parvenu devant la grille d'entrée, qui était entrouverte, il regarda et poussa un cri à demi étouffé.
La rose de Provins était sur sa tige , le méthodique Anglais ne l'avait pas encore cueillie. — Ah ! murmura-t-il avec un fol accès de joie
amère, c'est moi qui te la donnerai, o Léonie ! je ne mourrai pas du moins sans t'avoir fait mon cadeau de noce !
La fièvre le soutenait. Il se précipita vers l'arbuste, coupa la rose de Provins, et s'enfuit comme un larron qui a dérobé un trésor. Mais à chaque pas, ses forces, pour ainsi dire galvanisées, s'affaiblissaient, et il alla tomber à demi évanoui derrière un massif de charmille et d e arbustes en fleur qui s'étendait sous les fenêtres du salon de M. Bellanger.
Le murmure de deux voix bien connues le ranima comme par magie; il parvint, en rampant, jusque sous une croisée ouverte, et là, caché dans l'ombre d'un beau genêt d'Espagne, il entendit ces mots échangés entre Léonie et son père. M. Bellanger était un ingénieur civil d'un rare mérite, d'un véritable talent d'invention, mais dont les entreprises, trop hardies sans doute, avaient détruit la fortune acquise et compromis l'avenir industriel.
— Ma fille, disait-il d'une voix altérée, ce sacrifice est au dessus de tes forces. Oui, l'engagement que tu as pris dans un élan de générosité te rend malheureuse; ne le nie pas : je le vois à la pâleur de ton front, à la mélancolie de tes yeux.
Je n'entends pas que mes intérêts, si précieux qu'ils soient, passent avant les espérances et les joies de mon enfant!
— Mon père, répondit Léonie avec une grâce profondément mélancolique, M. William vous rend-il un service important, décisif?
— Immense, car il sauve mon honneur et me met en position de continuer des expériences dont le succès est désormais certain.
— C'est bien, dit la jeune fille avec un calme contraint; je serai le vivant témoignage de votre reconnaissance, mon père, et, je vous le répète, j'épouserai M. William.
— Mais, ma fille, tu n'aimes donc pas Edmond?
Il y eut un de ces silences qui oppressent le cœur.
— Qu'importe? balbutia Léonie avec un effort douloureux; où serait le mérite si je n'aimais personne?
— Avant tout, il faut que tu sois heureuse, ma fille... Edmond sera ton époux.
— Je refuse!... répliqua la jeune fille avec fer- -meté. Mon père, reprit-elle en s'animant, ma mère est morte en me donnant le jour; c'est vous, vous qui m'avez élevée, et avec quelle ineffable
tendresse!... Vous avez fait de mon enfance un enchantement, de ma jeunesse un paradis. Pour me créer une opulence, vous avez travaillé sans relâche et tenté peut-être l'impossible. Je vous admire, je vous vénère et je vous remercie de toute mon âme; mais puisque la réussite n'a pas couronné vos efforts, c'est à votre fille, à votre fille bien-aimée, de vous venir en aide et de vous prouver qu'elle vous préfère à tout, même au bonheur.
M. Bellanger s'élança vers elle, la saisit dans, ses bras, et la pressa contre sa poitrine qui bondissait.
Edmond leva douloureusement la tête audessus de l'appui de la fenêtre, et vit la frêle jeune fille suspendue au cou de son robuste père comme une liane en fleur à un haut et vigoureux palmier. Elle était admirable ainsi. Edmond s'af- . faissa en soupirant.
Léonie reprit avec un accent d'indicible résignation :
— Ainsi, c'est entendu, j'épouserai M. William Cope. Mais je désire, mon père, que vous me conduisiez demain dans notre famille, en Touraine. J'y passerai tout le temps nécessaire aux préli-
minaires du mariage. J'espère que l'éloignement me donnera l'oubli.
— Non! je ne puis consentir!...
— Et moi, je veux, mon père! répliqua Léonie avec fermeté. Mon cœur m'appartient... j'ai le droit d'en disposer... Je vous le donne.
Comme elle achevait ces mots, un domestique annonça M. William Cope.
Le flegmatique Anglais avait perdu un peu de sa gravité ordinaire ; soa visage reflétait même une légère émotion, ce qui équivalait à un bouleversement complet de l'esprit de tout autre individu... Ce fut à peine s'il salua.
— Est-ce qu'il est ici? demanda-t-il.
Léonie et son père le regardèrent avec étonnement.
— Qui donc? demanda M. Bellanger.
— M. Edmond Estival.
A ce nom, la jeune fille tressaillit irrésistible" ment.
— Nous ne l'avons pas encore vu aujourd'hui, répondit-elle avec anxiété.
— Vraiment?... C'est singulier!... très-singulier !
— Pourquoi?
— Figurez-vous que j'avais une rose, une
superbe rose de Provins, la seule peut-être qu'il y eût ce matin dans ce pays, une rose que je voulais offrir à mademoiselle Léonie... Eh bien...
— Eh bien?
— Elle a disparu, et M. Edmond a disparu de même. Je vous assure que c'est tout à fait extraordinaire.
— Ah çà! qu'est-ce que cela signifie? demanda M. Bellanger avec un mouvement d'impatience.
Expliquez-vous.
— Cela signifie, cher monsieur, que Ton m'a pris une rose pour laquelle je me suis battu ce matin — oh! bien malgré moi — avec M. Edmond/et je cherche à la reprendre. Je croyais trouver mon voleur ici.
Léonie devint pâle comme une morte.
— Quoi! balbutia-t-elle, vous vous êtes battu avec M. Edmond?
— Ah! mademoiselle, c'est lui qui Ta voulu absolument. Mais je croyais l'avoir assez grièvement blessé pour qu'il ne put quitter le lit avant un mois... J'arrive de chez lui... Il n'y est plus.
Léonie, violemment agitée, appuya ses mains sur son cœur pour en contenir les battements; puis elle s'assit sans force dans l'embrasure de la croisée ouverte. Elle pleurait.
— Lp malheureux! murmura-t-elle , qu'est-H devenu ?
Au même instant, Edmond, blême et défailfant, se dressa près d'elle au dehors, et, lui tendant une rose:
— Adieu, chère Léonie ! soupira- t-ii ; voici le dernier souvenir de celui qui vous aimait plus que la vie!... Pardonnez à William, ajouta-t-il, car c'est moi qui l'ai provoqué.
William s'avança pour reprendre la rose, mais Léonie le prévint et s'en empara. Aussitôt elle poussa un cri déchirant, car elle venait de voir Edmond, vaincu par la douleur, tomber à la renverse. Elle s'évanouit.
Deux jours plus tard, William entrait dans le salon de M. Bellanger. Il annonça que le médecin avait répondu de la vie d'Edmond.
— Moi, je pars, ajouta-t-il tranquillement.
— Et où allez-vous? lui demanda le père de Léonie.
— Voyager un peu... autour du monde,... J'ai besoin de distraction...
Puis il tendit un portefeuille à M. Bellanger, et reprit :
— Voici la somme que je vous ai offerte...
Vous nie rendrez cela quand je serai de retour... Acceptez... pour me faire plaisir.
Alors, se tournant vers Léonie :
— Soyez heureuse, mademoiselle..., ajoutat— il ; heureuse avec M. Edmond... C'est un vrai gentleman... qui vous aime bien.
Malgré lui, sa voix s'altéra.
Léonie lui tendit vivement la main. 11 la pressa sans effusion, mais il pâlit.
. Par une inspiration charmante, la jeune fille alla prendre la rose de Provins dans un vase de Chine, et l'offrit silencieusement à William. L'Anglais tressaillit, son flegme l'abandonna.
— Merci ! merci ! . . . ballmtia-t-il, et adieu ! Il sortit d'un pas précipité.
Une chaise de poste l'attendait.
Deux mois après, Edmond était rétabli. Il épousait Léonie Bellanger.
Un an s'écoula. Un jour, la femme du jeune avocat reçut un coffret d'ébène et une lettre portant le timbre des États-Unis d'Amérique. La lettre ne contenait que ces mots, presque illisibles :
iS l'amour a vingt ans
« Madame,
» Je m'ennuyais, et pour me distraire je me » suis battu dans les rangs de l'armée fédérale du » Nord contre les confédérés du Sud. A la bataille
de Cincinnati, j'ai reçu trois balles dans la poi- » trine, et je vais mourir. Tant mieux, je ne » m'ennuierai plus.
» Permettez-moi de vous léguer tout ce que je » possède et de vous rendre même ce que vous » m'avez donné.
» Et moi aussi, je vous aimais bien !
» William. »
Le cœur oppressé, les yeux remplis de larmes, Léonie ouvrit le coffret d'ébène... Elle y trouva un testament olographe et une rose desséchée, incolore, reconnaissable pourtant comme si elle sortait d'un herbier.
C'était une rose de Provins...