AUTRES ESSAIS
CHEZ
Jà-IiIFRED DDE D^dZTJSSET
CHEZ
Que de contradictoires pensées, de maximes disparates, de bizarres théories n'a-t-on pas eu la faiblesse d'écrire sur les femmes !
Notez que Ton n'a rien affirmé dont le contraire ne soit parfaitement acceptable, et que Ton acquiesce, enfin de compte, aussi volontiers au Bien qu'au Mal qu'on a dit des femmes y ces spirituels résumés de compilations paradoxales. L'un ou l'autre, lu le premier, l'emporte toujours sur le second, à moins qu'ils ne s'équilibrent et que la femme ne soit un mélange égal de mal et de bien, ce qui, à notre époque dogmatique et tranchante, serait un axiome presque original.
Que les femmes, d'ailleurs, se résignent à n'avoir jamais déjuges impartiaux, mais des
dépréciateurs acharnés ou d'enthousiastes admirateurs, qui tous mesurent leur opinion aux mécomptes ou aux succès qu'ils ont rencontrés chez elles. C'est ce qui rend un pareil sujet si largement ouvert à la liberté d'appréciation. Jeune homme, vieillard; littérateur, simple bourgeois, qui ne s'est donné — et combien de fois! — le plaisir de juger les femmes, de les juger sans appel, avec indulgence ou sévèrement, les enveloppant dans une sentence pleine de petites exceptions hypocrites et méfiantes, à l'aide desquelles on croit se faire pardonner l'injustice de son propre arrêt.
Sur une semblable question tant diversementtraitée, s'il est curieuxd'étudierropinion des philosophes et des penseurs dont le scientifîsme contraste si singulièrement avec la grâce etla sentimentalité féminines, lamanière dont un poète de passion et de rêve apprécie les filles d'Eve me semble digne d'un intérêt aussi grave et peut offrir une plus sérieuse leçon. Le poète ne juge pas, il sent; il ne raisonne pas, il aime ; pour me servir d'un de ces mots mortels venus d'Allemagne comme
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beaucoup de choses ennuyeuses, il est un être essentiellement subjectifs c'est-à-dire s'occupant moins d'analyser la femme que de la subir et de vivre d'elle. Les croyances do la femme sont les siennes ; il a les mêmes faiblesses, les mêmes aspirations, les mêmes désirs. Que pensera cet homme de la femme et comment Taimera-t-il? Il m'a paru original de chercher la réponse chez Musset, si souvent notre plus grand poète et duquel on peut dire que l'amour a été la raison de son génie.
Chez Musset, tout d'abord, on ne rencontre pas à l'état aigu cette tristesse exaltée à plaisir, lamentable et incurable, qui a faussé les lyres romantiques, comme si la mélancolie était la revanche fatale du bonheur d'avoir aimé et du dépit d'avoir souffert. Nul n'est moins « pleurard » que l'auteur de Namouna; mais, plus résignée, plus stoïque, sa tristesse n'est pas moins profonde. Et cela s'explique. Chez le poète, chez l'homme, dans Thumanité même, la fol
morte, l'espoir envolé, le devoir croulant, la conscience incertaine, peut-il rester autre chose que le désarroi, l'amertume, l'éternel désenchantement ? On a trop répété que la science nous a guéri de M. Cousin et de Chatterton. Pousser le scepticisme jusqu'à railler sa douleur, fermer les yeux pour ne plus voir, ce n'est pas résoudre la question. Croyez- vous que notre maturité sociale ait arrêté l'influence des livres, tels que Lara, Werther^ René, Obermanrty Lélia? — Lara, c'est-à-dire la tristesse et le remords; Werther , c'est-à-dire la passion désespérée aboutissant au suicide ; JRené, c'est-à-dire l'inaction intellectuelle et morale ; Obermartrif c'est-àdire le désir insatiable et paralysé ; Lélia^ c'est-à-dire la souffrance de la volupté impuissante. . . Hélas ! la génération d'aujourd'hui est atteinte de la même maladie que la génération d'hier ; seulement la débauche endort nos cris ; seulement la frivolité de notre matérialisme adoucit nos angoisses. I^ science a trouvé l'opium de l'âme, flôjpa souffre autant que Werther et plus que René ; mais RoUa aujourd'hui. se contente-*.
ra de sa nuit de plaisir avec Marion et ne se tuera pas.
C'est surtout dans la déchirante Confession d'un enfant du siècle que Ton peut suivre ridée qu'au milieu de ses adorations et de ses faiblesses, Alfred de' Musset s'est faite du caractère, du rôle, des devoirs de la femme.
N'en déplaise à ceux qui se méfient des juge* ments où la sensibilité tient trop de place, Musset, qui vécut surtout par le sentiment, n'a rien jugé que d'après son cœur, n'a rien senti qu'avec son imagination, — et il a bien jugé et il a bien senti. Seulement, la femme lui est toujours apparue sous un seul aspect, le plus logique, le plus significatif pour un poète, mais le moins digne, si j'ose dire, et le plus déchu : celui de la maîtresse. Cherchez dans les œuvres désordonnées de cet incomparable génie une page pour la mère, pour l'épouse, pour la sœur, ces trois royautés de la famille, vous ne l'y trouverez pas. Viva en dehors des joies domestiques, ne derac dant à la dâfM0é9 que ses -cousalaiipns 1
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plus enivrantes, Musset, dans le secret de ses lettres intimes comme dans ses pièces les moins apprêtées et les plus bourgeoises, ne semble pas se douter que la femme soit autre chose qu'une maîtresse et que la vie ait un autre but que Tamour. L'amour, voilà la vie ; la maîtresse, voilà la femme.
Là est toute l'œuvre de Musset, au point de vue passionnel. C'est même cette impuissance à goûter un bonheur exempt des orages de la passion qui a inspiré quelques unes de ses pièces les plus amères, notamment les Vœux stériles^ Tristesse^ et dont le reproche revient dans sa Nuit d'Août sur les lèvres de sa Muse(l). Mais le cœur reprend vite sa tyrannie ; et lorsque le poète s'écrie qu'il donne volontiers « son génie pour un baiser d ; lorsque, sous une forme spirituelle originalement empruntée au Don Juan de Byron, il affirme que c'est assez pour l'homme d'avoir aimé et qu'après « quinze ans d'étude », le meilleur résultat ,est une « cornette au bout d'un cotillon », cela paraît très plaisant ; mais
(1) « Et que trouveras-tU; le jour où la misère..* »
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tî'est une chose que Musset pensait, car s'il quitte son masque d'écrivain, dont la sincérité peut être suspecte, pour s'épancher dans le sein de son meilleur ami, il n'écrit pas autrement : ce N'y a-t-il pas toujours, « dit-il, « quelques vieilles têtes à perruque pour ce dire : Tout cela est de votre âge, mon « enfant. J'ai été comme cela aussi dans ma ce jeunesse. Il vous faut un peu de distraction, ce pas trop, et puis vous ferez votre droit et « vous entrerez chez un avoué. » Ce sont ces ce gens-là que j'étranglerais de mes mains.
« La nature a donné aux hommes le type de ce tout ce qui est mal : la vipère et le hibou ce sont d'horribles créations ; mais qu'un être « qui pourrait sentir et aimer éloigne de son (( âme tout ce qui est capable de l'orner et ce appelle aimer un passe-temps et faire son « droit une chose importante ! — anatomistes a qui disséquez des valvules triglochînes, ce dites-moi si ce n'est pas là un polype ? » (1) La femme fui donc de sa part l'objet d'un culte qui est, & mon sens. Une des grandes
(1) Correspondance. Lettrô I.
originalités de Musset, au point de vue de Tinfluence sociale que peut exercer la moralité littéraire. La plupart des poètes, plus particulièrement ceux de notre époque, ont chanté la femme. Ce n'est point chez Musset le libertinage pompadour du XVIIP siècle ni l'idéalisme tendre, doux, voilé, respectueux, dont Lamartine, le premier en France^ a revêtu les plaintes du cœur et la poésie amoureuse.
Lamartine a idéalisé la femme : c'est sa gloire ; Musset a idéalisé, non pas la femme, mais la maîtresse, qui est encore la femme, mais la femme tombée, selon le monde. Le mot maitresse revient dans presque toutes ses pièces, à tout propos, sans mépris, sans forfanterie, absolument comme on dit : « ma femme. »
Dans les sonnets adressés à ses amis, il prend souvent à partie leur « maîtresse » ; et dans la Lettre à ce même et chaste Lamartine, d'émotion si poignante, où le vers jaillit d'un trait, en lave, en bronze, sans incidentes, le poète racontant une infidélité, parle de la (( maîtresse » de Fauteur des Harmonies^ lequel n'a jamais ri ;|ué ce mot dans ses vers. Peu s'en faut qu'il ne prédise à une jeune
*• ** CHEZ XU
dame, comme une chàie et fort natu-
relle^ de devenir tôt ou tard la maîtresse d'un inconnu que le ciel lui réserve. Le mot ne s'y trouve pas; mais il est dans Tidée. Et Musset en ceci ne pensait manquer de- tact ni de délicatesse, c'était simplement sa façon d'envisager la vie, de juger la femme. Encore n'estti question ici que de ses poésies personnelles; mais combien cette habitude qu'on appellerait parti-pris, si Musset pouvait être taxé do maniérisme^ vous saisirait davantage, si vous parcouriez ses prétendus poèmes où le sujet sert de thème aux causeries et aux fantaisies les plus spirituelles ! Qu'est-ce que Don Paëz, les Marrons du feUj Portia, Mardoche^ Suzony sinon des histoires de maîtresse ? Et NamounsLy ce poème à digressions exquises, d'une gaieté si triste, d'une allure si éminemment française, les vers les plus parfaits de notre langue, au dire de Sainte-Beuve (1),
(1) Il ne serait pas sans profit ni sans intérêt de comparer le voluptueux Sainte-Beuve à Tautour de Rolla. Le chantre délicat des Gomolaiions qui pleurait de n'avoir « jamais connu l'amour vrai, l'amour pur », et qui, las d'être partout repoussé^ chercha dans la volupté l'oubli
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qu'est-ce autre chose encore qu'une histoire de maîtresse ? Dans Rolla^ le poète compare la terre à la « maîtresse » du soleil. Même comparaison, plus loin, entre TEspérance et le Destin. Il place ailleurs le nom de sa mère à côté de ce nom voluptueux qu'on retrouve à chaque page : « Je n'ai servi que Dieu, ma mère et ma maîtresse. » Il mêlera danfii Namouna la maîtresse et la sœur en magnifiques vers, sus de tout le monde. La Nuit d'octobre nous offre souvent ce mot au bout des alexandrins. La Confession d'unenfant du siècle est encore la narration douloureuse cle quelques années vécues avec une maîtresse.
Emmeliney Les deux maîtresseSy Frédéric et BernereUCy Le fils du Titien^ Le secret de Javotte, Mirai Pinson, toutes ses nouvelles, sauf une ou deux, sont des aventures de maîtresse ; et je ne sais rien de mieux stylé, de plus capiteux; rien de plus élégamment immoral que ces nouvelles ; rien qui soit pour
de l'amour, offre plus d'un trait d'analogie avec le poète que Céleste Mogador trouva buvant de l'absinthe avec les dernières des femmes. Malheureusement SaintQ« Beuve n'eut de la passion que les sens.
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un(^ femme d'une contagion plus dissolvante.
X!omJ)ien de temps mettrait Tinexpérience
7émî«fne qui rechercherait ces lectures à se
persuader qu'en ce bas-monde, où tant de
devoirs se disputent pourtant leur destinée,
. Uuniver selle condition du mariage est pour les
femmes de choisir un amant au premier ennui
^i leur vient ? Dieu merci ! par ce siècle
réaliste et scientifique la vertu est devenue
assez vieux jeu, pour qu'on ose la défendre
sans se croire prudhommesque, ne serait-ce
que par coquetterie ou désir d'originalité.
M ûsséty lui, ne la met même pas en question. Peut-être ignore-t-il qu'elle existe. La dignité, le sens moral de la femme lui ont échappé, et si complètement, que tout chez lui est incohérence, déchirement, passion, lyrisme. On dirait un révolté traversant la vie en pleurant, dans les bras du plaisir. C'est pourtant notre humanité absolue que Musset a rendue là, le tréfond de notre nature, débarrassée des conventions sociales et des principes de pudeurs qu'on devrait appeler si^ souvent nos hypocrisies. C'est par là surtout" . qu'il restera aussi éternel que Molière.
294 LAl MAITRESSE
Ce qui est très singulier, c'est la moralité de quelques unes de ses pièces de théâtre, non pas nombreuses ; mais, si je ne me trompe, Barberine est le triomphe de la vertu conjugale et II ne faut jurer de rien l'apologie d'un amour bien différent de celui d'une maîtresse. Dans un de ses ouvrages qui renferme de dures et artistiques choses, L. Veuillot s'étonne que les drames de l'auteur de Mauprat offrent cette anomalie. C'est que le théâtre, quoi qu'en ait dit avec beaucoup d'autorité l'école du roman d'observation, vit de convenu, de principes admis, de servilisme social, de facticités obligatoires. Du reste, même dans ses pièces dramatiques, la note passionnée emporte presque toujours le génie de Musset hors de la voie commune, loin des lois morales, dans un vol si sublime qu'on se ferait scrupule de le rappeler ; et c'est dans une mesure très restreinte qu'on peut signaler quelques exceptions à cette fougueuse indépendance.
'^ La différence ou plutôt l'abîme qui le sépare des autres poètes, c'est, encore une fois, qu'il a idéalisé la maîtresse. L'amour, chez Musset,
est un hymne de la chair, mais chanté sur une harpe céleste. Il y a loin de là au joli érotisme de Parny. L'amour n'est pas chez Musset un passe-temps ; il ne le réduit pas à une peinture lascive et provoquante, à un délire où il n'entre rien de l'âme ; il prend chez cet amer enfant du siècle de plus vastes proportions ; son horizon dépasse la terre : il s'agit d'immortalité, d'union devant Dieu, de communion éternelle, de destinée, d'idéal. Il adore la beauté, non point en païen, comme André Chénier, quoiqu'il y ait du Chénier dans Musset, mais en poète qui a un cœur, de l'imagination et la foi morte. Ce n'est pas du plastique, c'est du passionné ; c'est plus que le plaisir, c'est la volupté, c'est plus qu'un caprice, c'est un culte (1). Voilà ce qui accentue la dissemblance de l'auteur de Hoîîa,
(1) « Mon ami, je ne suis pas votre maîtresse tous les jours ; il y en a beaucoup où je suis, où je veux être votre mère. Que Dieu qui me voit, qui m'entend, me
donne la force d'accomplir ma tâche » (Confession
d'un enfant du siècle. Partie IV, ch. ni.) « Je protestais à deux genoux de mon respeqt pour elle jusqu'au pied de son lit. J'y entrais comme dans un lanctuaire. » (Ibid.
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non seulement avec les poètes de Tavantdcrnicre école, mais avec les poètes romantiques de son temps et Lamartine en particulier. Entraîne par le même mouvement et fils d'une même école, Musset, qui, admis un jour au Cénacle, commença par rudoyer Victor Ilugo, n'agardé du romantisme que les rêves de râmc, l'immense besoin d'aimer, l'adoration de la femme et un très vague reflet mélancolique. Son amour est fait de toutes ces choses, communes aux romantiques, et mises en relief par sa personnalité puissante ; mais il y a mêle la note voluptueuse ; il a rendu son doute plus déchirant ; il a adopté le persiflage, et tout cela l'a fait lui . C'est du romantisme transporté dans le flirtage des salons, entre deux valses et une loge d'opéra. Le génie de Musset est au fond si différent de celui de Lamartine, ce poète des âmes qui a chanté comme Pétrarque a aimé, que je serais curieux d'éclaircir dans quelle mesure l'auteur de Rolla conciliait la haute admiration qui éclate à chaque vers de sa Lettre au grand poète avec la moquerie dédaigneuse dont il abreuve de très bonne foi « les pleurards à nacelle^ les amants de la
nuit et des lacs », toute Técole enfin dont le chantre des Méditations a été Tillustre chef. Peut-être Fauteur de don Paëz ignorait-il les ivresses infinies que procure Tadoration exclusivement platonique de la beauté. Sa Muse, si pensive parfois, si découragée, ressemble plus à une femme qu'à une créature céleste ; et si vous voulez saisir en quelques mots ce caractère, sur lequel jMnsiste parce qu'il résume notre poète, relisez Thymne à la Volupté qui commence le chapitre XI de la troisième partie de sa Confession. Quelle poésie égalera jamais le lyrisme de cette prose. N'est-ce pas la maîtresse, n'est-ce pas la volupté idéalisées dont nous parlions tout à l'heure ? Tout Musset est dans cette admirable page : c'est là qu'il faut analyser sa manière de concevoir l'amour et de juger la femme .
Est-ce à dire que le charme de la pudeur, la grâce, le prestige d'innocence, les qualités conventionnelles qui font de la jeune fille une création chère à tous les artistes aient absolument échappé à un poète plus accessible qu'un autre aux nuances d'art.
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d'amour, de beauté ? Non, sans doute; et pour n'être pas l'objet d'une inspiration fréquente ni celui d'un culte personnel toujours digne d'elle, la jeune fille, chantée quelquefois par Musset, y apparaît environnée d'une auréole lumineuse, presque sans tâche. Le poète a trop rarement esquissé ces angéliques créatures qui sont à elles seules toute la poésie, — poésie fausse, mais poésie ; — mais lorsqu'il consent à peindre les rêves de la jeune fille au lieu de la passion emportée de la maîtresse, quel sensitisme ému ! quel accent !
quelle fièvre ! Il ne s'élève à coup sûr pas plus haut qu'habituellement ; mais n'est-ce pas assez que son inspiration reste la même, là où son pœur ne s'ouvre peut-être qu'à demi?
La délicieuse création que la Cécile de II ne faut jurer de rien ! Que de vérité cruelle, que d'analyse touchante dans Margot^ dans les deux héroïnes de A quoi rêvent les jeunes fillesl Et quelle poésie dans saDeïdamia ! Ce sont là ses plus parfaites figures de jeunes filles, les seules d'ailleurs, en y comptant le souvenir de Lucie ^ ce morceau si jeune, si pur, si mélancolique !
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Mais ce n'est pas seulement la manière de comprendre l'amour qui distingue Musset, c'est encore la façon dont il a vécu de la femme, comparée à l'amertume avec laquelle il Ta toujours jugée. Les Poésies et la Confession d'un enfant du siècle nous montrent le poète dans un perpétuel état de défiance, de malaise, d'ironie. Son cœur, trop noble pour les adopter en entier, est évidemment ébranlé par les théories décourageantes de Desgenais. Délaissé à vingt ans par la seule créature qu'il ait aimée, et de quel amour ! dévoré d'un ég^ besoin de passion et de repos, la première chose qu'il apprit des femmes, c'est à douter d'elles. Veuve prématurément de ses plus chères illusions, sa vie devint un orage d'espérance et de douleur. Dans ses meilleurs instants il traite le joli sexe de sexe « absurde, exécrable et charmant. » Ailleurs, il déplore l'inconstance et la coquetterie féminines et
s'écrie :
J'aime encor mieux notre torture Que votre métier de bourreau...
Le reproche qui domine ces plaintes, dont
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l'aigreur passerait chez un autre pour de raffectation, est celui d'infidélité. Son éloquente Co?7/ess ion débute et se termine par une infidélité. Musset qui croyait très peu en Dieu ne croit pas du tout à la femme, et cependant la soif de la femme Ta dévoré. Il a vécu et il est mort par elle. Encore une des choses qui le font Zuî, cette persistance à aimer la femme malgré ses désillusions, malgré ce qu'il a souffert d'elle. Ce déçu n'est jamais blasé ; damné, il adore. Aucune trace chez lui, — sauf quelques vers légers, ce bonsoir ! le charme cesse », par exemple, — aucune trace de satiété ni de dégoût. Il est plus près de Des Grieux que d'Adolphe. Dans sa Confession, c'est de sa façon cf aimer, c'est de son propre amour que Tamant se lasse, non de Tamour de la maîtresse. Musset persifle le mariage, se moque des maris, raille les sentimentaUtés, tout ce qui est garantie, permanence, dans la passion; et cependant il croit à la durée, à la fidélité, à Téternité dans Tamour. Il voudrait bien changer de maîtresse, et ne se console pas d'être quitté ; il voudrait bien les posséder toutes, et ne peut se défendre d'aimer