‹ L'amour comme il est (volume 3)Chapitre 14 sur 39 · QUE LA ROBE DE BÉNÉDICTIN CACHE SOUVENT DES BLESSURES MORTELLES · texte numérisé non relu

QUE LA ROBE DE BÉNÉDICTIN CACHE SOUVENT DES BLESSURES MORTELLES

A cet instant, la solennité des débats fut singulièrement troublée par l'apparition d'un spectateur inattendu. Tous les regards se tournèrent vers le nouveau venu, qui n'avait pas l'air de rechercher le bruit; il ne venait pas là pour se metire en speclable. C'était un bénédictin jeune encore, mais pâle à faire pitié. Était-ce le jeûne ou la passion qui l'avaient ravagé ainsi? Il y avait dans ses traits, sous un masque d'humilité, une certaine fierté noble et digne qui accusait de la naissance, de l'esprit ou de la douleur. Quoique la foule fût très-pressée, il la traversa sans exciter trop de murmures; il s'arrêta à vingt pas de Marie de Joysel, la contempla d'un doux et triste regard, s'appuya sur la grille qui séparait les juges des curieux, pencha le front en soupirant et parut se recueillir.

Marie,*très-émue par la scène terrible où elle venait de se voir si amèrement accusée par ses enfants, ne prit pas garde de prime abord à cette nouvelle figure qui venait varier encore la galerie des curieux ; mais, peu à peu ayant tourné ses yeux voilés d'une larme, elle tressaïUit à la vue du bénédictin. Henri Thomé, qui la regardait alors à la dérobée, fut surpris de sa pâleur

soudaine ; par son air inquiet, il sembla lui en demander la cause. Quoiqu'elle eût toujours les yeux fixés sur lui, elle ne prit pas garde à cette inquiétude : elle continua d'observer le bénédictin, qui semblait lui rappeler de terribles souvenirs. /

— Si c'était lui 1 dit-elle tout effrayée et toute joyeuse. Si c'était lui!

Elle passa ses mains sur ses yeux, comme pour s'assurer qu'elle ne dormait pas ; que tout ce qu'elle voyait, ses enfants qui la maudissaient au nom de leur pcre sans verser une seule larme, ces juges qui faisaient tant de bruit autour d'elle et pour elle, ces curieux si bien parés qui se croyaient presque à la comédie, ce bénédictin dont la figure lui bouleversait le cœur, n'était pas un des songes étranges de la prison.

— Je ne rêve pas, dit-elle, mais ce n'est pas lui. D'où vient et pourquoi vient cet homme?

Cependant les débats se poursuivaient avec ardeur. Je reproduis les passages curieux du plaidoyer de M® Fournier, qui mérite d'être remis en lumière. Ceux de mes lecteurs qui n'aiment pas les avocats seront libres de passer outre.

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