‹ L'amour comme il est (volume 2)Chapitre 24 sur 50 · MADEMOISELLE, PAR-CI · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE, PAR-CI

Allons donc ! tu vois bien que tu marches dans le

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COMME ÏL EST 507

VADEUOISEliLE PAR-LA. «

Tt'cst-ce pas que ces bals du Château des Fleurs sont la mille et deuxième nuit?

UADEMOISELLE PAR-CT.

Oui, mais cela manque de sultans.

UN MONSIEUR qtii pusse.

Dites plutôt que cela manque de sultanes.

MADEUOISELLE PAR-LA.

Ce monsieur doit être un étranger. Tu sais que les étrangers n'ont pas le sou. Un prince allemand m'a proposé cent florins par mois; il m'a dit qu'il n'en fallait pas davantage pour être heureux dans son pays.

UADEMOISELLE PAR-CI.

Et les Anglais! voilà des gens surfaits! J'en ai un qui m'a apporté un service d'argentefie en ruolz.

UN MONSIEUR qui passe.

Il a eu raison. Votre cœur, est-ce que ce n'est pas du plaqué? vous êtes quittes.

Bivarol pouvait se dire un peu le disciple et le maître deChamfort : c'est le même esprit mordant et enjoué, la même satire qui ne s'attendrit jamais. Ils ont laissé l'uncommerautredesfragmentséparsd'uneœuvreéclatante; mais ce n'est point assez que de savoir sculpter le fronton d'un palais quand le palais n'est point foâti. Quoiqu'ils fussent contemporains de Jean-Jacques Rousseau et de Bernardin de Saint-Pierre; quoique

alors le génie français se fût enrichi de deux sources divines, la rêverie et le sentiment, Cbamfort et Bivarol, hommes du passé, niaient les espérances de Tavenir. Ils ne voyaient pas le ciel à travers rhorizon chargé de tempêtes. Ils croyaient que l'esprit humain avait depuis longtemps dit son dernier mot en France, comme en Grèce, sous le siècU des courtisanes. Ils croyaient donc à la mort et à l'oubli. Ils ne vivaient que pour l'œuvre visible de Dieu, comme Horace et les païens, qui abritaient leur philosophie sous les cheveux de Vénus aux pieds de neige et sous les berceaux de pampre aimés du soleil. Cependant, nous qu'ils ont niés, nous croyons à eux ; nous ne sommes pas encore des barbares, et nous reconnaissons volontiers qu'Anacréon et Horace n avaient pas plus d'esprit dans Tamour.

Triste 1 triste! triste! On ne sait pas par quels défilés périlleux passe la vertu ! A chaque pas une em- i bûche, à chaque carrefour un précipice, et pas un homme de bonne volonté qui lui tende sérieusement la ; main. Un seul désert, un pain amer, un grabat presque ' funèbre, voilà l'horizon. i

Le travail, dites-vous? Et que voulez-vous que fassent ces mains blanches que Dieu n'a destinées qu'aux soins de la maison et des enfants? Le travail la tuera sous sa tyrannie quotidienne. C'est l'homme qui est , coupable. Savez-vous ce que fait l'homme quand Dieu . lui envoie pour réveiller en lui l'amour du prochain ; quelque belle fille qui meurt de faim? 11 l'emprisonne

dans ses mauvaises passions, il lui vole son honneur comme un voleur de grands chemins, il la dépouille de sa robe de lin et s'en pare comme d'un drapeaii pris surTennemi. Et vous croyez qne cet homme sera puni pour ce crime de lèse-humanité? Puni ! au contraire» la galerie applaudira comme s'il s'agissait d'un Romain enlevant uneSabine.

La vraie école de Jean-Jacques, ce fut la femme, et on peut dire qu'il s'est toujours souvenu de son maître d'école. La femme tient toute la place dans sa vie et dans ses livres, même quand elle n'y est pas. Depuis le poëte du Cantique des cmitiques, qui donc, à part le Tasse, un autre fou de génie, qui donc a imprégné son style d'un plus vif sentiment de volupté? C'est le panthéisme de l'amour, qui étreint du même bras l'idéal et la vérité.

Il en coûte cher quelquefois pour être la maitresse du roi.

Le roi Louis XV ne donnait pas à sa première maîr tresse de quoi acheter des robes, quoiqu'il en chiffonnât beaucoup. La comtesse de Mailly disait : ce Mon Imari a commencé ma ruine, mon amant l'achèvera. .» Le cardinal Fleury n'ouvrait pas les coffres de l'Etat pour les menus plaisirs de Sa Majesté. L'ambassadeur de Russie, partant pour Pétersbourg, demanda les ordres de madame de Mailly: a Vous m'enverrez une

fourrure de trois cents livres, car Je suis ruinée. » La czarine; ayant connu cet ordre, dit que ceci la regardait. Elle choisit deux fourrures de quatre-vingt-dix mille livres et dit à Tambassadeur de les envoyer à la czarine de Choisy « contre ■ at'gent, » ajouta-t-elle. — f< Combien? demanda l'ambassadeur. •— Contre trob cents livres; n'est-ce pas le prix convenu?»

Avant et après Louis XV, combien de maîtresses du roi sont mortes de misère pour avoir voulu tenter cette fortune périlleuse I

Madame do Mailly ne s'était pas enfermée chez les Carmélites, comme mademoiselle de La Yallière ; mais elle vécut pareillement détachée du monde, ne portant pas un cilice, mais jeûnant pour donner aux pauvres tout ce qu'elle avait. Après l'avoir oubliée dans sa misère, car elle avait quitté Versailles avec deux écus, le roi lui fît porter de quoi ne pas mourir de faim. Elle ne songea qu'à vivre cachée. Si elle dînait avec la comtesse de Toulouse ou la maréchale de Noailles, les seules amies qui lui fussent restées, c'était pour donner aux {^muvrcs le prix de son dîner. Elle lisait des romans, mais surtout des Uvres religieux, voulant voir le ciel avant Theure. Elle ne sortait que pour aller à l'église. Un dimaiïche matin qu'elle était malade, elle arriva tard à la messe, et dérangea quelques personnes pour gagner sa place. Un homme jeta tout haut ces paroles : « Voilà bien du train pour une ... ! » Elle regarda cet homme sans colère, et lui dit de sa voix la plus douce :

« Puisque vous la connaissez si bien, priez Dieu pour elle. » La maîtresse du roi rentra chez die, frappée de mort par cette insulte.

L'amour du roi avait tué tour à tour madame de Vintimille, madame de Châteauroux et madame de Mailly. li restait deux sœurs, madame de Lauraguais, qui se moquait 4e tout et qui défiait le chagrin; madame de FlaYacourl,.qui enveloppa sa beauté dans sa vertu et qui brava le roi,

Louis Xy porta dans son cœur le deuil des trois sœurs mortes. Il disait que c'en était fait des belles heures couronnées de roses; il croyait que sa jeunesse aussi avait été mise au tombeau. Quand il rencontrait chez la reine madame de Flavacourt , il tombait soudainement au plus profond de la mélancolie, même quand fut venue madame de Pompadour.

Les trois sœurs avaient lu avec lui le roman de Tamour; madame de Pompadour et madame Dubarry ne devaient plus Tamuser que par des contes licencieux.

Le marquis de Sainte-^Âutaire mourut à cent ans, comme Anacréon, son maître, comme Fontenelle, son ami. Le beau temps que celui où Ton faisait le tour d'un siècle sans révolution, où Ton était général pour avoir passé le Rhin, et académicien pour avoir improvisé quatre vers! Non, ce n'était pas le beau temps. Combien j'aime mieux nos grandes passions, nos folies sérieuses, nos tempêtes et nos naufrages I Ils étaient dans le j^eflux, nous sommes dans le flux; ils vivaient

cent ans, en comptant d'après Falmanach ; nous vivons mille ans, en comptant d'après notre cœur.

Fontenelle disait en mourant : ce Depuis bientôt un siècle que je n ai jamais ri ni pleuré. » Plaignons-les, plaignons-les, ceux qui n'ont jamais ri; plaignons-les surtout, ceux qui n'ont jamais pleuré. Plaignons-les : Taube nouvelle n'a pas couronné leur front de ses rayons divins; le sentiment, qui nous a rapprochés de Dieu en nous dévoilant les beautés radieuses de TÉvangile et de la nature, ces deux livres immortels de l'amour et de la liberté, n'a pas fait battre leur cœur. En un mot, ils ont vécu sans aimer. Plaignons-les, comme disait du^diable sainte Thérèse, cette Sapho chrétienne, qui s'élançait dans l'infini du haut du rocher des passions.

Combien de courtisanes qui sont mortes sans avoir fait l'amour I

Il y a par le monde un petit diable boiteux qui s'obstine à sauvegarder l'honneur du mari, qui veut que les femmes soient sages en dépit qu'elles en aient. C'est l'eunuque dans le harem. Il entrouvre la porte quand l'amoureux va tirer le verrou. Le jour du rendez-vous il attarde l'aiguille de la pendule ou il réveille une heure trop tard. Si le rendez- vous est sous les grands marronniers, il provoque une averse, et, s'il est dans la

rue, il déchaîne une bourrasque qui tous jette une cheminée sur la têle.

De là ce chapitre que je n'écrirai pas : A quoi tient la vertu des femmes de moyenne vertu.

Pour savoir Tâge .d'une femme, il faut le lui demander, et le demander à son amie. Elle dira trente an&, l'amie dira quarante, et on prendra le terme moyen.

Près de Padoue, au sein de ce riche pays

Où le pampre s'étend sar le blé de maïs,

(Que n'ai-je vos pinceaux, Titien ou Véronèse,

Pour ce divin tableau digne de la Genèse!)

Une femme était là, caressant de la main

Un bambino couché sur l'herbe du chemin : ,

Plus souples et plus longs que les rameaux du saule,

Ses cheveux abondants tombaient sur son épaule ;

Elle était presque nue, à peine un peu de lin

Lui glissait au genou ; plus d'un regard maUn

Gourait, comme le feu, de sa jambe hardie

 sa gorge orgueilleuse en plein marbre arrondie.

Elle se laissait voir, naïve en sa beauté,

Sans songer à voiler sa chaste nudité ;

Dieu Tavait faite ainsi, comme il avait fait Eve,

Un matin qu'il voulait réaliser un rêve :

Pourquoi cacher au jour ce chef-d'œuvre charmant,

Créé pour être vu par le peintre et l'amant?

A la fin, devinant qu'on la trouvait trop belle.

Elle voulut voiler cette gorge rebelle ;

Elle étendit la main, mais le voile flottait.

Son front avait rougi ; de femme qu'elle était,

Elle rederint mère : — avec un doux sourire,

Un sourire plus doux que je ne saurais dire,

A son petit en Faut elle donna son sein.

0 sublimé action ! Les anges par essaim,

Chantant Dieu, sont venus pour Toiler de leurs ailes

La flère volupté de ees saintes mamelles.

Les femmes placent leur amour dans le cœur de& hommes à fonds perdu ou à cent pour cent. Les hommes ne hasardent pas le capital, mais dédaignent les intérêts.

L'amour est encore la plus belle invention des anciens pour les modernes.

La femme qui s'oublie avec un homme qu'elle n aime j^ias oublie bientôt qu'elle s'est oubliée.

C'est alors qu'un galant homme n'a pas le droit de se souvenir.

Lesanciens ont connu deux amours, ImeroseiEroSy^ Tamour des fous et des sages. Nous ne connaissons qu'un nmour; mais nous n'y perdons rien, car il renferme tout à la fois la sagesse et la folie.

* Si vous battez la campagne, emporté par un rêve

l3rûlanl, prenez garde de donner un coup de pied dans l'hyménée universel. Songez que tout est amour au mois des primevères et des aubépines. Dans chaque i*aniée, si vous écoutez bien, vous ouïrez le cantique des cantiques; à chaque pas, si vous regardez bien^ ^ous trouverez un lit nuptial.

Les grandes passions prennent leur source dans l'amour et se jettent dans la mort.

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