‹ L'amour comme il est (volume 2)Chapitre 37 sur 50 · MARGUERITE · texte numérisé non relu

MARGUERITE

Une fois entrée dans la chambre de Béatrix, la sœur Marguerite des Carmes rejeta son voile sur les épaules.

— Ahl Marguerite, que tu es belle, dit la comédienne avec admiration; comme cette blancheur de marbre sied bien h ta Ggure sévère ! Mais comment es-tu ici ?

— Avant de prendre le voile, on m*a rendu toute ma liberté. Ne sais-tu donc pas qu'après avoir vécu dans la retraite, on nous soumet ainsi une dernière fois aux tentations du monde? Voilà deux jours que je te cherche; je suis allée ce matin au théâtre où tu joues ; j'ai entin appris que M»e Béatrix, c'était ms^ sœur.

Béatrix raconta en peu de mots à Marguerite ce qui

s'était passé depuis qu'elle ne Favait vue. Elle lui parla surtout beaucoup de la rencontre imprévue de M. de Parfondval et de M™« de Fargiel.

Elle avait à peine terminé son récit, vii^t fois interrompu par ses charmants enfantillage^, quand IMaurice sonna, au retour de sa visite à la comtesse de Fargiel.

— M. le comte d'Orbessac, dit le groom en entr'ouvrant la porte; faut-il lui dire (Vallersur la terrasse?

— Non, répondit Béatriien rougissant de plaisir, qu'il entre ici.

La religieuse avait rougi comme sa sœur.

— Tu ne sais pas, dit-elle à Béalrix , il est venu au couvent, il y a deux jours ; je Tai reconnu, car, lorsque lu demeurais rue de Buffault, je Tai rencontré une fois dans ton petit salon.

^ — Il est cliarmant, n'est-ce pas? dit étourdiment Béatrix.

Marguerite baissa la lêle et ne répondit pas.

Le comte d'Orbessac venait d'entrer; il tendit la main à Béatrix, il salua avec gravité la carmélite.

— En vérité, madame, dit-il avec un peu d'embarras, il n'y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas. J'étais loin de penser, en vous quittant au couvent des Carmélites, que je vous retrouverais dans l'appartement d'une comédienne.

— C'est ma sœur, vous le savez, dit Marguerite en pressant à son tour la main de Béatrix.

— Oui, oui, pensait Maurice; c'est un jeu de la destinée. Jusqu'ici, il m'était arrivé d'aimer trois femmes à la fois, mais je n'avais jamais aimé trois sœurs.

ikk I-ES FILLES D'EVE

—N'est-ce pas, Maurice, dit Béatrix en regardant tour à touf le jeune comte et la carmélite, n'est-ce pas que j'ai là une bien jolie sœur? Comme on ferait des folies pour cette figure-là I Ne vous offensez pas, Margyerite.

— Pourquoi m'offenserais-je? dit Marguerite en baissant la tête. Quand j'ai franchi le seuil de la porte, je savais trop que mes oreilles n'entendraient plus le chant de la mort, mais le chant de la vie.

— A propos, dit Béatrix en se tournant vers Maurice, que vous a dit M"** la comtesse de Fargiel?

— M™« la comtesse de Fargiel persiste à ne pas se croire de votre famille ; cependant c'est la même beauté, — moins touchante, ajouta-t-il en s*adressant à Marguerite,— moins aimable, poursuivit- il en souriant à Béatrix.

— Allons donc, dit la comédienne, la comtesse n'ijst pas belle, puisqu'elle n'est pas bonne.

On parla beaucoup de M™« de Fargiel. Béatrix se rappela avoir rencontré cette farouche vertu du beau monde à quelque fête de carnaval, dans une loge des Variétés, en compagnie d'un Lovelace aux fières épaules.

Marguerite interrogeait en même temps Maurice et Béatrix ; c'était la première fois qu'elle entendait parler de sa sœur.

— C'est tout un roman pour moi, dit-elle, c'est à peine si je puis y croire.

— Mais vous la verrez bientôt, dit Maurice, car, sans trop tarder, il faut que nous allions tous au château de Marvy défendre nos droits (vos droits sont les miens en cette occasion). Si vous saviez comme j'ai lutté touti

rheure coBtre M™» de Fargiel ! Quelle sirène et quel démon I C'est à propos d'elle surtout qu'on peut dire : Si Dieu a commencé la femme, le serpent l'a finie. Lecroirez-vous! elle a voulu jeter au feu la lettre précieuse de voire mère, cette lettre devenue sacrée, qui vous fera gagner votre procès devant votre père.

Le groom entr' ouvrit la porte.

— Va-t'en, dit Béatrix avec impatience.

— Madame , on vient de la part du directeur du théâtre pour savoir si madame va venir à la répéti-

ion.

— Non, non... je vais te donner vingt francs pour payer l'amende.

Béatrix sortit vivement.

Maurice, se voyant seul avec Marguerite, s'approcha d'elle et lui demanda si elle persistait à s'enfermer vivante dans le tombeau des Carmélites.

— Oui, répondit-elle enlevant vers Maurice ses grands yeux bleus sitristes et si doux.

— Cependant, bien des joies dignes de votre cœur vous attendent dans le monde; il n'y a que les vieilles filles qui aient le droit de fuir dans la solitude; vous qui êtes si jeune, vous qui êtes si belle...

Marguerite sentit le feu monter sur ses joues de marbre.

— Vous qui sentez votre cœur battre avec toutes les forces de la vie, continuait le comte d'Orbessac, pourquoi n'aimeriez - vous pas le soleil, la fleur qui s'ouvre, l'oiseau qui chante? Ah! si vous vouliez m'en croire...

l&C LES FILLES D'EVE

j Maurice avait saisi la main de Marguerite» qui ne son-

geait lias à s'en offenser.

{ — Marguerite, je vous aime centime ma sœur... Per-

I mettez- moi ce mot si doux.

Maurice sentit une larme tomber sur sa main.

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