NOTRE-DAMS DE PARIS
Le jour était venu (juand i^Rosine eut signé d'une larme son dernier adieu.
Elle agrafa son châle et mit son chapeau.
— C'est la dernière fois que je me regarde, diteUe en se reconnaissant dans la glace de la cheminée. Il me semble déjà voir une morte!
Elle alla rue des Lavandières et pria une voisine d'appeler sa mère ou sa sœur.
Ni sa mère ni aa &££ur n'étaient à la maison*
— Eh bien 1 se ditBosiiie, nous nous reyeRons là-haut.
Et elle alla prier Dieu à Notre-Dame.
Cette fois elle avait deux sous pour payer le droit de s'agenouiller devant une chaise.
Elle n'osa pas demander à un prêtre de l'écouter.
Elle se confessa à demi-voix, comme si elle eût parlé à Dieu lui-même.
— Seigneur , dit-elle en élevant son cœur à Dieu, pardonnez-moi ma vie et pardonnez-moi ma mort I
En sortant de l'église, elle donna son dernier sou à un pauvre.
Elle rencontra sur le parvis une de ses camarades de théâtre, une grande coquette, qui allait au quai aux Fleur? '*♦ qui voulait prier Dieu au passage.
— C'est aujourd'hui ma fête, dit là grande coquette à Rosine. J'ai voulu voir des fleurs, car l'Odéon n'est pas le pays de la galanterie. Mais puisque je passe devant Notre-Dame, je vais prier un peu. C'est égal, si on nous rencontrait toutes les deux en si bonne compagnie, on ne nous prendrait pas pour des comédiennes.
— Je suis si peu comédienne I, dit Rosine.
— Taisez-vous I les ingénues ne sont que trucs et trappes. On nous promet une comédie qui aura pour titre : les Roueries d'une ingénue.
— Eh bien I je ne jouerai pas dans celle-là.
— Adieu, ma belle 1 car je perdrais mon quart d'heure de dévotion. N'ayez pas l'air si triste. Viendrez-vous à la répétition?
— Non, répondit Rosine en serrant la main de la grande coquette, je sais mon rôle.