LE TESTAMENT
Tout était donc disposé pour la lecture d'un lestamenl au petit cliâteau de Marvy.
Grâce à Tarrivée si inattendue de Maurice d'Orbessac, les témoins étaient en nonjbre.
Maurice avait expliqué au comte et à sa fille comment il s'était égaré dans la forêt, comment il était forcé d'attendre que son chasseur eût retrouvé ses gens et sa.voilure.
Lai comtesse de Fargiel avait conduit Béatrix devant le feu, sur un petit divan, et s'était assise sur un fauteuil entre elle et son père, en face de Maurice. Elle avait maîtrisé sa première émotion. Peut-être elle aurait bien désiré rencontrer encore Maurice d'Orbessac, le hardi
chercheur d'aventures» mais en toute autre circonstance et sans doute en toute autre compagnie.
— Messieurs', dit le notaire d'un air officiel, je vais vous lire le testament.
Gomme M» Alboise lisait les premiers mots du testament, il fut interrompu par le malade, qui lui fît signe d'aller à lui.
— Monsieur Alboise, lui dit-il à voix basse, ne pouvezvous pas, en faisant la lecture, «supprimer ce nom de Parfondval ,• qu'il a bien fallu inscrire sur le testament?
— C'est impossible, dit le notaire, à moins. que...
— A moins que?...
— A moins que ce titre de comte de Parfondval ne soit pas bien sérieusement attaché à votre nom de famille?
— Monsieur, dit le comte avec un sentiment d'orgueil irrité, je suis bien légitimement le comte de ParfondvaL Le grand livre héraldique vous dira que Raoul Dubois a obtenu, sous Charles VII, les titres de comte, noble et puissant seigneur de Parfondval. a Fais ce que dois, advienne que pourra, » c'est aussi ma deyise. Lisez donc, monsieur, le testament tel qu'il est écrit.
Le notaire reprit solennellement la parole :
a Au château de Marvy, arrondissement de Pontoîse, » département de Seine-et-Oise, par-devant M« Antoine » Alboise, notaire royal à la résidence de Pontoise, as- » sisté des témoins ci-après nommés et soussignés,
» A comparu :
S2 LBS FILLES D^ÈVE
» M. Louis- Valentin-Uaoul Dubois , comte de Par- » fondvaL.. »
A ce nom, Béalrix tressaillit et leva la tête.
— Parfondval! murmura-t-elle en regardant tour ik tour M""® de Fargiel et Maurice. Parfondval! suis-je bien éveillée ?
Cependant le notaire continuait :
)) Demeurant au château de Marvy, lequel, malade de- )> puis six.mois, mais sain d^esprit, voulant prévoir leea^ » où il plairait à Dieu de le rappeler à lui, et assurer » Texéculion de ses volontés actuelles et finales, a résolu » de faire les dispositions testamentaires suivantes.
» En conséquence, agissant de son propre mouvement, » libre de toute influence- ou suggestion étrangère, ildé- » clare faire et instituer pour sa légataire universelle sa » fille, M™^ la comtesse veuve Henri-Hector de Fargiel» » née Régine Dubois de Parfondval, et il lui donne tous » les biens généralement quelconques, meubles, immeu- » blés et droits» incorporels de quelque valeur et de » quelque nature que ce soit, qui lui appartiendront au » jour de son décès.
» Pour par elle en jouir, faire et disposer comme bon » lui semblera.
» A la charge par elle de faire une pension alimen- » taire, si besoin est, aux demoiselles Glotilde et Mar- » guérite de Bélhisy, si, contre toute attente, elles se » présentaient à la succession du testateur. [Suivait unt
lp:s filles d^eve sa
> liste de legs particuliers au profit d'amis ou de dûmes- » tiques.)
» Dont acte.
» Fait et passé au château de Marvy, en présence des » témoins [les noms et qualités des témoins), lesquels » ont signé avec le testateur et le notaire, après lecture » faite. »
— Glotilde et Marguerite de Béthisy ! dit Béatrix avec agitation. Est-ce un rêve?
Elle était demeurée clouée sur son fauteuil. Elle regardait tour à tour, d'un œil égaré, Maurice, le malade et M™» de Fargiel.
— Monsieur d'Orbessac, dit- elle en faisant un léger signe de main au jeune homme.
Maurice était, depuis que le notaire lisait, sous le charme invincible de M™« de Fargiel, qui lui parlait avec ses grands yeux noirs.
Cependant, quand le notaire eut fini de lire, il porta son acte et sa plume au bord du lit de M. de Parfondval. Le vieillard signa avec l'air de contentement et de délivrance d'un homme qui n'a plus rien à faire ici-bas.
Quoique Béalrix fût séparée de Maurice par M«»« de Fargiel, elle se leva, passa résolument devant la comtesse, et dit au jeune homme d'un air égaré : — Maurice ! Maurice! ne signez pas.
A peine avait -«felle dit ces mots, que le notaire vint droit à Maurice, parce qu'il était le témoin le plus distingué des quatre.
— Monsieur, voulez-vous signer? dit galamment le notaire en présentant la plume avec respect.
— Non, répondit Béatrix.
Maurice avait Tair de rêver.
— Sans doute, madame ne sait pas de quoi il s*agit, dit le notaire en s'inclindnt devant Béatrix.
— Je sais ce qu*on fait et je sais ce que je dis, repliqua-t-elle avec fermeté ; je ne yeux pas que M. le comte d*Orbessac signe ce testament.
La comtesse de Fargiel s*était levée tout inquiète; elle regarda Béatrix avec colère tout en la suppliant.
— Mais, madame, remarquez que M. d*Orbessac doit signer comme témoin.
— Oui, madame, M. d*Orbessac doit signer comme témoin, voilà pourquoi il ne signera pas.
M; de Parfondval s'était soulevé sur son oreiller avec une surprise inquiète.
— Qu'y a-t-ilî demanda-t-il au notaire.
— Ï!\\ bien de la peine à comprendre, répondit M«A1boise. J'ai décidé M. le comte d'Orbessac à venir me prêter appui comme témoin; il m'a demandé s'il y avait à signer quelque testament illégal, du moins àsesyeui, c'est-à-dire déshéritant une famille. Je lui ni répondu qu'il était question d'un testament tout paterneL Après la lecture que je viens de faire, comment est-il possible que le comte d'Orbessac refuse de signer? Je n'y comprends rien. i
— Mon Dieu, dit Maurice, je ne refuse pas de signer; mais, comme je n'ai apposé mon nom au bas d'aucune
Bspèce de testament, je demande la pennission de ré- Béchir un peu.
— Quoi de plus simple? lui dit M™« de Fargiel en se rapprochant de lui comme pour empêcher Béatrii de lui parler, si vous avez bien entendu, vous comprenez que mon père m'institue sa légataire universelle, à la charge par moi de servir divers legs. Il n'y avait même pas besoin de testament pour cela.