‹ L'amour comme il est (volume 2)Chapitre 23 sur 50 · L-A310UR · texte numérisé non relu

L-A310UR

à celles des brises et des rossignols I Oh I la belle Tie que celle dont on soulève à peine le voile, qui ne laisse entrevoir que la blancheur de son cou I C'est le monde rêvé, mais inconnu; le rivage espéré, mais qui fuit toujours.

N'allez pas si vite avec la vie qu'avec votre maitresse, car la vie dure plus longtemps; ne vous avisez pas de la trop regarder en déshabillé, ne dénouez sa ceinture que dans vos sublimes délires.

Si une agrafe se brise au corsage, si le sein perce le nuage de dentelles, comme l'aurore au mois des roses, ne détournez pas le nuage.

L'amour n'est souvent pour la femme que le coup de l'étrier pour son voyage dans le bleu. Elle laisse rhomme en chemin.

J'ai connu un grand poëte qui buvait de Tabsinthe pour rivresse, et non pour l'absinthe.

« Puisqu'il y a un ministre de la guerre, pourquoi n'y a-t-il pas un ministre de Tamour? » disait madame Récamier. Mars dirait à Vénus que cela ferait double emploi. Mais où est xMars?

L'amour a-t-il étudié les mathématiques? Quand il veut tromper son monde, il commence par mettre un

GOMME IL EST 50i

zéro après une unité et il est dix fois plus amoureux. Le lendemain il met encore un zéro, et il aime cent fois plus que la veille. Et ainsi il va de zéro en zéro jusqu'au jour où la nature, dépouillée du prisme de Torage, le ramène à l'unité, que dis-je? au simple zéro.

La Normandie est le pays de la pomme.

La pomme est le fruit d'Eve.

Voilà pourquoi la femme est toujours un peu Normande en amour.

La femme brune qui prend un amant blond espère dominer par toutes les forces ; mais elle rencontre bientôt son maître. La femme la plus brune est plus blonde que Thomme le plus blond.

Ce n'est pas à la chevelure, c'est au regard que la femme reconnaît les blonds. La marquise de *** disait en voyant ses convives à table : « Je n'ai ce soir que des bruns. » On se récria en regardant les blonds : « Chut! dit-elle, car les blonds ne sont pas ce quun vain peuple pense . »

N'est-ce pas Roqueplan qui a dit que Dieu avait donné la femme blonde aux peuples du Nord pour les consoler de Tabsence du soleil?

Quarante-quatre ans! Comme cela chante un de profundii pour les femmes qui ne se rérugient ni dans l'amour maternel ni dans Tamour de Dieu I J'ai rencontre dans un joli cottage des bords de la mer madame la comtesse de ***, qui commence à se résigner aux frimas. Il faut Tavouer, ses quarante-quatre ans s'inscrivent impitoyablement autour de ses yeux, ces beaux yeux qui ont encore le feu de la jeunesse; Thiver a déjà neigé sur sa chevelure, cette chevelure d'ébène qui fut le deuil de tant de belles femmes blondes I C'est encore une beauté pourtant, l'ombre et le souvenir de la beauté. Elle est allée, au milieu de la tempête, se faire baptiser par la mer, — baptiser, c'est son mot. — Nul n'a compris ce baptême. Une femme méchante de sa compagnie a dit : « C'est rexlrcme-onction. »

La poésie a comme la femme la beauté du diable : un air de jeunesse et de passion qui rayonne un instant, mais qui passe comme le rayon d'avril et ne laisse plus sur le front que l'ombre des giboulées. Combien qui ne sont pas morts et qui, après avoir jeté ce premier éclat, sont dévorés tout vivants par l'oubli I Où sont-ils? Ils sont plus morts que les autres, parce que l'épitaphe bruyante des autres rappelle leur nom à toute heure et sert d'annonce à leur vie. Plaignons ceux qui ont eu leur jour de poésie et qui ne sont pas morts sur le soir. Plaignons, plaignons les oubliés, ceux qui n'ont

pu suivre leurs frères d'armes dans la mêlée glorieuse et fatale, ceux qui, réfugiés dans quelque province, ont repris le teint fleuri du premier venu. Plaignons ceux-là qui sont leur tombeau à eux-mêmes : Ci-gît un poëte dans cet homme qui passe,

On ne s'explique pas comment les mères d'actrices, qui n'ont jamais été ou qui ne sont plus les mères de l'Amour, accompagnent leurs filles dans les coulisses pour servir d' épouvantai! aux amoureux. 11 n'y a point de spectacle plus lamentable que celui de ces femmes sans sexe et sans âge, qui seraient à leur place chez elles. La maternité est une chose si sacrée, qu'on souffre de la voir, de gaieté de cœur, venir souiller sa robe dans ces enfers du théâtre.

On a dit de Prudhon qu'il était le peintre des amours. C'a été plutôt le peintre de l'amour, tant sa touche était chastement voluptueuse.

J'ai sur mon chevalet une de ses fîgures à mi-corps, grandeur naturelle. C'est une belle femme presque nue qui cache sa gorge avec la main. Le mouvement est d'une grâce à la fois naïve et maniérée. La main est Vi belle et si légère, que, tout en faisant ombre au sein, elle rindique plutôt qu'elle ne le cache, puisqu'elle ap-

pelle le regard. C'est la superchene de la candeur. Le sein et Fépaule ont toute la morbîdesse inappréciable de l'école de Parme. On ne saurait y reprendre qu'un accent de trop ardente volupté. Mais la tête corrige assez cet accent par sa douceur sentimentale. Elle incline légèrement un beau cou nourri de roses et de lis qui rappelle les nonchalances du cygne. Elle est coiffée avec un goût douteux : les cheveux sont relevés par un ruban rouge qui les réunit à un léger bouquet dont Téclat est étouffé dans la demi-teinte. L'expression de cette figure appartient tout à la fois au caractère antique et au sentiment moderne. J'y retrouve un peu trop le sourire des femmes du Consulat, peintes par Gérard; mais; dans tout l'œuvre de Gérard, rien n'est digne d*ëtre comparé à cette figure, qui est sans doute un portrait dont l'original est apparu à Prudhon dans le prisme des visions de Praxitèle.

L'amour est le soleil de l'âme. Pendant la nuit l'âme cherche la lumière dans toutes les étoiles : elle va de la fortune à l'ambition, de la science à la renommée, de chimère en chimère, toujours éblouie et jamais voyante.

Tout à coup l'aube annonce le soleil, les étoiles pâlissent, le soleil se lève.

L'âme inondée de lumière ne voit plus que l'amour, se moque de la fortune et de l'ambition, de la science et de la renommée. Aimer I aimer 1 elle ne conjugue plus que ce verbe sur tous les temps.

C^est le triomphe de Tamour de s'élever d'un pied dédaigneux au-dessus de tous les orgueils, et de s'estimer plus riche que M. de Rothschild. L'amour bat monnaie comme un roi, et change Teau en vin comme un dieu.

La pudeur est sublime, parce que c'est la nature qui se défend. La pruderie est odieuse, parce que ce n'est qu'un masque. Sous la pudeur il y a une vraie femme; sous la pruderie il n'y a qu'une fausse femme.

En France les amoureux ne sont pas plus épiques que la Henriade. La raison domine toujours la poésie. L'amour écrit de belles strophes, mais ne fait guère de livres. Beaucoup de jolies bourgeoises émancipées ont cru s'élever à la poésie pçirce qu'elles étaient romanesques, mais elles n'ont parfilé que de la prose poétique.

Les femmes romanesques aiment les hommes prosaïques. La nature ne veut pas perdre ses droits.

L'amour est un bourreau d'argent. C'est toujoun^^

Tenfani prodigue. Il se nournt de ses sacrifices, car plus il donne et plus il croit affermir sa conquête. Mais ii ne prend hypothèque que sur le sable mouvant du rivage. Si on lui donne la monnaie de sa pièce, ce sera en fausse monnaie.

-âr ¥ ¥

Si l'amoureux aime la solitude, c'est qu'il a un monde dans le cœur.

La courtisane mange l'héritage, la femme aimée mange le blé en herbe, — l'avenir! — Quelle est la plus dangereuse, ô jouvenceau en habit bleu barbeau à à boutons d'or!

La scène est eau Château des Fleurs. Musard conduit l'orchcatrc, Cellariui conduit la danse, l'amour mène le reste.

HADEMOISELLE PAR-CI.

Qu'est-ce que lu es venue faire ici?

Page 1