‹ L'amour comme il est (volume 2)Chapitre 48 sur 50 · UNE PRISE DE VOILE AUX CARMÉLITES · texte numérisé non relu

UNE PRISE DE VOILE AUX CARMÉLITES

Au mois de juillet dernier, rarchevèque de Paris fut appelé au nouveau couvent des Carmélites pour une prise de voile. La petite église était déserte ; cependant les cloches avaient sonné joyeusement pour annoncer aux fldèles d*alentour qu'une fille de Dieu allait mourir pour ce monde.

Dès le matin, deux carmélites se présentèrent à la cellule de celle qui, désormais vouée à Dieu, devait aller le jour même au pied de l'autel offrir sa vie périssable en expiation. La jeune religieuse, sans ouvrir la porte de sa cellule, supplia les deux carmélites de la laisser seule jusqu au moment solennel.

Les deux carmélites retournèrent 4in peu plus tard à la cellule. Elles entendirent des sanglots.

— 0 mon Dieu ! s'écriait la jeune fille, je suis» bien coupable et bien indigne de votre amour, puisque je ne viens à vous que pour me rapprocher de la tombe où il est.

Une des carmélites frappa à la porte.

— Ma sœur, l'heure va sonner.

La jeune fille ouvrit la porte.

— Vous voyez, mes sœurs, que je suis prête.

En effet, la jeune tille était vêtue de blanc et enveloppée d'un long voile comme une mariée.

— Ah ! ma sœur, que vous êtes belle !

La plus jeune des carmélites n'avait pu arrêter cette exclamation. La jeune fille détourna la tête en silence.

— Oui, oui, pensa-t-elle tristement, je suis belle encore ; mais nul ne me verra, pas même moi.

Elle descendit dans le chœur de la communauté où s'étaient réunies toutes les religieuses. On s'agenouilla à son arrivée pour rendre grâces à Dieu.

La supérieun» lui prit le bras et la conduisit dans réglise, en lui parlant, dans un accent maternel, de toutes les joies sacrées qui allaient lui tomber du ciel comme des bénédictions de Dieu.

La jeune QUe ne répondait pas un mot. Ce n'était pas Dieu qu'elle aimait, c'était la mort.

Dès qu'elle fut agenouillée devant l'autel, entourée de toutes les religieuses, il se fit un grand bruit dansl'église ; l'archevêque, précédé de tout son clergé, s'avançait vers l'autel ; les orgues avaient salué joyeusement son arrivée. Quelques curieux privilégiés se disputaient les places.

C'était comme un jour de fête. Les carmélites elles-

mêmes semblaient réTeillées à la Yîe par cette scdennité : les plus courbées par la prière, les plus près du ciel par Fexlase, leTaieot la tète tout enivrées par le bruit et par le mouTement, par l'éclat des cierges et le chant de l'orgue, car on sait que ces pauvres filles n'ont même pas les pompes du catholicisme pour soutenir leur fer* veur. Elles ne prient Dieu que dans l'ombre et le silence du tombeau.

Cependant un prêtre célébrait la messe. L'archevêque monta à l'autel et fit un discours plus éloquent par le style que par la pensée robuste de la foi. La jeune fille ne parut nullement touchée des pompes de ce discours. L'instant suprême était arrivé : deux carmélites la prirent et la traînèrent vers le sombre caveau. Elle n'avait plus ni force, ni volonté; elle allait, s'appuyant sur ses compagnes, renversant sa pâle figure, laissant tomber ses bras. Tous les spectateurs étaient émus jusqu'aux larmes comme s'ils pleuraient une bellc^e morte dans son avril et dans sa fleur.

Les voix graves des prêtres entonnèrent le Miserere. La pauvre fille se laissa coucher sur les dalles. Quand on étendit sur elle le drap mortuaire, elle ne se plaignit pas ; mais, quand elle sentit glisser sur son cou le froid des ciseaux qui allaient couper ses cheveux, un cri sourd s'échappa de son cœur.

— Maurice ! Maurice I murmura-t-elle.

A cet instant, on put voir deux femmes, vêtues avec un peu. d'extravagance pour venir à une telle fête, entrer bruyamment dans l'église et demander à voix haute 011 on en était de la cérémonie.

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