‹ L'amour comme il est (volume 2)Chapitre 35 sur 50 · Ma mère! s'écria- t-elle en pâlissant · texte numérisé non relu

Ma mère! s'écria- t-elle en pâlissant

— Vous voyez bien que c'est votre mère, dit Maurice d'un air de triomphe; car vous avouerez que c'est votre cœur qui vient de parler.

La comtesse, tout atterrée, ne répondit pas; elle regardait la lettre, la retournait, la regardait encore.

— Cette lettre, dit Maurice, c'est un testament qui Ser^ plus valable que celui d'hier. Quand M. de Parfondval l*auralue, uand il aura...

— Mon père ! cette lettre sera remise à mon përc^ ilemanda M»^ de Faigiel en regardant Maurice ave anxiété.

— Oui, madame, Béatrix la lui remettra demain.

— Demain?

— Si elle m'avait écouté, madame^ elle fût allée au jourd'hui même au château de Marvj ; mais elle atteoi r^ sœur, ou plutôt elle la cherche, car, par une circofr stance bizarre, M"« Mai^erile de Parfondval a quil depuis trois jours le couvent des Carmélites.

— Ah! Sfarguerite était au couvent? dit M™« de Farpel d'un air distrait, car elle était toute préoccupée par 11 lettre de sa mère.

— J'espère, madame, que vous assisterez, au chûteauj h la lecture de cette lettre; je ne doute pas que ce ne soit pour votre cœur une vraie fête que d'apprendre pafi elle-même l'innocence de votre mère. I

— Cette lettre ne parviendra pas à mon père.

— Pourquoi, madame?

— Parce que le souvenir de cette femme qui a gâté vie serait un coup fatal dans l'état où il est.

— Je pense, au contraire, que cette lettre d'une moiH rante à un homme qui va mourir, cette lettre, toute (iej paix et d'amour, ranimera son cœur, et prolongera peut être sa vie.

— Vous penserez, monsieur, tout ce qu'il vous plaira poiîr moi, je suis décidée à garder cette lettre. \

Maurice s'approcha d'un air gracieux de M™« de FaH giel. I

— Madame, dit-il en tendant la main, voulez-vous me rendre la lettre de votre mère? ^

— Non, dit la comtesse d'un air résolu.

Mme de Fargiel se leva et alla droit à la cheminée. 11 y avait du feu.

— Mais, madame...

Maurice devança" la comtesse avec épouvante.

— Ne trouvez- vous pas, dit-elle d'un air adorable -^ ment gracieux, qu'il fait encore bien froid le matin?

— Je trouve, madame, qu'il fait aujourd'hui le plus^ beau soleil du monde.

Maurice s'était nonchalamment appuyé sur le manteau de la cheminée. M™^ de Fargiel s'était indolemment renversée sur un fauteuil pour chauffer ses pieds, ou plutôt pour les montrer au feu.

Elle était charmante ainsi, jamais coquette du ou du théâtre ne s'était assise avec tant d'art.*

Maurice, qui ne perdait pas de vue la lettre, ne put s'empêcher d'admirer la grâce presque provocante de la comtesse. Après l'avoir admirée en silence, il se rappro- ' cha d'elle imperceptiblement; il voulut lui parler, mais la parole s'arrêta indécise sur ses lèvres. 11 ne savait comment lutter avec cet ennemi dangereux.

— Que vouliez- vous me dire? demanda la comtesse d'un air railleur.

— Je voulais vous dire, madame, que vous êtes toujours belle, quelle que soit la situation où vous vous trouviez, quelle que soit l'idée qui occupe votre âme, quel que soit le mouvement de votre corps. U y a des femmes qiû sont nées pour aimer, il y en a pour être bonnes.

il y en a pour être vertueuses : vous êtes née pour être belle. .

— Vous déguisez à merveille l'épigramme sous le compliment.

— Mais ce n'est point .ici l'heure de faire des compliments ni dès épigrammes, vous connaissez ma profession de foi sur votre beauté ; elle est écrite sur votre main.

Disant ces mots, Maurice saisit galamment la main et la lettre.

Mme de Fargiel laissa la main, mais, avec l'autre, reprit rapidement la lettre.

— Je vous dis, monsieur, que cette lettre ne sera pas remise avant huit jours à M. de Parfondval.

,,;;rJÊ0l9i9^^^^'^^ madame, M. de Parfondval

sera mort. ♦

— Dieu le sait, moi je ne puis que veiller à la paix de ses derniers jours.

Maurice, qui était'demeuré penché au-dessus de M'^'de Fargiel, s'aperçut qu'elle essayait de jeter la lettre au feu.

— Oh! non, non, dit-il d'une voix ferme en saisissant violemment la lettre. Mais vous ne vouliez pas la jeter au feu? Brûler un pieux testament qui va réhabiliter lamémoire de celle que vous avez appelée votre mère! Et ce sacrilège, pourquoi l'eussiez-vous commis? Pour que de pauvres filles, depuis vingt ans abandonnées, ne vinssent pas prendre leur part bien légitime de la succession de leur père !

Maurice prit son chapeau pour s'en aller.

— Monsieur...

— lifadame...

Il se retourna ; M™« de Fargiel s'était levée d'un air suppliant.

— Je vous pardonne de m'accuser ainsi, car vous ne savez pas toute la haine que j'ai vouée à la mémoire de cette femme qui a été la maîtresse de Pierre Marbault quand elle était la femme du comte de Parfondval !

M. d'Orbessac salua profondément et s'éloigna sans répondre.

— C'est bien, dit-il en descendant ; c'est la guerre, j'aime mieux cela.

Il était venu dans le coupé de Béalrix et avec les chevaux de la comédienne. Il ordonna au cocher de retourner rue de Provence.

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