‹ L'amour brodeChapitre 34 sur 66 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

foi qui fait la vaillance des saints laisse un ferment de couardise dans les âmes qu'elle déserte. A l'heure du danger s'éveille une épouvante qui ressemble à une agonie supportée en pleine santé. Vous me trouvez harcelé déjà par la hideuse appréhension. Que sera-ce plus tard?... Ah! que j'en veux à mes sauveurs!... Mon Dieu! mon Dieu, que devenir! Combien de temps cette angoisse va-t-elle durer?

EMMA

Le temps d'un mauvais rêve, mon pauvre enfant, si vous alliez dire à Gabrielle ce que vous m'avouez. Comme elle serait heureuse et vous accueillerait avec bonté.

CHARLES

Jamais !... non jamais!... Après mon air de bravoure, déchanter ainsi !...

EMMA

Bien, bien... Je n'insiste pas... Suivons les voies tortueuses puisque votre orgueil y marche plus à l'aise... J'ai un moyen de laisser intacte votre belle attitude, tout en jetant Gabrielle dans vos bras. Seulement, mon moyen exige un peu de sang-froid, et c'est une marchandise dont vous ne paraissez pas abondamment pourvu. Essayons tout de môme... Après votre départ, Gabrielle nous a rendus témoins d'une scène de passion vraiment échevelée. Nous

faisions cercle autour d'elle, l'oncle, la tante et moi. Elle jurait que vous seriez son mari, répétait avecune telle insistance qu'elle était perdue si vous ne l'épousiez pas, que l'oncle Raphaël est arrivé au soupçon qui s'impose quand une fille réclame le mari acre sous peine des plus grands malheurs. Il vous croit l'amant de sa nièce, et s'imagine que celle-ci est dans une position intéressante.

CHARLES

Elle admet!...

EMMA

Tout, pourvu que cela vous force à l'épouser.

CHARLES

Eu quoi cela me force-t-il, puisque je sais qu'il n'y a rien ?

EMMA

L'erreur des deux vieux a été pour Gabrielle un trait de lumière. Vous aviez déclaré ne vouloir d'elle qu'en payant ce bonheur un prix exorbitant. L'invention de l'oncle lui a suggéré l'idée d'une épreuve décisive. Oh ! c'est barbare, el il faut une tète névrosée comme la sienne pour concevoir de pareilles choses!... Elle m'envoie vous dire qu'elle est menacée d'être mère... que son séducteur ne peut pas l'épouser... et qu'elle compte sur vous pour la sauver du déshonneur... Mon Dieu, quelle figure courroucée vous faites!... Bien entendu il n'y a pas un mol de

Page 1