‹ L'amour au dix-huitième siècleChapitre 19 sur 31 · I. Mémoires de Tilly, vol · texte numérisé non relu

I. Mémoires de Tilly, vol

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société du XVIII* siècle ne diffère guère de la femme formée par la civilisation du XIX*. Elle est la parisienne, cette parisienne grandie dans ces milieux excitants qui hâtent et forcent la puberté, mûrissent le corps avant l'âge, et font ces organisations alanguies et nerveuses auxquelles est défendue la forte santé des sens et du tempérament. Rien donc de ce côté qui soit impérieux. Montons au cœur de la femme : les mouvements, les instincts n'y ont pas plus de vigueur^ d'élan, d'emportement. Il n'y a point au fond de lui de ces irrésistibles besoins de tendresse, de déploiement .

qui ravissent une femme et l'enlèvent

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d'elle-même pour la jeter au dévouement de l'amour : ce n'est qu'un cœur aimable, charitable, s' apitoyant à ses heures, aimant ce qui le touche doucement . les émotions larmoyantes, les théories sentimentales . les mélancolies qui le caressent comme une musique triste et un peu éloignée. Il y a dans ce cœur bien plus d'imagi- S' . nation que de passion, bien plus de C^ p^/Zi'eV que d'amour. La remarque n'a point échappé à un observateur qui vit de près la femme du xviii'' siècle : " Les femmes de ce temps n'aiment pas avec le cœur, a dit Galiani.

elles aiment avec la tête. « Et il a dit vrai . L'amour, dans tout le siècle.

porte les signes d'une curiosité de l'esprit, d'un libertinage de la pensée. Il paraît être che-[ la femme la recherche d'un bonheur ou du moins la poursuite d'un plaisir imaginé dont le besoin la tourmente . dont l'illusion l'égaré. Au lieu de lui donner les satisfactions de l'amour sensuel et de la fixer dans la volupté, l'amour la remplit d'inquiétudes, la pousse d'essais en essais, de tentatives en tentatives, agitant devant elle, à mesure qu'elle fait un nouveau pas dans la honte, la tentation des corruptions spirituelles , un mensonge d'idéal, le caprice insaisissable des rêves de la débauche.

Aussi les plus grands scandales, les plus grands éclats de l'amour, sont-ils des entraînements de tète, entraînements particularisés, caractérisés par un mobile qui n'a rien de sensuel : la vanité. Les femmes résistent asseï souvent à la jeunesse d'un Chérubin agenouillé à leurs pieds, aux agréments d'un homme dont la personne leur plaît entièrement. Il peut arriver qu'elles soient fortes contre les périls de l'habitude, de l'intimité, de la beauté, de la force, de la grâce, de l'esprit même, contre les mille séductions qui ont fait de tout temps l'homme redoutable à la femme. Alais il est une

séduction contre laquelle elles essayent à peine une défense, une fascination qu'elles ne savent point fuir : qu'un homme à la mode paraisse, c'est à peine si on lui laissera la fatigue de se baisser pour ramasser les cœurs, tant l'amour a dans la femme de ce temps, la bassesse de la vanité! Qu'un homme à la mode paraisse, elles se livreront à lui tout entières : elles l'aideront de leur amitié amoureuse, de leurs intrigues, de leur influence ; elles le porteront dans le meilleur courant de la cour.

Elles seront fieres de le servir, sans qu'il les remercie, fieres d'être renvoyées comme elles ont été prises. Et

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n arriveront-elles point à accepter, comme une déclaration, la lettre circulaire envoyée le même jour par Letoriere à toutes les dames qu'il ne connaissait point encore^? Nous sommes loin de ce temps des billets galants et raffinés qui fit la fortune de la mère de Montcrif en lui empruntant sa plume amoureuse et délicate'-. Qu'il se donne la peine de vaincre cet homme irrésistible, l'homme à la mode; et l'on verra demander grâce aux plus pures, aux plus vertueuses, à celles-là qui

1. Mélanges militaires, liltcraires et seiitinientaires, par le prince de Ligne, vol. XX.

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