‹ L'amour comme il estChapitre 12 sur 21 · JOIES ET PEINES DE CŒUR · texte numérisé non relu

JOIES ET PEINES DE CŒUR

En moins de huit jours^ Henri Thomé était dominé parla passion la plus violente. Malgré tout son amour, il avait â peine arraché quelques vagues paroles à la prisonnière, qui sans doute ne songeait guère à lui. Mais, un matin qu'il la surprit tout éplorée, la chevelure éparseet les mains jointes, elle lui parla comme à un ami.

La religieuse, ce jour-là, n'était pas entrée dans la cellule en ouvrant la porte au jeune médecin. Pour lui, se trouvant ainsi seul en face de cette femme tout éplorée qu'il aimait jusqu'au délire, il se jeta à genoux, lui prit les mains et lui dit d'une voix émiae :

— Ah ! madame, si vous saviez comme je V0us aime I En tout autre moment, la prisonnière l'eût repoussé

peut-être avec dédain ; mais 'alors elle avait le cœur ouvert par une crise de douleur et de désespoir ; elle fut touchée de cet aveu si passionimé, elle regarda Henri sans dégager ses mains -et murmiura <i'une voix attendrie :

— Vous m'aimez! mais vous ne savez pas qui vous aimez I vous êtes touché de mon malheur; c'est de la pitié, ce n'est pas de l'amour. Dieu en soit loué 1 \om me plaignez, mais vous ne m'aimez pas.

"- Je ne vous aime pas! s'écria Henri avec un sanglot ; voyez si je ne vous aime pas I

La prisonnière sentit des larmes brijlantes î^ur ses mains.

— Pauvre enfant! murmura-t-elle en pleurant ellemême. Qui étes-vous donc? d'où venez-vous? Vous n'avez donc pas rencontré dans le monde où vous êtes une femme plus jeune et plus digne de votre cœur? Vous n'avez donc pas une sœur qui vous défende par sa pureté d'une passion pareille?

— J'ai une sœur, une sœur qui m'aime, reprit Henri d'une voix étouffée ; si elle vous voyait si malheureuse et si belle, loin de condamner mon cœur, elle me dirait de vous aimer.

Marie était devenue pensive. Elle étendit la main sur le Christ de son lit, saisit une clef rouillée et un petit poignard taché de sang; mais, les repoussant tout à coup :

— Non! dit-elle, jamais I

— Que dites-vous, madame? De grâce, ayez confiance en moi.

' — Puisque vous m''aimez, voulez-vous m'aider à accomplir une grande œuvre?

— Je suis prêt à tout, dit le jeune homme en relevant la Iclc avec énergie ; ordonnez, mon bras est à vous comme mon âme.

— Prenez-y garde, ceci est grave et peut vous perdre.

— Me perdre pour vous, n'est-ce pas déjà du bonheur? Je vous le dis encore, je suis prêt à tout.

— Eh bien, s'écria Marie en lui pressant la main, je compte sur vous. Voilà ce que vous avez à faire : il faut que je sorte de cette prison, pendant trois ou quatre heures seulement, un jour de cette semaine, un peu avant minuit. Nous monterons dans un fiacre et nous irons rue Saint-André-des-Arts, où j'ai une visite à rendre à quelqu'un.

Henri ne put réprimer un mouvement de jalousie.

— Enfant, reprit-elle, vous ne voyez donc pas dans mes yeux que, si c'est un rendez-vous, ce n'est pas un rendez-vous d'amour?

En effet, toute la colère delà vengeance brillait dans les yeux de la prisonnière.

— Après cette visite, nous reviendrons ici; car je ne veux pas fuir, même avec vous. 11 faut que justice se fasse. Eh! aurez-vous la force de faire cela?

— Oui, madame, répondit Henri d'une voix ferme. Mais, pour prix de ce périlleux voyage, je vous demanderai au retour un baiser sur vos beaux cheveux.

— Prenez-le d'avance, dit-elle en respirant avec joie.

Henri baisa les cheveux de la prisonnière avec passion et avec délices.

— Est-ce pour ce soir? reprit-il tout radieux.

— Oui, pour ce soir, si vous le pouvez.

— Puisque vous le voulez, je le puis, madame; j'avertirai le geôlier et la supérieure que vous êtes plus malade, que je reviendrai la nuit, que la sœur Marthe vous veillera. La sœur Marthe vous aime comme tout ce qui vous approche; die n'aura pas la force de vous re-

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tenir. Nous partirons ensemble : on ne verra sortir que moi ; enfin le ciel nous conduira.

— Allez, je vous attends en priant Dieu.

Henri sortit heureux et fier, plus que jamais égaré par la passion.

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