‹ L'amour comme il est (volume 2)Chapitre 33 sur 50 · LES LARMES DE CROCODILE · texte numérisé non relu

LES LARMES DE CROCODILE

Nous racoDterons en peu de mots la vie du comte <1e Parfondval, depuis le jour terrible où il tua Pierre Marbault, où il ne voulut pas même dire adieu à la pauvre Amélie.

Après son départ si précipité du Bourbonnais, le comte de Parfondval était passé en Allemagne, où depuis l'émigration de 1791 il avait des parents. Après un séjour de quelques années, le souvenir de son malheur étant moines vif, il revint en France, abandonnant son titre de comte de Parfondval, pour éviter toute reconnaissance entre lui et les filles d'Amélie.

Il n'avait laissé pour toute fortune à ces pauvres en-

inls que le cliâleau de Bclhisy, ruine à moitié rebâtie, ntourée de quelques arpents de pré, c'est-à-dire louti 3 que leur mère avait recueilli de la succession du vieux lievalier. Gomme le château de Parfondval était à son om, il Tavait vendu en passant à Moulins àTheure^ îême où expirait sa femme, 11 était donc devenu étraner à ce pays.

Il s'établit d'abord à Paris pour voir plus souvent Reine, qui était au couvent du Sacré-Cœur. Tourmenté >ar l'histoire de sa vie, il lui avait fallu voyager encore ïour échapper à son inquiétude, car il avait beau vouloir mblier, le souvenir était toujours palpitant dans son iœur et dans sa pensée ; il voyait avec colère, tantôt avec compassion, tantôt mêxne avec amour, cette pâle Amélie qu'il avait si cruellement abandonnée à la dernière lieure; il voyait sans cesse passer sous ses yeux, sous le fantôme de leur ipère, ses deux pauvres petites filles^ qu'il avait reqiées.

— Qui sait? se disait-il quelquefois dans ses insomnies, peut-être sont -elles mes enfants comme Régine.

Il s'arrêtait à cette pensée , il se promettait de chercher à les revoir, d'écouter son cœur, qui serait lo vrai juge; mais tout à coup se dressait devant lui la figure pensive de Pierre Marbault, et il repoussait avec fureur toutes les images un instant caressées.

— Ce sont ses filles! ce sont ses filles! disait-il tout haut dans la nuit.

Le lendemain, il allait au Sacré-Cœur embrasser Ré-*

Oa LES FILLES D'EVE

gine, ou bien, s'il était hors de Paris, il lui écrivait avec tout ce qui lui restait de tendresse au cœur.

11 avait fini, au mariage de Régine, par habiter le petit château de Marvy, dans Tespoir que les tracas delà propriété lui feraient oublier un peu la triste, page de sa vie.

En effet, à peine installé dans ce château, il avait -planté, bâti, creusé une pièce d'eau, dessiné de nouvelles allées; et, à toute nouvelle saison, il recommençait la métamorphose de son jardin et de son parc.

Depuis près de six mois, il était tombé, avant l'âge, abattu par le chagrin et, par l'ennui. Sa fille était devenue une femme à la mode; elle le visitait à peine trois ou quatre fois par an, et encore c'était une vraie visite de cérémonie.

^ On peindrait mal toute la douleur qu'il ressentait à cet abandon de Régine, ' qui était toute la vie de sod cœur, pour laquelle il avait abandonné deux autres tilles, qui étaient peut-être ses enfants!

Il avait pleuré en silence; mais l'illusion paternelle bâtit aussi sur le sable. Dès qu'il tomba mortellement atteint,. Régine revint à lui avec la tendresse bien jouée d'une coquette.

Le malade, un jour de reproches sur son délaissement, lui avait dit :

— Qui sait? si j'appelais tes sœurs, elles viendraient peut-être toutes les deux veiller à mon lit de mort.

Régine, qui ne pleurait jamais, ne pleura pas, mais ^lle eut Tari de montrer des larmes à son père.

IL.e lendemain, elle revint; elle revint le surlendemain ; elle revint toute la semaine, tantôt apportant un bouquet, tantôt un fruit rare, tantôt un livre curieux. M. de Parfondval s'accusa d'avoir mal Jugé sa fille ; il la pria de lui pardonner.

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