PROLOGUE
LES GRIMES DE l'aMOUR.
M. de Parfondval était un comte de l'Empire qui avait gagné sa noblesse sur le champ de bataille, dans Tétaimajor de Napoléon. Après (quelques échecs à la cour de Louis XVIII , il résolut de vivre aux champs presque en solitaire dans les distractions de la chasse. C'était se reposer de la guerre par la guerre.
Il avait, parmi ses voisins de campagne dans le Bourbonnais, un chevalier de Béthisy, pauvre gentilhomme ruiné depuis la Révolution, qui vivait là, comme un
paysan, du produit très -variable d'une petite ferme où il
récoltait plus d'orge que de froment, plus d'ivraie que de bon grain.
Mais le pauvre ri.evalier avait chez lui une vraie fortune qui l'aidait à supporter les mauvais jours. C'était sa fille, qui était huile, jeune encore, modèle de grâce, de vertu et de rés.gnation.
M. le comte de Parfondval ne la vit pas trois fois sans en devenir amoureux, sentiment presque fraternel pour cette belle fille qui allait s'étioler à l'ombre. Il se lia avec le chevalier, il alla chasser avec lui, et, quoiqu'il se fût jusque-là promis de ne se jamais marier, il ne tarda pas •à demander la main de M"® Amélie de Bélhisy.
— La main de ma fille! s'écria le chevalier avec joie; mon cher comte, tout ce que j'ai est à vous.
Ceci se passait un jour de chasse. Le soir, le vieux, chevalier s'en revenait gaiement à son petit manoir ruiné, qui n'avait plus rien de seigneurial qu'un colombier pratiqué dans une des anciennes tourelles du château de Béthisy.
— Quelle bonne fortune ! se disait-il en foulant l'herbe de l'ancienne avenue, qui était devenue le chemin des vaches de la ferme. Le comte de Parfondval est un galant homme ; il a cinquante mille livres de rente, voilà ma fille qui va prendre enfin son rang dans le monde. Qui sait? elle est si belle et si bonne, que^ par tendresse pour son vieux père, elle songera peut-être un jour à relever ce pauvre château en ruine, à replanter cette avenue dont on a fait un pré, à rétablir les barrières de ce parc dont on a fait un champ de betteraves.
Disant ces mots, le chevalier franchit le seuil de la
jerme. Il fut arrêté au passage par un valet de charrue jui voulait lui dire que ses chevaux étaient sur les dents.
— Eh bien ! qu'on aille leur chercher du trèfle^de la uzeme, de Tavoine.
— Mais monsieur le chevalier sait bien qu'il n'y a plus rien dans les greniers.
— Qu'est-ce à dire, faquin?
Le chevalier retomba du haut de ses rêves.
. — Demain, demain, dit-il au domestique, je n'ai pas le temps de te répondre aujourd'hui.
Il jeta un regard attendri sur les ruines du château et s'avança vers l'escalier d'un petit corps de logis de la plus modeste apparence, qui, dans des temps meilleurs, avait été l'habitation des fermiers de fiélTiisy. N'ayant pas d'argent pour restaurer le château, le pauvre chevalier, résigné à tout, avait consenti à prendre la place de son fermier. 11 franchit le seuil d'une porte basse avec un battement de cœur. Jetant un regard rapide dans la pièce d'entrée, qui était la cuisine et la salle à manger, il voulait passer dans la pièce voisine, qui était la chambre de sa tille, quand il aperçut Amélie assise au coin du feu comme Gendrillon, en compagnie d'une grosse Bourbonnaise, fraîche et rubiconde, cheveux ébouriffés et bras nus, qui, accroupie devant l'âtre, attisait sans cesse un léger feu de fagots pour hâter l'heure du souper. C'était tout un tableau.
Le chevalier fit quelques pas vers sa fille. Elle était là, au coin du feu, étrangère à tout ce qui se passait sous ses yeux, au point qu'elle ne vit pas venir son père.
— Amélie, est-ce bien toi?
— Ah! dit-elle en se levant, j'oubliais; bonsoir, mon
pègre,
— Tu rêvais, à ce que je vois ; c'est cela, le bonheur vient en dormant.
— Eh bien! la chasse? Votre gibecière est vide.
— Oui, mais si tu mettais la main sur mon cœur...
— Mon père, comme vous êtes ému! Ursule, allumez donc la lampe.
La paysanne prit un tison et l'éleva à une lampe de fer suspendue à la crémaillère. Peu à peu, on distingua dans le fond obscur de la salle M"^ Amélie de Bélhisy, qui était blonde, blanche et svelte comme une vierge du vieux maître Sléphan de Cologne.
Le vieux chevalier ne pouvait garder son secret plus longtemps.
— Ma chère Amélie, passons dans ta chambre, j'ai quelque chose à te diref; je voulais attendre après souper, mais est-ce que je pourrais souper sans te dire, cela ?
11 prit la main de sa fille, et, avec un cérémonial qui n'était plus d'usage à la ferme, il la conduisit galamment dans sa chambre. Déjà ses rêves avaient, à ses yeux, métamorphosé la cuisine de la ferme en quelque salon doré. Amélie entra la première dans une petite pièce qui exhalait un austère parfum de vertu et de pauvreté.
L'ameublement en était des plus simples, mais re- . haussé par un certain caractère de distinction. Le lit était perdu sous d'amples rideaux blancs qui laissaient voir suspendu au mur nu de la chambre un bénitier de cuivre doré, sculpté avec beaucoup d'art, représentant
une descente de croix. Un riche chapelet serpentait autour du bénitier. Des branches de buis bénit formaient, pour ainsi dire, la couronne du lit. l^ chambre était dallée en pierre. Un bahut, grossièrement sculpté, s'élevait entre la cheminée et la fenêtre. Sur la cheminée, Amélie avait accroché, en guise de glace, un gracieux portrait au pastel représentant M™» de Béthisy, qui était morte à vingt ans. Le chevalier avait dit un jour à sa fille : a Je te prendrai ce portrait et je te donnerai là un miroir. » Mais Amélie avait supplié son père de n'en rien faire.
Cependant la servante avait allumé une lampe dans la petite chambre de sa maîtresse.
— Va nous préparer à souper, dit le chevalier à la Bourbonnaise.
Quand la porte fut fermée, il se retourna vers sa fille, la contempla avec amour et lui dit, en éclatant dans sa joie ;
— Madame la comtesse de Parfondval, je vous salue. La jeune fille pâlit et porta la main à son cœur :
— Mon père, qu'avez-vous dit? je ne vous comprends pas.
— Je veux dire, ma fille, qu'avant trois semaines vous serez, par-devant notaire. M™» la comtesse de Parfondval.
— Mais, mon père:..
— Le comte a ma parole : vous comprenez que j'ai accueilli avec ivresse un pareil titre et une pareille fortune pour vous.
— Je vous remercie, mon père; murmura Amélie en s'asseyant.
— Quoi ! c'est ainsi que vous accueillez ce coup du sorti Ma fille comtesse! mais moi- je ne me contiens plus : il me semble que je vais emporter cette ferme sur mes épaules.
— Mon Dieu, mon père, j'étais si peu préparée à ce que vous me dites là, que vous me pardonnerez de ne pas comprendre encore votre bonheur.
— Est-ce donc si difficile de s'accoutumer à la forlune? Ali! chère Amélie, si vous saviez comme j'ai souffert jour par jour de voir tomber toutes mes espérances, de me voir pauvre quand vous étiez là, pour hériter de ma misère! Car enfin, si j'étais mort, que fussiez- vous devenue?
— Vous savez bien, mon père, que mon ambition se borne à vous aimer, à vivre d'un peu de soleil et de liberté. Si je deviens U^^ la comtesse de Parfondval , respirerai-je sur la terre un air plus doux ?
Le chevalier s'avança vers sa fille en piétinant de colère.
— Amélie ! Amélie ! le sang de ma race ne fait-il donc pas battre votre cœur? Ah! malheureuse* fille, je reconnais votre fatal aveuglement. Amélie, vous n'avez point oublié Pierre Marbault, ce rustre que j'ai chassé de mon château. Quoi! vous n'avez pas été indignée en apprenant qu'il osait aspirer à votre main!
Amélie regarda tristement son père et répondit après un silence :
— Non, mon père, je n*ai pas oublié Pierre Marbault! son amour ne m'a point indignée, car vous avouerez vous-même que ce brave garçon n'a qu*un tort à vos
yeux, c'est d'être le fils d'un maître d'école. Je veux bien •qu'on soit un comte, mais pourquoi n'oserais- je pas vous •dire qu'avant tout je veux qu'on soit un homme? Pour n'être pas né dans un château, le. croyez -vous moins noble par les sentiments? Dieu est un bon père qui ne •connaît pas le grand livre héraldique.
— Ainsi, vous voulez me faire mourir de chagrin ?
— Mon père, je suis prête à vous obéir. M. le comte de Parfondval a votre parole, il a la mienne. Je suis trop heureuse de reconnaître par mon obéissance tout ce que je dois à votre cxeur; je n'acquitterai jamais trop ma dette.
— Allons, allons, que je vous embrasse; vous oublierez ce maraud que vous n'aimez pas, mais que vous protégez pour me mettre en colère. Il faut bien se venger un peu quand on est] femme. Nous allons souper le plus gaiement du monde. Demain, le comte viendra poiir vous prier d'agréer ses vœux. Soyez-lui gracieuse; je ne vous demande pas de vous jeter à sa rencontre, mais n'oubliez pas que je lui ai accordé votre main.
Amélie détourna la tête pour cacher une larme.
— Allons souper, dit-elle en soupirant.
Elle se leva, passa dans la cuisine et s'avança à la porte sur le petit perron rustique. 11 lui fallait respirer au grand air pour ne pas tomber toute défaillante. Elle vint bientôt se mettre à table et fit semblant de manger comme de coutume. La nuit, elle pria Dieu et ne dormit guère. Le lendemain, dès l'aube, elle s'habilla et dit à Ursule qu'elle allait cueillir des pêches dans le verger.
Le verger était un champ encadré de haies de su-
reaux, au bout de Tancien parc du château, à la pointe de rétang.
C'était là que, pour la première fois, elle avait vu Pierre Marbaull. 11 se reposait sur le bord du chemin, au retour d'un petit voyage. Amélie était de Vautre côté de la haie. Celait un soir d'octobre. Les chiens de chasse aboyaient dans les regains ; les vendangeurs criaient gaiement dans les vignes.. Le soleil, à son couchant, répandait un air de fête sur les montagnes et sur les vallées. Pierre Marbault et Amélie ne se dirent presque rien, mais ils se comprirent sans se parler. Amélie était belle, simple, charmante. Pierre Marbault, quoique fils d'un de ces vieux n\aîtres d'école qui savaient pour toute science — boire au cabaret et chanter au lutrin, — pouvait, à bon droit, passer pour un homme spirituel et distingué. Il est vrai de dire qu'il n'avait pas étudié à l'école de son père. Le curé de l'endroit, ayant remarqué sur son front un éclair d'intelligence, avait voulu lui donner des leçons d'histoire et de latin. Avec une belle et intelligente figure, avec la science du curé, le pauvre Pierre Marbault n'était guère plus avancé. 11 avait passé quelque temps à Paris dans un atelier de peinture, se croyant artiste parce qu'il avait un cœur haut placé ; mais la main n'avait pas répondu à l'intelligence. Après quelques mois de misère et de découragement, il était revenu au pays.
Depuis trois à quatre ans il attendait, suivant son expression, un point de départ pour se mettre en roule, peignant çà et là un paysage ou une scène ruslique qu'il envoyait à Paris.
Amélie„avait pris l'habitude d'aller au verger, Pierre Marbault ne passait pas un jour sans aller voir le soleil couchant sur le Chemin-Yert. Plus d'une année s'écoula ainsi. Pierre Marbault avait fini par cueillir des fleurs dans la haie de sureaux,* pour les offrir tout en tremblant à U^^ de Béthisy. Elle voulait refuser :
— Songez, mademoiselle, que ces liserons-là sont à vous; n'ont-ils pas poussé sur votre champ?
Amélie avait accepté pour ne pas chagriner Pierre Marbault. Le lendemain, Pierre avait osé franchir la haie; le surlendemain, ils s'étaient promenés ensemble, effrayés du bonheur qu'ils respiraient sous les arbres. Le clievalier, les ayant rencontrés sur le bord de l'étang, avait accueilli Pierre Marbault avec bonne grâce : — Venez au château, mon ami ; le curé m'a dit qu'il y avait en vous rétoffe d'un savant; il faut encourager les hommes de bonne volonté.
Pierre Marbault avait accompagné le chevalier et Amélie Jusqu'à la porte de la fernie. Peu à peu, il s'était enhardi ; un jour, il avait osé, voyant le chevalier en belle humeur, lui confier ses rêves et ses espérances. Le chevalier, violemment offensé, l'avait pris par les épaules et l'avait précipité au bas du perron. Depuis cette aventure, Amélie l'avait à peine entrevu à l'église de Béthisy et sur le Chemin-Vert. Depuis plus de trois mois, d'ailleurs, il était allé peindre des portraits à Moulins.
Amélie retournait souvent au verger, non qu'elle espérât y voir Pierre Marbault, mais pour y vivre dans le passé.
Ce matin-là, elle s'arrêta à la porte et respira avec de poignants souvenirs l'amer parfum de la haie.
— C'est fini, dit-elle en fondant en larmes, demain, ce soir même, quand j'aurai vu M. de Parfondval, je n'aurai plus le droit de venir ici sans être coupable; car je viens ici comme à un rendez -vous d'amour. Pierre a beau être parti depuis longtemps, il y a dans ce verger quelque chose de lui. Je l'entends qui me parle dans ces arbres ; je n'ai qu'à fermer les yeux pour le voir de l'autre côté des sureaux... Ah! mon Dieul...
Mlle tle Béthisy avait entrevu Pierre au bord de l'étang. Il ne se doutait pas qu'elle fût là. Il était revenu la veille à Béthisy ; il avait marché pendant sept heures, pour qu'il lui fût permis ce jour-là de voir la petite fenêtre d'Amélie et de cueillir un liseron dans la haie de sureaux.
Amélie n'eut pas la force de se cacher.
-T-Mademoisèlle Amélie ! s'écria-t-il en laissant tomber son bâton.
• Emportée par son coeur, elle fit un pas vers lui.
— Pierre! Pierre! Dieu nous pardonnera, car nous ne nous verrons plus.
11 vint à elle pâle, et tremblant.
— Que dites-vous? Ah ! comme vous êtes abattue! '
— Pierre, je vais épouser M. dé Parfondval. C'est mon père qui le veut, je ne puis qu'obéir. J'aurais voulu ne jamais me marier. Vous savez pourquoi. Mais enfin il faut
se résigner à tout. J'étais venue ici pour vous dire adieu, mais je ne croyais pas vous voir. Adieu donc, Pierre... Mais vous ne me dites pas un mot... Pierre, vous m'effrayez.
Pierre Marbault, frappé au cœur, avait à peine la force de lever les yeux.
— Voyons, Pierre, est-ce donc à moi à vous consoler? N'est-ce pas moi qui suis le plus à plaindre des deux? Vous pourrez revenir ici, mais moi, jamais, Pierre, Pierre, parlez-moi donc I
Pierre Marbault regarda Amélie avec une expression j4e douleur tour à tour tendre et farouche.
— Amélie, vous m'aimez, j[i'est-ce pas?
Elle répondit d'une voix éteinte:
— Je vous ai aimé.
11 lui saisit la main et l'entraîna en courant comme un fou sur le bord de Tétang.
— Pierre, j'ai peur. Vous me brisez la main. Pierre, tout éperdu, ne répondit pas; il regarda l'eau
avec une joie funèbre.
— Pierre! Pierre 1 ne me tuez pas.
— Ah ! dit-il avec colère, tu ne m'aimes pas assez pour mourir avec moi; eh bien, adieu donc!
11 s'enfuit, ramassa son bâton dans Therbe et disparut dans le bois.
Amélie tomba agenouillée sur le bord de Tétang,
— 0 mon Dieu ! dit-elle en versant d'abondantes larmes, faites qu.'il ne revienne jamais.
A trois semaines de lu, M. le comte de Parfondval épousa M'|« Amélie de Bélhisy. Tout le déparlement s'occupa des robes et des chevaux de la mariée. Excepté elle même, toutes les femmes du pays auraient voulu être à sa place.
Dans le contrat de mariage, le comte lui avait reconnu une dot de cent mille francs, et lui avait donné, en caS de survivance, l'usufruit de tous ses biens. Dans le château, il avait répandu le luxe à pleines mains. M. de Parfondval était un galant homme qui savait se montrer prodigue à propos. Amélie ne put s'empêcher de lui vouer, dès l'origine, un sentiment de reconnaissance. Ce n'était pas sans plaisir qu'elle voyait son vieux père, qui avait la folie des grandeurs et des titres, parler des gens, des terres et des équipages de sa fille. Que n'eût-elle pas donné cependant pour retourner dans sa petite chambre dallée en pierres, libre comme les oiseaux de la forêt, vivant d'air et de soleil I
• Peu de jours après son mariage, elle demanda au comte qu'il voulût bien lui permettre d'employer toute la dot qu'elle lui devait à relever le petit château de son père. M. de Parfondval offrit de rétablir le vieux manoir à ses frais; mais, voyant que sa femme insistait pour le faire avec sa dot, il comprit la pensée toute filiale de son œuvre et donna soii approbation. On n'a pas d'idée de la
joie du vieux chevalier. Il se levait avec le soleil pour voir tailler les pierres; il montait sur Téchafaudage pour encourager les maçons. Jamais on n'avait vu s'élever un château, même un château en Espagne, avec un pareil bonheur.
Le pauvre homme! on en était à la dernière assise: on
avait posé les sculptures des fenêtres et des entablements*
quand il fut atteint d'une fièvre maligne qui l'enleva en
trois jours. A l'heure de sa mort^ il dit à sa fille, ne la
teconnaissant pas : « N'oubliez pas d'informer M™« la
comtesse de Parfondval, née W^^ de Béthisy, que je
\eux*être enterré dans la chapelle du château de mes
pères, » On n'en fit rien, par la raison toute simple qu'i^
n'y avait plus de chapelle au château de Bétlnsy. Le
* pauvre chevalier fut enterré dans le cimetière du village,
côte à côte avec le maître d'école qui venait de mourir
de la fièvre du vin.
Amélie pleura son père avec un profond chagrin. Elle pleurait plus qu'un père, elle perdait tout espoir de retourner à ce pays si doux où elle avait entrevu le bonheur. Dieu, qui veillait sur elle et la voulait consoler, lui donna une tille. Du jour où elle fut mère, elle vit s'ouvrir dans la vie de nouvelles perspectives. Le comte, d'ailleurs, bien qu'il eût reconnu depuis longtemps qu'elle avait pour lui plus d'estime que d'amour, ne cessait pas d'être avec elle d'une inaltérable bonté. Il l'aimait, non pas avec passion, mais avec un sentiment fraternel. Il lui dit un jour:
— Est-ce donc toujours le souvenir de votre père qui vous attriste ainsi? Permettez-moi de vous dire que je
suis étonné que vous ne songiez pas à voir son tombeau. Vous étiez pourtant là l'autre semaine^ quand on est yenu m'apprendre que la grille était posée. Tenez, Amélie, nous n'attendons personne ; voulez- vous que je demande la voiture? Nous irons aujourd'hui au petit cimetière où repose le pauvre chevalier, ce noble cœur si digne des anciens temps.
Mme de Parfondval pâlit et se troubla pour répondre. Elle avait entrevu le verger. encadré de sureaux; car, pour aller au cimetière de Béthisy, il fallait passer par là. Elle avait beau jeter un voile sur le passé, elle avait beau presser sa fille sur son cœur, un souvenir de Pierre Marbault, celui qu'elle avait aimé, reparaissait toujours devant elle dans toute la magie du souvenir, tantôt tendre et suppliant comme elle l'avait vu sous les pommiers du verger, tantôt farouche et désespéré comme à leur dernier adieu, quand il voulait la précipiter dans l'étang.
— Non, dit-elle, agitée par un vague pressentiment, je n'irai pas au cimetière.
— Il me semble, Amélie, que vous devez bien cela à la mémoire de votre père. Vous savez que je n'ai pas l'habitude de vous jamais contrarier en rien; mais, pour aujourd'hui, je vous ordonne de venir avec moi ; voyez si nous n'ayons pas la plus belle soirée du monde.
— Oui, pensa Amélie en tressaillant, que de liserons en fleur dans la haie du verger!
On exprimerait mal la violente secousse que ressentit la jeune comtesse quand le tilbury passa sur le Chemin- Vert, devant la haie des sureaux. Les branches despé-
chers ployaient sous leurs fruits; les pommes, tombées sur l'herbe, eihalaient ce doux et triste parfum d'automne qui saisit le cœur d'une profonde et mystérieuse mélancolie.
— Comte, dit Amélie en tressaillant, donnez-moi votre main, je vais me trouver mal.
— Amélie! quelle pâleur! quel abattement!
— Ce n'est rien, reprit- elle en respirant avec plus de liberté, ce n'est rien.,, un triste souvenir. Si je pouvais pleurer comme tant d'autres, je n'étoufferais pas ainsi.
— Pleurez! pleurez! Amélie ; votre père est bien digne d'être pleuré.
Dans le cimetière, le comte ne vit pas, sans quelque surprise, la sérénité de la comtesse quand elle s'age- Bouilla devant la tombe du chevalier.
Le fossoyeur de Béthisy, qui avait autrefois gardé les troupeaux à la petite ferme, fauchait de l'herbe pour ses vaches dans un coin du cimetière. Il vint saluer Amélie, et lui dire à sa manière des compliments de condoléance.
M. de Parfondval se promenait de long en large à travers les tombes ensevelies sous l'herbe.
— Ah ! madame la comtesse, il y a bien du nouveau ici, dit le fossoyeur en regardant à ses pieds. Voyez le maître d'école et sa fille.
— Sa fille! Éléonore? dit avec trouble M™» de Parfondval, en pensant à Pierre.
— Sans compter que Pierre Marbault n'en vaut pas mieux ; vous ne l'avez pas rencontré là-bas sur le Cheïûin-Vert? On dirait un fantôme qui se promène par là.
— Je le croyais bien loin d'ici.
— Ah! c'est étonnant, munnura le fossoyeur en regardant la comtesse en dessous.
Tous les paysans de Bétliisy savaient qu'Amélie avait eu, comme ils le disaient, des bontés pour Pierre Marbault. Le fossoyeur, à ce point délicat de la conversalioD, n'osa plus ajouter un mot. Il salua et retourna d*un air discret dans le fond du cimetière, en murmurant : — Tout bête que je suis, je vois plus clair que M. de Parfondval.
11 avait à peine repris sa faux quand le comte s'avança vers lui.
— Mon brave homme, savez-vous si Pierre MarbauU est à Béthisy ?
— Oui, monsieur le comte. Il est toujours là, les bras croisés. Ce serait d'ailleurs une bonne œuvre de penser à lui, car il a sa mère qui est sans ressource.
— Voulez-vous lui dire que je l'attendrai demain jusqu'à midi?
— A vos ordres, monsieur le comte.-
Le lendemain, comnae M™« de Parfondval traversait le vestibule pour se rendre dans le parc avec sa petite fille dans les bras, elle rencontra Pierre Marbault qui ne savait de quel côté aller.
— Pierre! s'écria-t-elle toute pâlissante.
— Ah ! mon Dieu ! madame , je suis désolé de vous rencontrer. Je viens pour parler à M. de Parfondval.
-— Vous le trouverez au pressoir avec ses vendangeurs. Disant ces mots, Amélie s'inclina d'un air glacial et descendit rapidement les marches du perron.
— Elle ne m'aime plus, dit Pierre ; je puis donc venir U^i sans danger.
— Le pauvre garçon ! dit Amélie, quancil elle se sentît à vingt pas de Pierre. Et je m'imaginais que mon pauvre cœur était le plus à plaindre!
M. de Parfondval voulait faire peindre, pour la salle à manger, quatre vues de son château. Il savait le talent de Pierre Marbault. Il n'eut pas de peine à s'entendre avec lui. Le comte offrit douze cents francs. Pierre eût accepté pour la moitié de cette somme. Dès la même semaine, il se mit à l'œuvre.
Amélie, sans le vouloir, vit, par la fenêtre de sa chambre, passer et repasser Pierre. Plutôt vêtu en chasseur qu'en paysan, il avait un certain aspect pittoresque et lier. Il était grand et flexible comme un roseau. Quand il penchait la tête pour rêver, on reconnaissait en lui je . ne sais quel caractère poétique. Dès qu'elle l'entrevoyait, Mme de Parfondval se rappelait involontairement qu'elle avait lu Werther.
On était en octobre ; le ciel accordait à la terre les derniers beaux jours de Tannée.
— C'est bien étonnant, dit le comte à sa femme, que vous persistiez, par un si doux soleil, à vous enfermer dans votre chambre.
— Vous avez raison, répondit-elle avec émotion, j'oublie que les dernières feuilles vont tomber.
— Après tout, dit-elle quand elle fut seule, le parc est bien assez grand pour que je m'y promène sans crainte de rencontrer Pierre Marbault. Et, d'ailleurs, je pourrais le voir sans danger.
Elle descendit dans le parc. Ce premier jour, elle ne rencontra pas le peintre. Elle s'était promenée dans le voisinage du ch»^teau. Mais quoi de plus faible sous le soleil que le'cœur delà femme? Le lendemain, M™« de Parfondval s'aventura un peu plus loin. Bientôt, au détour d'une allée de lilas, elle vit Pierre assis sur Therbe, la tète appuyée dans les mains, qui semblait rêver ou dormir. Elle voulut retourner sur ses pas en marchant sur la pointe du pied ; mais sous ses pieds les feuilles crièrent. Pierre leva la tête; et comme, tout en s' éloignant, elle le regardait toujours, elle vit qu'il pleurait comme un enfant. Toutes les neiges amoncelées dans son cœur pour éteindre le souvenir de Pierre fondirent d'un coup.
Elle courut à lui, tout éperdue.
— Pierre, je vous en supplie, je votis ordonne de partir.
Pierre la regarda tristement et lui tendit la main.
— Ah ! madame, je vous remercie ! Vous m'avez appelé Pierre comme il y a deux ans. Ah ! madame ! madame, continua-t-il en se jetant à genoux, ne voyez-vous pas que je vais mourir à vos pieds!
irétait effrayant ; ses longs cheveux, jetés en désordre, lui tombaient sur les yeux. C'était la douleur dans sa plus touchante et sa plus sauvage expression.
— Pierre, relevez-vous ; c'est de la folie.
— Oui, madame, c'est delà folie. Que voulez-vous? j'ai compris que, pour la paix de votre cœur, il y avait un homme de trop sur la terre : j'ai voulu mourir. Qu'avaisje à faire ici-bas? 11 y a six mois, j'avais une sœur que
aimais, qui me parlait de vous; mais ne le savez-vous ►as? Éléonore est morte! Il me reste ma mère, qui est veugle et presque sourde, qui ne Ine comprend pas, qui L'attend de moi qu'un peu de pain. Vous voyez quelle «t ma vie. Encore si j'avais pu vous oublier, ou plutôt, >oursuivit Pierre en levant les yeux avec une tendresse nfinie, si j'avais pu vous voir I
Et, comme il vit qu'une expression sévère passait sur la figure delà jeune femme, il s'empressa d'ajouter:
— Ne fût-ce qu'une fois par an I
Et, après un silence: — Quel mal ferions-nous à Dieu et au monde? Vous toucher la main, attendre six mois avec délices l'heure de vous voir, s'en souvenir durant six mois : voilà tout ce que je demande au ciel et à vousmême. Si vous voulez m'empêcher de mourir...
— Pierre, je n'ai rien à vous répondre ; et comme je dois compte de ma vie à M. de Parfondval qui est un galant homme, généreux et dévoué, je veux que cette rencontre soit la dernière ; si vous m'aimez, vous ne reviendrez plus au château.
— Songez-y, madame, si Dieu fermait le ciel à une âme pieuse, il ne serait pas plus cruel que vous. Pour que j'aie la force de vivre un peu plus longtemps, permettez-moi de respirer l'air qui passe pour vous.
La jeune femme avait une seconde fois abandonné sa main à Pierre Marbault.
— Ah mon Dieu! dit-elle en se jetant en arrière, je suis perdue.
Elle avait aperçu M. de Parfondval dans la prairie voisine, il venait droit vers l'allée de lilas. Elle comprit
qu'elle devait rester avec Pierre. Quoique la figure du comte exprimât quelque surprise, il aborda le peintre avec sa mine liabituelle, qui était franche et ouverte.-
— Eh bien, monsieur Marbault, où en sommes-nous?
— Monsieur le comte, dit Pierre en allant à la rencontre de M. de Parfondval, je racontais à madame la comtesse, qui avait la bonté de m*écouter, comment | j'avais eu le chagrin de perdre ma sœur au printemps | dernier. M™© de Parfondval avait daigné mainte fois i proléger ma sœur. Elle avait elle-même brodé son voile \ de communiante. Pauvre enfant! ce voile qui nous était j si cher m'a aidé à l'ensevelir. !
Ainsi se passa cette seconde entrevue. La comtesse rentra au château et ne se promena plus pendant six semaines qu'au pied du perron. Seulement, tous les matins, elle allait entendre la messe.
Dans les premiers jours de décembre, le comte fit un petit voyage à Moulins, pour un procès qu'il avait à soutenir contre la commune dont dépendait son château. En son absence, la comtesse, qui voyait Pierre çà et là dans le parc, résolut de ne pas sortir de sa chambre; mais un matin, par un de ces givres radieux qui égayenl si poétiquement les arbres dépouillés, elle p.assa tout en rêvant dans le vestibule et s'approcha des vitres toutes fleuries par la gelée ; sans y penser, elle oumt la porte, des-
cendit les marches du perron et s éloigna au hasard.
Pierre Marbault était dans le parc. Ayant vu Amélie descendre lé perron, il vint à sa rencontre; quand elle voulut se détourner, il était trop tard. Elle ne fut pas peu surprise devoir qu'il n'était plus ni triste ni défait; il était pâle encore > mais sous sa pâleur on voyait circuler la sève et la vie. Il lui expliqua qu'il se sentait renaître depuis qu'il lui était permis de vivre, pgur ainsi dire, sous ses fenêtres, avec l'espérance de la rencontrer, ou seulement de la voir apparaître à travers les rideaux. Elle ne lui dit pas un mot pour l'encourager, mais elle n'eut pas le courage, il faudrait dire la vertu, de le désespérer encore ; la pauvre Amélie était retombée plus que jamais sous les chaînes de la passion.
Cet amour fatal, qui s'était levé syr sa vie comme un soleil radieux, devait enfin la dévorer. On le croira saiis peine : dès ce jour, ce fut elle qui chercha à voii^ Pierre Marbault.
Pierre avait deux fois recommencé ses quatre tableaux. Il était arrivé par la divination et par la science à un de ces demi-talents qui ont toujours fait le désespoir de Tari. Il cherchait, mais ne trouvait pas.
Une année se passa, Amélie accoucha d'une fille. Cette enfant avait les yeux verts comme Pierre ; on avait un peu parlé dans le pays de la passion déjà ancienne et toujours vivante du fils du maître d'école ; le bruit se répandit bientôt, grâce à une servante chassée, que M"*»® de Parfondval n'allait si assidûment à la messe que pour édifier le comte sur sa vertu ; que le peintre de Béthisy
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avait à faire des vues du château qui ne finiraient pas.
Cependant Pierre Marbault aclieva son œuvre vers le
commencement du second hiver. Le comte le conduisit
jusqu'au bout de l'avenue tout en le compllmeatant.
— Le reverrai-je encore? se demanda M™« de Parfondval qui s'était avancée à la rencontre de son mari.
— Madame, lui dit le comte en revenant vers elle, si je ne vous savais affable et d'un bon cœur, je vous ferais un reproche. Que diable I vous n'avez pas trouvé un seul mot aimable à dire à ce brave garçon. Il va dire là-bas, à . Béthisy, que madame la comtesse est devenue fière et dédaigneuse.
Amélie ne sut que répondre à ce reproche ; elle jura le soir, en berçant sa seconde fille, qu'elle oublierait encore Pierre Marbault ; mais, huit jours après, elle pria M. de Parfondval de la conduire au cimetière de Béthisy. — Huit jours plus tard, elle voulut aller revoir le château de son père. On avait loué les terres sans les bâtiments.
— Ah mon Dieu! dit la jeune femme en jouant la surprise, quand la calèche arriva devant lé château, j'ai oublié les clefs. Nous reviendrons demain.
— Illa foi! dit le comte, vous reviendrez si cela vous amuse. Moi je n'aime à venir ici que pour chasser.
— Non, non, je ne viendrai pas seule ici , murmura Amélie avec trouble.
L'hiver se passa sans qu'elle revît Pierre; aux premières feuilles, quand le cœur se réveille avec les bois et les prairies, M™« de Parfondval ordonna à son cocher d'atteler les chevaux à la calèche pour aller au château de Béthisy.
Elle partit tout effrayée de son audace. Quand la voiture s'arrêta dans la cour de la ferme, elle rassembla toutes ses forces pour ordonner au cocher d'aller de sa part offrir cinq pièces de vingt francs à la veuve du maître d'école. C'était là une aumône bien coupable, car faut-il dire ce qu'elle n'osait s'avouer? elle espérait que Pierre, s'il se trouvait chez sa mère, comprendrait qu'Amélie n'était pas loin.
Pierre ne comprit que trop bien. Le cocher s'arrêta au cabaret de Béthisy; il buvait encore que déjà Pierre arrivait à la ferme.
Mme (je Parfondval comprit combien elle avait été coupable. Le soir, en voyant ses deux petites filles, elle tomba agenouillée et jura qu'elle ne retournerait plus à la ferme.'
Elle fut près d'un an sans violer son serment. Dans cet intervalle, elle accoucha d'une troisième fille. Les médecins avertirent le comte qu'il devait s'attendre à perdre la comtesse dans un temps peu éloigné. Elle avait voulu nourrir ses deux premières enfants, elle s'était -épuisée à cette lutte maternelle. Elle en était venue à une extrême faiblesse ; on craignait même qu'elle ne pût traverser l'hiver. Elle passa les tristes jours de l'année dans sa chambre, au coin du feu, près de ses trois enfants, dont les trois berceaux entouraient sop lit. Régine, l'aînée, et Béatrix,. la cadette, promettaient d'être les plus belles filles du pays. La pauvre mère cherchait à s'aveugler en jouant avec elles. Mais c'était vainement qu'elle voulait fermer les yeux sur la mort qui la touchait déjà, sur Pierre Marbault qu'elle devait aimer jusqu'au dernier jour.
Un soir, le comte surprit sa femme tout en larmes.
— Amélie, pourquoi pleurez-vous?
— Monsieur le comte, pardonnez-moi ces larmes; depuis que je sais que je vais mourir...
— Est-ce qu'on meurt à votre âge, quand on a de si bem\ enfants?
— Je vous les recommande, monsieur le comte, surtout les deux dernières, roseaux nés d'hier, soumis à tous les vents. Vous le savez comme moi, je n'ai plusque peu de jours à vivre.
Le même soir, Amélie écrivit à Pierre Marbault :
« Pierre, je vais mourir; les médecins ne vous l'oal-ils » pas dit? Mais ce n'est pas pour moi un grand chagrin, » car il y a une chose qui ne meurt pas, Pierre, c'est le » cœur. Autrefois, dans nos douces promenades autour » de l'étang, vous me parliez de l'immortalité de l'âme; » je vous écoutais. Aujourd'hui j'y crois avec confiance; » car, tout en pensant au cimetière où l'on va me cou- » cher dans la nuit sans aurore, je vois déjà poindre vers » un autre horizon la lumière étemelle ; tout en m'éloi- » gnant de vous, je sens que je serai plus près de toi.
» Qui sait? Vous me parliez aussi de la métempsycose; » vous me racontiez les sublimes rêveries de Pythagore.
» Dans mes nuits agitées, vous ne sauriez croire en quelles » étranges rêveries se perd mon âme. Mais, après avoir «parcouru les mondes sans, fin, mon âme se retrouve » toujours sans que je songe à la rappeler. Savez-vous » où elle se retrouve, Pierre? Dans ce petit verger où le » soleil est si doux à son couchant. Quand je serai morte, » c'est là que vous irez, c'est là que vous me verrez dans » le calice des pervenches et des liserons qui se cachent » sous la haie ou qui se montrent soùs les sureaux. Mais » que vous dis-je là? Vous ne verrez que trop bien, enli- » sant ce billet, combien ma raison s'égare. Que voulez- » vous? la mort, quoi qu'on fasse pour la braver, vous » domine et vous donne le vertige. Je ne sais plus ce que » je dis. J'avais saisi la plume d'une main toute trem- » blante pour vous prier... Comment oserai-je écrire?... >i Mais je n'ai jamais rougi devant vous. Je vous prie donc » d'aller à la ferme mardi, ou mercredi si le temps était » trop mauvais mardi. J y serai à midi pour la dernière » fois. Peut-être n'ai-je plus huit joufs à vivre; mais je » serais mourante, que j'aurais encore la force d'aller » jusque-là. Avant de partir pour un long voyage, on » veut dire adieu à tous ses amis. Gomment ne pas vous » serrer la main, à vous qui êtes mon seul ami?