‹ L'amour comme il est (volume 2)Chapitre 12 sur 50 · LES PSAUMES DE LA PÉNITENCE · texte numérisé non relu

LES PSAUMES DE LA PÉNITENCE

Le lendemain, vers midi, Henri Thomé retourna à la prison. U était plus agité et plus pâle encore que la veille quand il entra dans la cellule de la belle prisonnière. Cependant il fut plus maître de lui ; dans le désir de pénétrer un peu le secret d'une si grande infortune, il promena sur ce qui l'entourait un regard scrutateur, tout en parlant sans trop de suite des ennuis mortels de

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noine, qui lisait son bréviaire dans un coin de la chambre.

— Mon oncle, j'attends de votre amitié quelques mots sur l'histoire de la prisonnière qui s'appelle Marie. Médecin du corps, il faut que je sache ce qui se passe et ce qui s'est passé dans Tâme.

— Mon enfant, je ne dirai qu'à Dieu ce que le confesseur a entendu ici-bas ; d'ailleurs, dès que j'ai absous un pécheur, j'oublie ses crimes. Il n'appartient qu'au Très-Haut de les enregistrer dans le grand livre du jugement dernier.

— Ah I mon oncle, vous n'avez pas oublié ce que vous a confié Marie.

— Ecoute, mon enfant, ne parlons jamais de cette femme ; oublions ses crimes, aujourd'hui qu'elle a versé les larmes de la pénitence.

Comme le chanoine, en disant ces mots, regardait son neveu y il fut surpris de sa pâleur, de son inquiétude, du feti étrange que jetait son regard.

— Qu'ai-je fait, imprudent? se dit l'abbé Le Blanc en songeant à la beauté fatale de la prisonnière; si jamais ce pauvre gargon allait se laisser prendre aussi, comme tous ceux qui ont vu cette femme I — Mon ami, reprit-il tout haut, cette femme est un abîme profond et ténébreux que je n'ai jamais regardé qu'avec effroi. Il faut la plaindre en passant, mais craindre le vertige : le crime a égaré plus d'un jeune cœur. J'oubliais de te dire que nous avons là une lettre précieuse qui t'attend.

— Une lettre de ma mère ! dit Henri en brisant le cachet.

GOMME IL EST m

n lut avec une ardeur filiale, mais pourtant d'un cœur distrait. Cette lettre exhalait une tendresse maternelle ^i touchante, un parfum de famille si pur, que pendant quelques minutes il rougit de sa folle passion pour une criminelle. Il vit apparaître Marie sous des traits moins doux, en face de sa mère qui était un modèle de vertu chrétienne ; mais peu à peu le démon reprit son empire dans ce cœur déjà égaré.

Le soir, quand il fut seul, il lui sembla qu'il y avait un siècle qu il n'était allé voir la prisonnière; il fut ' presque effrayé de cette passion naissante qui avait déjà tant de prise sur lui. Il tomba agenouillé, quoiqu'il eût perdu Thabitude de prier; il chercha à rappeler le souvenir de 'sa mère.

— 0 mon Dieu ! ô ma mère ! délivrez-moi de cette femme ! — mais au même instant : — 0 mon Dieu I reprit-il avec des larmes, délivrez la pauvre prisonnière I

Loin de lutter encore, il se laissa aller avec une amère volupté à ce funèbre amour qui n'avait pour horizon que les murailles d'une cellule ou plutôt les fantômes d'un crime. Mais l'amour nou^ met toujours ses mains sur les yeux. Henri ne voyait dans la condamnée qu'une belle femme de haute naissance, dans toute la magie de l'infortune et des larmes. D'ailleurs, s'il venait à penser aux crimes de Marie, loin de se révolter contre lui-même, il s'attendrissait encore, il descendait plus avant dans l'abîme. L'amour n'est-il pas un incendie que l'orage même attise?

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