‹ L'amour comme il est (volume 2)Chapitre 47 sur 50 · MARGUERITE · texte numérisé non relu

MARGUERITE

Quand Béatrix revint à elle, une femme agenouillée devant le lit priait et pleurait.

— Ah! oui, dit Béatrix, tu pries pour lui et tu pleures pour moi.

— Je pleure pour moi, dit Marguerite.

MJkDAME DE FARGIEL.

Ce jour-là, vers midi, \in cavalier arriva tout effaré au chAleau de Marv)\

Son cheval était écumant et couvert de boue.

U mil pied à terre, attacha son cheval à la grille de l'avenue, et vint à grands pas vers le perron. M"* de Fargiel avait reconnu le prince de Waldestbal.

— Pardonnez-moi, madame, dit-il en l'abordant, si je viens vous trouver dans un pareil jour, car je viens d'apprendre la mort de M. de Parfondval.

— Parlez, monsieur. Quel air bouleversé ! Vous m'effravez.

— Madame, je viens vous demander un refuge. Dans

lieux heures, je serai poursuivi ; car, ne le deviuez-TOUs pas ? je me suis battu ce matin avec M. d'Orbessac.

M"* de Fai^el-deviot pâle comme une morte; elle sentit à cet instant que son cœur battait encore.

— Vous l'avez tué? dit-elle au prince avec désespoir. Elle n'avait pu réprimer un premier élan de passion ;

mais elle n'était pas femme à se laisser dominer par son cœur. Elle eut celle diabolique pensée que, le comte d'Orbessac étant mort, il ne lui restait plus que le prince de Waldesthal.

— Entrez, monsieur, dit- elle au prince avec ce joli sourire qu'elle avait tant de fois étudié devant un miroir.

— Hélas ! dit Marguerite au souvenir des sombres cellules de la rue de Yaugirard.

Béatrix s^était approchée de la fenêtre et elle regardait luire les étoiles.

— Et puis, reprit-elle avec enthousiasme, je suis une folle pécheresse. A force d'expiation, Dieu permettra peut-être à mon âme de retrouver Maurice là-haut.

— Moi, pensait Mai^uerite, je veux vivre de la vie que Dieu a faite à ses enfants. Je ne suis pas assez pure pour n'aimer que Dieu; je sais trop .que mon pied tient à la terre. Tu sais que nous héritons chacune de quatre à cinq cent mille francs de M. de Parfondval, dit -elle à Béatrix.

— Je n'en veux pas un denier, répondit Béatrix. Maurice a écrit son testament où il me laisse la moitié de tout ce qui lui restait. Je ne veux que ses cheveux, que j*ai eu le triste courage de couper ce matin comme s'il eût été endormi..; Ainsi, ma chère Mai^uerite, si j'ai des droits à la succession de M. de Parfondval, je te les abandonne de tout mon cœur. Tu as raison de vivre un peu au soleil, comme les autres; moi j'y ai trop vécu. A ton tour, ne m'oublie pas tout à fait dans le tourbillon couleur de rose...

Marguerite était devenue rêveuse.

— Le tourbillon! ah! je voudrais qu'il m'emportât jusqu'à l'ivresse, car je ne suis plus qu'une statue; mon pauvre cœur s'était glacé, là-bas. Et pourtant, quand j'ai vu Maurice, j'ai senti que je n'étais pas tout à fait morte.

— Oui, dit Béatrix, j'avais oubUé; mais tu ne l'aimais pas comme je l'aimais!

Béatrix parut soudainement frappée d*une révélation.

— Marguerite, je te hais I

Marguerite leva la tète et regarda Béatrix avec un mouvement de surprise.

— Est-ce qu'elle devient folle? se demandait-elle.

— Oui, je te hais, poursuivit Béatrix, je te hais, parce que tu l'as aimé, parce que... ton amour donne la mort !

— Ma sœur!

— Oui, ton amour donne la mort, c'est toi qui me l'as dit. Le jour même où tu Tas vu- dans ma chambre, j'ai senti quelque chose de froid qui me passait dans le cœur. C'était comme un pressentiment.

-^ Oui, dit Marguerite avec désespoir, j'ai porté la douleur partout où je suis allée. Est-il donà vrai, mon Dieu! que les filles expient les fautes de la mère? Béatrix, Béatrix, ce n'est pas à toi à aller au couvent, c'est à moi; car c'est en vain que je cherche la vie, je ne rencontre que la mort.

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