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CHAPITRE XVI

L'amour entra dans la famille pour y trouver son foyer le plus ardent; la communication des vies n'est nulle part plus intime ; sans ce resserrement, nulle éclosion individuelle ne serait procurée avec plénitude et il n'y aurait de point de départ pour nulle expansion.

En dehors de la famille, les amitiés individuelles prennent des formes dont nous ne pouvons relater ici les combinaisons indéfiniment variables; nous avons dit un jour l'essentiel. A les juger d'un point de vue commun, ces amitiés sont comme d'heureuses dispositions de la matière humaine, dont le couple générateur est le ferment. Après cela, il faut que la masse lève et que les dispositions aboutissent; les arrangements voulus par la Providence ne peuvent

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s'arrêter qu'aux limites de la sociabilité naturelle à l'homme.

La famille au sens propre est caractérisée par son rôle, qui est la paternité immédiate ; père, mère, enfant, tels sont ses composants. A l'autre extrême. il y a la « famille humaine », unité vague, tant que la société des nations non seulement n'est pas achevée, mais n'est pas amorcée, pour cette raison que les souverainetés partielles prennent leur droit pour un absolu et refusent comme un joug l'accolade unifiante. Entre les deux, il y a des groupements divers, dont le plus rapproché du groupe initial est la famille en un sens un peu élargi, répondant à la familia romaine, dont le plus éloigné est représenté par les confédérations de peuples, dont ]c centre est la patrie.

C'est à ce terme central qu'il faut s'arrêter pour étudier te que nous appelons proprement l'amitié sociale, car la nation est jusqu'ici l'achèvement de notre effort de sociabilité, comme la cité l'était aux périodes classiques. On peut dire qu'à certains égards ce genre d'affection enveloppe et conditionne tous les autres, vu que les communautés particulières sont régies du dehors par la communauté nationale, subissent ses exigences, et doivent donc être pénétrées du sentiment qui cimente le peuple.

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Or, la religion rie peut que consacrer des mouvements d'âme si apparentés à ceux qu'elle suggère ; elle les prend à son compte comme une partie du culte qu'elle rend à son Créateur. On sait que toute vertu humaine, quand elle s'oriente vers l'honneur de Dieu, devient un acte de religion. Dans l'amitié sociale, nous ne pouvons donc manquer de reconnaître un amour chrétien.

Le point de départ de ce sentiment nouveau est évidemment dans la convenance mutuelle qui crée tous nos liens; mais cette semence d'unité sait produire, à l'intérieur de chaque peuple, des fruits spéciaux tenant à ce que les habitudes séculaires, le brassage compliqué de Thistoire et les opportunités actuelles y ajoutent de convenance et d'utilité. L'amitié sociale est un amour de la patrie qui consent à se distribuer entre tous ses êtres ; c'est une fraternité en cette mère commune qui n'a plus audessus d'elle, temporellement, que le Père qui est aux cieux. Trouver la race et la nation dans chacun de ceux qui l'incarnent avec nous et nous la représentent, l'y vénérer, y respecter ses vouloirs, se proposer les mêmes fins, fonder l'entente sur cette identité des visées qui corrige les divergences et arriver ainsi à la concorde, c'est exercer l'amitié sociale.

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11 y a là un instinct, et les grandes circonstances, telles les guerres, manifestent assez qu'il y a dans tout compatriote un frère plus lointain. Mais l'instinct veut être jugé, afin d'être guidé et sanctionné; la raison, juge des fins créatrices, s'y adapte, le surélève; elle adopte explicitement ceux avec qui nous sommes en unité pour une vie commune; elle admet leur pensée, ne la pensât-elle point, leur vouloir, lui fût-il adverse, à condition qu'ils exercent ainsi une légitime liberté.

Car il faut bien remarquer que le concours nécessaire à la vie sociale, bien loin d'exclure les différences et les divergences, les exige ; elle veut l'autonomie de chacun, et chacun n'est chacun que parce qu'il est autre. Ne disions-nous pas déjà de l'amitié de choix qu'elle s'accommode mieux de dissemblances complémentaires que d'uniformité appauvrissante? A bien plus forte raison il en est ainsi dans une société, où la fin de l'association n'est plus seulement de constituer, au bénéfice de deux êtres, une vie individuelle plus riche, mais de révéler et de développer toute la vie humaine.

Les philosophes anciens excluaient de l'amitié sociale les esclaves, précisément parce que ceux-ci voyaient leur personnalité et leur destinée englobées dans celles de leurs maîtres. 11 est bien évident

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que l'amitié politique suppose les libertés politiques. A chacun donc, en se surmontant soi-même, il appartient de s'élever à la compréhension et à l'acceptation d'autrui, à l'aveu de ses désirs et de ses entreprises, à la reconnaissance de ses droits, à une adhésion cordiale touchant ses avantages légitimes et ses succès, fortuits ou mérités.

Agir ainsi, c'est placer l'unité à son vrai niveau, maintenir l'ordre divin et répondre à l'adoption dont nous sommes l'objet par une adoption pareille. La patrie nous accueille; on peut dire que son accueil nous crée, puis nous forme, puis nous seconde : en retour, nous devons l'accueillir en elle-même et en tous ses membres, trouvant dans le bien commun ainsi distribué notre bien propre, et, en tant que membres du groupe ethnique, notre satisfaction de citoyens.

A l'amitié sociale en sa forme la plus générale confère beaucoup l'amitié dépensée dans des groupes partiels, tels que communes, corporations, syndicats, sociétés de toute espèce, écoles, partis où l'intérêt commun et l'habitude donnent lieu à un esprit de corps qui joue le rôle d'un ciment spirituel. 11 est vrai que cet esprit tourne souvent à l'exclusivisme et que la décentralisation des sentiments a pour extrême l'hostilité de groupe à

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groupe; mais dans de justes limites, cet échelonnement des sympathies qui vont du groupe initial, la famille, au groupe social trop large pour être embrassé en son unité répond à la constitution de notre être. 11 nous faut des points de relâche pour nos cœurs, comme il en faut en mer pour les flottes. En évitant les préjugés inconscients, l'esprit fermé du partisan de la « noblesse », du « monde », de r « armée », de la « presse », de la « démocratie », en cultivant néanmoins cette solidarité qui donne aux groupes une consistance d'organes dans le grand corps, on favorise l'unité du peuple.

11 en est comme de la paix avec soi-même. Rien favorise-t-il mieux la concorde? Or, les groupements particuliers sont à l'égard du tout national comme des individualités plus complexes, aussi les appellet-on des personnes morales; qu'elles vivent en amitié, notre amitié commune en sera fortifiée.

Entre elles, donc, ces collectivités particulières ayant pour rôle d'intégrer la nation et d'en manifester la richesse ont pour devoir de se tolérer en ce qu'elles ont de divergent, de se respecter dans leurs intérêts et dans leurs initiatives, de se suppléer au besoin, de s'aider, bref, d'obéir à ce précepte d'Albert le Grand : « Soyons deux, mais que îa cause soit une. »

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Les partis politiques, en particulier, auraient intérêt à méditer cette loi. Sauf ceux qui se forment en vue de fins perverses, les partis constituent une partition du pays et de ses divers aspects, de son passé, de son avenir, de ses tendances dont aucune n'a un droit exclusif ni ne peut prétendre à la vérité complète, de sa majorité et de ses minorités respectables, du pouvoir et des oppositions utiles, etc.

Pour la prospérité et pour la paix intérieure, pour la sécurité extérieure, la distinction et en même temps l'unité en la patrie, la fraternité foncière de tous ces groupes est une condition première. Toute nuance d'opinion étant représentée, tout terrain exploré et tout intérêt légitime défendu, et, d'autre part, les débats se maintenant à l'intérieur de l'iiinité nationale et se laissant fermement encadrer par elle, il y a chance pour que le bien commun se développe, pour que les forces réglées donnent au profit de tous leur rendement maximum et que, en cas de danger, ces forces se retrouvent toutes disponibles pour la défense et le succès des revendications justes.

Un tel triomphe obtenu ne sera-t-il pas à tous égards, au point de vue intérêt comme au point de vue gloire, la récompense de chaque citoyen en apparence perdu dans la masse? « Défendre le sol national, expliquait un douanier de Paris à un

ouvrier quelque peu frondeur, c'est défendre la propriété de ceux qui n'en ont pas. w Ce propos entendu en passant, en 1914, exprimait le cœur de tous et les pensées indistinctes d'un très grand nombre. Ceux qui n'ont ni propriété ni gloire ont ainsi que tous la gloire et la terre françaises. Ne se renfermant point dans leur quant-à-soi, ils s'enrichissent de tout ce qu'ils adoptent, à quoi ils se donnent, pour quoi ils vivent et acceptent s'il le faut de mourir. C'est l'amitié sociale qui crée leurs liens et qui élargit leur être. Ce qui est à toi est à moi, disent-ils à la patrie et à chacun de leurs frères en patriotisme; vivons, mourons, possédons, soyons fiers, craignons et jouissons ensemble; tous pour chacun, chacun pour tous, quoi qu'il en soit de nos individualités et de nos groupes ; soyons une seule collectivité unie, quoique non indistincte, un seul être, où, par mille fonctions, une vie commune s'élabore et veut triompher des puissances de mort.

Nos expressions pour signifier l'amitié sociale en son unité marquent déjà que c'est une amitié inégale; il y faut insister toutefois, pour écarter les vues anarchiques et les vagues impressions qui nuisent tant, en certaines périodes, à l'énergie et à la discipline des peuples. 11 y a le haut et le bas; il y

a l'autorité et l'obéissance qui modèlent l'égalité foncière; il y a la loi, c'est-à-dire l'intelligence imposée par amour et acceptée avec le sentiment d'un bienfait; il y a, entre les deux, échelonnés encore, formant classes, sans que le défaut de circulation de haut en bas crée un régime de castes, il y a, dis-je, les échanges affectueux à l'intérieur de l'ordre. Telle est du moins la conception chrétienne, bien éloignée de la lutte pour la vie ou d'un grossier égal i tari sme.

Chaque classe et chaque milieu social a ses caractères, ses qualités et ses défauts, son orgueil, ses périls, chacun a ses devoirs et ses droits, qui donnent à l'amitié une heureuse variété de mouvements et une efficacité riche.

Un mélange trop intime entre les classes n'est pas bon, il nuit au développement de leurs valeurs propres et à leur entente; on ne se rapproche alors que pour se jalouser et pour se combattre. Alieux vaut se réserver pour les grands objets communs et pour les circonstances qui les mettent en cause.

Chacun trouve dans sa classe ses idées familières, ses sentiments accoutumés, ses moeurs; il comprend son prochain immédiat et il en est compris; il vit dans son milieu et de sa vie normale; son effort en rejoint d'autres en un exact emboîtement; il ne

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déborde ni n'est débordé; il cadre. Et c'est le bonheur commun qu'il en soit ainsi; car l'amitié sociale ne se comporte pas à cet égard comme l'amitié individuelle, où une étroite égalité est requise. La raison en est que l'amitié de choix englobe toute la vie et serre donc de plus près les individualités qu'elle assemble; l'amitié politique est d'ordre général et lointain, utilisant et requérant par conséquent toutes nos différences. L'inégalité et un certain cloisonnement des groupes, chacun dans son ordre, est une condition de l'amitié sociale, comme l'égalité et le mélange des vies est une condition de l'amitié individuelle.

La hiérarchie étant acceptée, les petits consentant au prestige des grands qui est un lustre commun, les grands souhaitant le bonheur des petits qui est unz aise commune, la société se maintient et progresse. Au contraire, que les hautes classes viennent à s'abaisser ou que les classes pauvres soient malheureuses, dans le premier cas les petits se corrompent et dans le second les valeurs déchoient. Tous les niveaux sont solidaires. Chaque chose à sa place et chaque être à son rang, ce n'est pas seulement l'harmonie, c'est le bonheur et c'est par conséquent la sécurité pour notre amitié sociale.

L'amitié naît de ce que chacun remplit sa fonction.

se plie aux disciplines nécessaires, évite l'abus et le parasitisme, comprend les rôles et les rangs divers dont chacun prouve son droit en révélant ses utilités, en veillant à ses devoirs. On n'envie naturellement que la jouissance égoïste; on n'envie pas le travail.

Une surveillance mutuelle, fondée sur le sentiment de la solidarité des cas et de l'unité organique du groupe, viendra d'ailleurs aider la confiance. Ce n'est point là de l'inimitié; la preuve, c'est que cela se trouve dans le plus grand amour et sans autre défiance que celle qui est de mise envers soi-même.

Que les arbres de toute essence cohabitent dans la forêt et que les astres de toute grandeur se sourient dans le ciel, c'est l'harmonie de la nature. Que les divers échelons sociaux et les divers rôles, que les droits et les devoirs viennent au contact et s'honorent mutuellement, c'est l'harmonie et l'amitié sociales.

L'autorité devra donc aimer à sa façon et l'obéissance à la sienne. L'amitié des chefs est une amitié de don ; elle prend une forme paternelle; elle est à l'opposé de l'exploitation et de la tyrannie, sous le règne desquelles il n'y a plus de communication des vies, les personnes étant traitées comme des choses. Pères des peuples et leur providence, les chefs

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doivent nous figurer quelque chose de Dieu. Ils aiment pour protéger, pour régir et pousser vers la vie heureuse. La loi, leur œuvre propre, maintient dans le bien qui est le milieu naturel des êtres, limite l'efîFet du mal, renforce les bons vouloirs déficients, se met de notre côté contre nos ennemis intérieurs et extérieurs, nous défend d'autrui et de nous-mêmes. On est toujours perfectionné par ce qui vous domine au nom d'une supériorité véritable. On est toujours aidé par une organisation du bien.

En retour de cet appui et' en raison du rang, en raison de l'autorité, les chefs doivent recevoir des sujets une amitié de respect, de subordination et de fidélité, de gratitude. Honorer, obéir, reconnaître et vouloir du bien à son tour, ce sont des obligations rarement éprouvées et encore moins satisfaites ; mais ces formes d'amitié sociale n'en sont pas moins dans la nature des rapports et dans le devoir d'une fraternité que Dieu a mise en hiérarchie en nous créant ce que nous sommes.

Notre difficulté tient sans doute ici à nos imperfections réciproques. Nous n'aimons pas à payer nos dettes, et les bénéficiaires de nos créances morales ne savent pas toujours mériter. Les torts des gouvernements tendent à rompre le pacte tacite dont Dieu est le garant, et nos propres torts nous

écartent de la justice fraternelle et quasi familiale dont auprès de Dieu également nous sommes comptables. 11 faut pourtant que le chrétien s'élève jusqu'où s'élevèrent souvent les penseurs païens. Ceuxci virent une piété dans l'amitié soumise du sujet, comme dans la ferme bienveillance du pasteur des peuples en qui la cité se concentre. Une piété comme celle des enfants envers leurs parents et des parents envers leur lignée; une piété comme celle du fidèle envers Dieu et comme celle de Dieu, si l'on ose dire, envers sa propre perfection ineffable : c'est l'idéal des rapports civiques, dont la réalité s'écarte si fort.

Les torts des gouvernants comme des gouvernés ne devraient point rompre l'amitié, mais seulement en changer la forme. Dans une famille, le père ou le fils coupables n'en demeurent pas moins ce qu'ils sont l'un pour l'autre. Hamlet a beau faire asseoir sa mère et déclarer son intention de lui « tordre le cœur », il ne la renie pas, il l'aime, et son tragique amour ne sera pas sans fruits.

Que de fruits heureux une amitié sociale bien réglée ne produirait-elle pas, dans tous les ordres I « Par la concorde, a dit saint Jérôme, les petites choses croissent, par la discorde les grandes s'écroulent. » La contention, qui tend l'une contre l'autre

des volontés et des conceptions hostiles ; l'esprit de division qui, religieusement, produit le schisme et, civilement, pousse aux séditions et aux rixes, dont la guerre civile et la guerre étrangère sont les cas maximum; l'état d'âme du mauvais citoyen qui est toujours prêt aux conflits, qui trouve à redire à tout ce que font ou disent les autres, qui se fait de la contradiction un plaisir malsain, qui excite sans cesse des querelles, paraissant agité d'un esprit malin et n'en finissant pas, tant il soupçonne ou prétend constater d'injures, de méditer des vengeances, c'est la plaie de nos rapports. La superbe et l'envie en sont la source la plus habituelle; tous les vices y concourent, aussi est-ce en eux tous comme en toutes les vertus que gisent, socialement, l'amitié et la discorde.

La paix, qui est un accord des volontés dans un consentement commun avec, pour base, un accord de chacun en soi-même, est le résultat naturel de l'amitié sociale vertueuse; car, afi^ectueux les uns pour les autres, on adopte volontiers les vouloirs mutuels et, vertueux, on ne veut pour soi que le droit, qui laisse place au droit d'autrui et supporte les défaillances.

11 n'y a de paix que dans l'ordre. Dès qu'on s'exonère d'une obligation ou qu'on sort du rang, on

rompt un lien et l'on s'enlève une sauvegarde. Cela est vrai proportionnellement à tous les degrés, et cela peut suffire, bien compris, pour marquer à chacun son rôle. Par là se règlent ces grandes difficultés qu'on pourrait appeler les antinomies de la raison sociale. La liberté ne veut pas s'accorder avec l'obéissance, l'égalité avec la hiérarchie, la fraternité avec le respect; les droits tentent de s'opposer aux devoirs. Après cela, les propositions se retournent et lesconfiits rebondissent. L'obéissance, c'est bien, dira-t-on, mais la liberté? La hiérarchie, oui, mais l'égalité foncière? Le respect, soit! mais la fraternité native? Les devoirs, sans doute! mais les inaliénables droits? Tout est dans Péquilibre de ces valeurs, et la valeur de nos rapports en résulte. « Dans nos temps divisés, a écrit Lacordaire, l'unique espérance de l'avenir est dans la réconciliation sincère de tous les rangs, de tous les services, de tous les devoirs. »

Cela ne s'obtient pas sans de grandes vertus, et cela ne s'obtient pas, il faut le dire une fois déplus, au moyen des uniques vertus naturelles. 11 y faut Dieu, inspirateur du bien et suprême sanction de l'ordre ; il y faut le Christ, lien des hommes en Dieu et, par suite, entre eux. Pasteur dzs fils de "Dieu dispersés de tant de manières. Quiconque n'aime pas le

Christ se trouve donc par là même en opposition avec l'ordre humain et avec l'amitié humaine, il en arrache les racines profondes ; dans cette mesure, il favorise l'anarchie, bien que, peut-être, doué plus que des chrétiens inconscients de ce qui fait le citoyen utile.

« Tel qu'il est, s'écriait sainte Catherine de Sienne, le monde n'en peut plus, parce qu'il est privé du lien de la charité avec vous, (Dieu), et avec lui-même (1). » Dans les moments de grande crise nationale, le patriotisme paraît suffire à nous relier, il retrouve sa force, qui est une des plus vivantes de la nature; mais la nature tout entière ne se soutient pas, et c'est de la vie collective avec ses périls et ses exigences qu'il faut dire surtout, comme dans le psaume : « Si le Seigneur n'édifie la maison ^ cest en vain que travaillent ceux qui la construisent ; si Dieu ne garde la. cité ^ c'est en vain que veille la sentinelle » (Ps. cxxvi).

(i) Dialogue, I, xv.

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