I. Œuvres de Marivaux, vol. XI
Quand la femme avait ainsi surmonté les préjugés du passé et de la Jeunesse, quand elle était arrivée à ce point de coquetterie, il lui restait bien peu de scrupules à dépouiller ^ et elle n'était pas loin d'être dans cette disposition d'âme qui faisait désirer et chercher à la femme du temps ce que le temps appelait « une affaire » . Bientôt auprès d'elle à sa toilette, à la promenade^ au spectacle^ on voyait un homme chaque Jour plus assidu, et qu'elle faisait prier à tous les soupers où, elle était invitée; car à une première affaire, la femme était encore parmi ces prudes qui ne pouvaient prendre sur elles de se
=TjpV?-^
nrr
décider au bout de quinie jours de soins, et dont un jnois tout entier n'achevait pas toujours la défaite.
Cela finissait pourtant : un soir elle se montrait avec son cavalier en grande loge à l'Opéra^, et déclarait ainsi sa liaison, selon l'usage adopté ^:& par les femmes du monde pour la présentation officielle d'un amant au public. Mais, au bout de peu de temps, la désillusion venait, la jeune femme s'était trompée dans son choix ; il n'y avait point dans l'engagement auquel elle s'était livrée des convenances suffisantes pour l'y attacher.
I. Les Confessions du comte de *** , par feu M. Duclos. Amsterdam, 1776, vol. I.
"^^^^MHXir
et la femme donnait à l homme le congé que nous avons vu tout à l'heure l'homme donner à la femme. Elle disait au jeune homme qu'elle avait cru aimer à peu près ce que AI""^ d'Esparl'ès disait â Laujun dont l'éducation n'était point encore faite : « Croyei-moi. mon petit cousin, il ne réussit plus d'être romanesque, cela rend ridicule et voilà tout. J'ai eu bien du goût pour vous, mon enfant; ce n'est pas ma jaute si vous l'avej pris pour une grande passion, et si vous vous êtes persuadé que cela ne serait Jamais fini. Que vous importe si ce goût est passé, que j'en aie pris pour un autre, ou
que je reste sans amant? Vous avej beaucoup d' avantages pour plaire aux femmes, projitei-en pour leur plaire^ et soyei convaincu que la perte d'une peut toujours être réparée par une autre, c'est le moyen d'être heureux et aimable^, h
On se quittait comme on s'était pris. On avait été heureux de s'avoir, on était enchanté de ne s'avoir plus^.
Alors s'ouvrait devant la femme la carrière des expériences. Elle y entrait en s'y jetant, et elle y rou-