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UN CADAVRE SANS CRIME — UN CRIME SANS CADAVRE

Comme toujours en pareil cas, des lettres anonymes, des rapports d’agents trop zélés nous avaient mis successivement sur plusieurs fausses pistes que nous avions dû abandonner presque aussitôt.

Un matin, vers la fin d’août, j’étais de très méchante humeur. Je venais d’apprendre de la façon la plus certaine qu’une personne soupçonnée comme tant d’autres, et dont la photographie avait été trouvée chez M. Gouffé, ne pouvait être mêlée à sa disparition, attendu qu’elle était partie pour l’Amérique depuis deux ans !

Je parcourais tous les journaux, et en ou-

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vrantla Lanterne, je lus tout à coup sous la rubrique « Départements » :

Découverte d'un cadavre dans les environs de Lyon.

Le correspondant de la Lanterne racontait que l’attention de quelques cultivateurs habitant Millery, petit village situé à quinze kilomètres de Lyon, avait été attirée par des exhalaisons putrides qui se dégageaient d’un fourré, en contre-bas d’une route.

Qu’on me permette ici une courte description du lieu. Je la crois nécessaire pour la clarté de ce qui suivra :

La route, en cet endroit, est construite à flanc de coteau ; un mur maçonné soutient la chaussée, et le talus, couvert d’un taillis assez épais, se prolonge ensuite jusqu’à un sentier — celui suivi par les gens de Millery. Enfin ce sentier est séparé du Rhône par la voie du chemin de fer.

En haut du mur, pour la sécurité des voitures, est établi un parapet d’environ quatrevingts centimètres de hauteur.

De la route, le passant aperçoit le Rhône à ses pieds, et ne peut voir, sans se pencher au-dessus du parapet, ni le talus boisé ni la voie ferrée.

Tout d’abord les gens du pays pensèrent qu’un animal quelconque était venu mourir dans le taillis ; mais l’odeur devenant de plus en plus insupportable avec les grandes chaleurs, un cantonnier, nommé Denis Coffy, se mit à la recherche de la cause des émanations infectes; il explora la pente rapide où se trouvait le fourré, en se frayant, avec une forte serpe, un chemin à travers les broussailles.

Enfin, il aperçut une masse informe, enveloppée d’un sac de grosse toile autour duquel tourbillonnaient des mouches ; c’était de là que venait l’odeur pestilentielle. Surmontant son dégoût, il fendit le sac et découvrit le cadavre d’un homme, défiguré, à demirongé par les vers, et auquel n’adhérait aucun fragment de vêtement.

Terrifié, le cantonnier remonta sur la route, et courut jusqu’au village faire part de sa lugubre trouvaille.

Les gendarmes arrivèrent et réquisitionnèrent une charrette. La funèbre dépouille fut portée au laboratoire de la Faculté de médecine-de Lyon.

Le journal disait, en terminant, que le Parquet avait ouvert une enquête et recherchait activement toutes les personnes disparues dans la région lyonnaise.

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— Mais, pensai -je aussitôt, si ce cadavre inconnu était le cadavre de Gouffé ?

J’eus l’intuition que la découverte de Millery était pour nous d’une très grande importance, et, plus je réfléchis, plus cette hypothèse m’apparut vraisemblable. Pourquoi Gouffé n’aurait-il pas été attiré dans un piège aux environs de Lyon ?

Pourquoi même, s’il avait été tué à Paris, n’aurait-on pas transporté son cadavre à Lyon?

J’envoyai immédiatement le journal à M. Dopffer, en lui faisant part de mon émotion et en lui demandant s’il n’était pas d’avis, comme moi, d’envoyer un agent à Lyon. Le magistrat adhéra à ma requête.

J’avisai aussitôt un parent de Gouffé et je le priai de vouloir bien aller à Lyon pour accompagner l’agent et reconnaître le cadavre s’il y avait lieu. Avec le plus grand empressement, il se mit à ma disposition . Le soir même, il partait avec le brigadier Soudais que j'avais chargé de cette mission particulièrement délicate.

Quoique cet agent eut certaines aptitudes spéciales qui lui permirent de rendre quelquefois de réels services, j’ai bien regretté depuis de l’avoir chargé d’une tâche au-dessus des forces d’un serviteur, respectueux de la

discipline, mais qui, en cette occasion, n’avait pas la foi.

Or, la foi est indispensable en police, tout aussi bien qu’en art ou en littérature. Malheureusement, elle manque souvent aux agents, surtout quand c’est le « patron » qui cherche à la leur communiquer. La vanité s’en mêle et, parfois, ils cherchent le contrepied de ce que le chef leur a dit.

Il est si agréable de prendre son supérieur en flagrant délit d’erreur, d’arriver à constater soi-même la gaffe qu’il a commise, et de lui faire comprendre, avec toutes les formes de la déférence, qu’on a été, une fois au moins, plus fort que lui.

Donc, Soudais partit dans de mauvaises dispositions, et à Lyon, son incrédulité ne fit qu’empirer.

L’agent et le parent de Gouffé furent reçus par les magistrats lyonnais avec un étonnement railleur.

Vraiment, ces policiers parisiens ne doutaient de rien !

C’était à Lyon, maintenant, qu’ils venaient chercher le dernier mot d’un crime commis dans la capitale !

Cela dépassait les bornes de la fantaisie.

Naturellement, cette attitude du parquet de

Lyon encouragea mon brigadier à croire que je m’étais complètement fourvoyé.

Les formalités nécessaires pour autoriser M. X... à voir le cadavre de son parent durèrent plusieurs heures, et, très tard dans la soirée, Soudais et lui purent franchir le seuil de la Faculté de médecine.

Elle fut lugubre, cette visite :

Un garçon d’amphithéâtre, une mauvaise lanterne à la main, les précédait et les lit desdendre dans les sous-sols de la Faculté.

A peine la porte ouverte, une odeur méphitique épouvantable saisit à la gorge M. X... et Soudais, et quelle que fût l’énergie du parent de M. Gouffé et l’accoutumance que mon agent pouvait avoir des tableaux macabres, tous deux se sentirent pris de frissons en apercevant, au milieu des ténèbres de ce souterrain, trois corps étalant sur des dalles leur nudité hideuse.

Les rayons rougeâtres du fanal dansant sur ces faces mortes semblaient les animer ; les ombres leur dessinaient un rictus affreux.

M. X... l’a dit plus tard: « Il n’avait pas l’habitude du cadavre » et naturellement, une fois dans ce lieu sinistre, sa seule préoccupation était d’en sortir au plus vite.

Il examina donc rapidement le corps qu’on

lui désigna et que,' sous l’impression qui le dominait, il ne reconnut pas.

Le cadavre était, du reste, dans un état de décomposition très avancé. On Lavait laissé dans la position où on l’avait trouvé, accroupi et ligotté, et les insectes qui pullulent dans les, bois avoisinant le Rhône avaient dévoré le visage.

Cependant, un détail avait frappé M. X... : les cheveux du corps trouvé à Millery étaient presque noirs, et le jeune médecin qui malheureusement remplaçait alors le docteur Lacassagne absent, avait ajouté dans son rapport « qu’ils étaient longs et bouclés ».

M. X... ne pouvait reconnaître son parent, qui avait les cheveux courts et châtain-clair.

On verra, par la suite, quelle est l’importance d’une erreur initiale dans les constatations judiciaires.

Le jeune médecin, lui aussi, « n’avait pas encore assez l’habitude du cadavre ». Si le docteur Lacassagne n’eût pas été absent en ce moment, il est certain que l’identité du mort aurait été établie six mois plus tôt.

M. Lacassagne est, du reste, le médecin légiste le plus remarquable que j ’aie j amais connu et j’ai toujours le plus grand plaisir à rendre hommage à sa science.

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Mais Soudais et M. X... n’avaient sous les yeux que le rapport du confrère de l’éminent praticien ; tous deux revinrent à Paris, déclarant qu’ils étaient absolument persuadés que le cadavre trouvé à Millery n’était pas celui de Gouffé.

M. X... ne pouvait certes pas dire autre chose après ce qui venait de se passer.

Quant à Soudais, il avait commis une faute professionnelle, qu’un agent plus parisien, plus adroit, plus artiste comme j’en avais quelques-uns, n’aurait jamais commise.

C’était un homme patient, capable de suivre une piste pendant des mois, mais il lui manquait cet esprit d’initiative, ce « je ne sais quoi » qui donne à certains policiers, au moment opportun, l’intuition, le coup de foudre avec lesquels on gagne les batailles. Si Soudais avait eu cette intuition, il n’aurait pas quitté Lyon sans s’offrir le voyage de Millery, d’autant plus qu’au moment où il s’en allait il apprenait, vaguement il est vrai, qu’à quelques kilomètres de l’endroit où l’on avait trouvé le cadavre, un chercheur d’escargots avait ramassé des débris d’une malle.

Si Soudais s’était rendu sur place, il eût alors recueilli les importants témoignages que je reçus quatre mois plus tard, et la précision

sur la date de la découverte lui eût peut-être donné l’idée, malgré ce que pouvait dire M. X..., qu’il était intéressant de suivre cette piste.

On devine mon désappointement quand Soudais me rendit compte du résultat de sa mission, et quand M. X... me les confirma ; mais en ma qualité de Breton, je suis très entêté, et je ne pouvais me décider à abandonner la conviction tout instinctive qui s’était imposée à mon esprit, en lisant l’article de la Lanterne.

Le magistrat instructeur, en apprenant que M. X... n’avait point identifié le cadavre de Millery, s’était contenté de dire : « Encore une mauvaise piste. »

Moi, j’étais loin de partager son avis.

Je m’entêtais contre ce qui semblait l’évidence même, mais toutes les fois que, suivant mon idée fixe, j’interrogeais de nouveau Soudais sur son voyage à Lyon, il me répondait invariablement :

« Vous -auriez peut-être raison, monsieur le chef, s’il ne s’agissait que d’une erreur possible de M. X...

» Le visage, en effet, était méconnaissable et M. X... aurait parfaitement pu se tromper. Mais, il y a une chose indiscutable : c’est que

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les cheveux du mort sont noirs, longs et bouclés, tandis que, vous le savez bien, les cheveux de Gouffé étaient courts et châtain-clair... Vous voyez donc qu’il est impossible que ce soit Gouffé. »

Je ne trouvais pas grand’chose à répondre à mon agent, mais ma conviction restait entière r si bien que je faisais couper et classer soigneusement tout ce qui paraissait dans les journaux de Lyon au sujet du fait-divers de Millery, et Soudais, prenant en pitié mon entêtement, disait parfois à ses camarades :

« Pauvre patron ! Je crois bien qu’il a un grain. »

Ces réflexions me laissaient très froid.

J’étais parti d’un point de vue mathématique.

J’avais, à Paris, un crime sans cadavre ; on avait, à Lyon, un cadavre sans crime ; pourquoi ce cadavre ne serait-il pas celui que je cherchais ?

Et tant que la véritable identité de l’inconnu de Millery ne serait pas démontrée, ou tant que je n’aurais pas, d’autre part, retrouvé Gouffé, il me semblait que ma conclusion restait d’une logique irréfutable.

A Lyon, il est vrai, onpvait constaté la disparition de plusieurs personnes, notamment

celle d’un architecte, M. D... Or, le père avait même reconnu le cadavre, et, circonstance aggravante, les témoignages établissaient que, la veille de sa disparition, il avait mangé des aliments identiques à ceux retrouvés dans l'estomac du cadavre de Millery lors de l’autopsie.

Précipitant un peu les événements, j’ajouterai qu’on allait probablement dresser l’acte de décès au nom de l’architecte, quand le prétendu mort se présenta, de retour d’une petite excursion qu’il était allé faire aux environs de Monte-Carlo, sans prévenir sa famille. C’est tout juste s’il ne fut pas réprimandé par le Procureur de la République de Lyon, pour avoir l’audace de ne pas vouloir continuer à jouer le rôle de cadavre. Cela marchait si bien.

A la même époque, un fait nouveau s’était produit.

J’ai déjà dit qu’un chercheur d’escargots, quelques jours après la funèbre découverte de Millery, avait trouvé des débris de bois paraissant provenir d’une malle, à quelques kilomètres plus loin, près d’un village appelé Saint- Genis-Laval, à un endroit connu sous le nom de Pierre-Bénite.

J’avais suivi avec le plus grand soin, dans les journaux de Lyon, les suites de cette dé-

couverte, qui me semblait se lier très étroitement avec celle du cadavre de Millery.

Le brigadier de gendarmerie de Saint-Genis- Laval consignait dans son rapport que, sur un des débris ramassés, se trouvait une étiquette de chemin de fer portant le n° 1231, train 3, 27 juillet 188... Un expert avait été désigné et avait conclu que 188... voulait dire 1888. D’après cette version, l’étiquette était ancienne et ne semblait par conséquent, en aucune façon, se rapporter à l’affaire Gouffé.

Alors, j’eus l’idée de proposer une chose qui semble toute naturelle en Amérique et en Angleterre : de promettre une forte prime à celui qui découvrirait le ou les assassins ; mais les magistrats auxquels j’en parlai me répondirent que ces mœurs étaient indignes de la France et que, d’ailleurs, le budget de la justice ne prévoyait pas de semblables dépenses. Ce pauvre budget de la police et de la justice ! Il est, enœffet, bien infime, même pour les recherches criminelles ordinaires, pour ce qu’on peut appeler le courant, et si chaque année il y avait plusieurs affaires Gouffé, la justice serait souvent en faillite.

Aussi ne me fut-il pas possible d’insister auprès du juge. Alors, je résolus de m’adresser à la famille du disparu.

J’ai gardé le souvenir très vivace de l’émouvante entrevue que j’eus avec les parents du malheureux huissier, qui accueillirent ma proposition avec le plus grand empressement.

Peu de temps après cette démarche, les Petites Affiches contenaient l’avis suivant :

« La famille Gouffé s’engage à payer une somme de dix mille francs à la personne qui pourra fournir des renseignements utiles à la découverte de l’huissier disparu. Toutes communications devront être adressées à M. X..., ami de M. Gouffé, rue Paris. »

Ge n’était pas une sinécure que M. X. . . avait acceptée.

Dès le lendemain, il recevait un courrier invraisemblable. La promesse des dix mille francs avait mis en mouvement la foule des policiers amateurs qui, sans qu’on s’en doute, fourmillent dans les cafés de Paris et de la province... L’appât ne pouvait manquer également de tenter les maîtres-chanteurs, aussi nombreux et plus dangereux que les policiers fantaisistes.

Mais M. X..., ancien notaire, était un homme calme, peu commode à berner, et sa caisse restait hermétiquement fermée aux carottiers de de tous genres lancés à l’assaut de la prime.

Une des lettres les plus curieuses qu’il reçut fut la suivante, dont je respecte le style :

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« Villiers-Saint-Paul.

» Monsieur,

» Il y a quelque temps, je me promenais sur les bords de l’Oise, quand j’aperçus une bouteille qui flottait sur l’eau à un mètre à peine du bord.

» Intrigué par cette bouteille, je descendis et la ramenai à terre. Quelle ne fut pas ma surprise en apercevant une lettre dedans.

» Je fus obligé de casser la bouteille pour avoir la lettre; une fois cela fait, je la décachetai et je me mis à la lire.

» Elle était écrite de Pont-Saint-Maxence ; mais je ne puis vous l’envoyer, car je l’ai égarée. Je vous dirai plus loin comment. Je m’en rappelle un peu la teneur, elle était signée « Gouffé ».

» M. Gouffé disait qu’il était obligé de se suicider pour des raisons qu’il ne pouvait faire connaître. Alors, ne sachant pas à qui m’adresser, je me suis mis en devoir de la porter à la gendarmerie de Creil.

» Lorsqu’arrivé à cent mètres de la gendarmerie, je m’aperçus qu’elle était égarée. Je retournai immédiatement sur mes pas, mais ce fut, hélas ! peine inutile. Puissent, monsieur,

ces quelques renseignements, hélas ! bien incomplets, vous mettre sur la trace de M. Gouffé. Si vous avez besoin à moi (sic) veuillez me répondre par la petite poste du Petit Journal aux initiales A. G. qui veulent dire Gouffé, car je ne veux pas qu’on sache dans mon entourage que j’ai trouvé cette bouteille.

» Quant à la prime, je l’accepte si vous trouvez que je l’ai gagnée ; veuillez me le faire savoir aussi par la petite poste du Petit Journal.

» Agréez, monsieur, mes salutations empressées.

(Sans signature.)

» P. -S. — Je désirerais que le fait ne parût pas dans les journaux. »

M. X..., bien entendu, pour donner une leçon à ce mystificateur — qui était en même temps un filou, cherchant à extorquer une part des dix mille francs — fit tout simplement publier cette lettre par le Petit Journal.

La leçon ne servit guère aux fumistes.

Bientôt on m’apportait une bouteille qu’un pêcheur avait retirée de la Marne, où elle s’en allait au fil de Y eau et qui renfermait le billet suivant :

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«Je suis l'assassin de M. Gouffé, et comme je préfère la mort au déshonneur, je me suicide pour échapper à la justice des hommes, ne reconnaissant que celle de Dieu. »

Inutile de dire que je ne m’émus nullement de cette plaisanterie macabre. Les bouteilles. « fumistes » font partie des accessoires d’un grand crime. Depuis de longues années, dès que la police recherche un assassin, on recueille inévitablement, dans la Marne ou dans la Seine, un certain nombre de bouteilles flottantes contenant toutes une élucubration fantaisiste.

Quant aux lettres anonymes, dénonçant par vengeance, comme coupables de la suppression de Gouffé, les plus honnêtes gens du monde, c’est par centaines qu’elles s’empilèrent sur mon bureau.

Il arriva même un incident assez curieux. Je reçus, un beau jour, une lettre anonyme, me faisant savoir que le cadavre de l’huissier était caché dans une villa des environs de Paris. La dénonciation précisait : elle disait qu’on trouverait le corps de M. Gouffé enterré sous la niche du chien de garde.

Le propriétaire de la villa était un homme parfaitement honorable et sur lequel il était impossible de faire peser une pareille accusa*

tion. Cependant, le mystère qui entourait la disparition de Gouffé était si profond, que la justice n’avait pas le droit de négliger une indication.

J’allai donc trouver ce monsieur, et, avec les plus grandes précautions, je l’avertis de l’accusation anonyme que j’avais reçue. — Il ne s’agissait en réalité que d’une simple formalité — mais lui ne voulut pas l’entendre ainsi.

— Monsieur Goron, me dit-il avec beaucoup de bon sens, nous vivons à une époque où les légendes les plus folles s’accréditent avec une rapidité dangereuse. Je ne veux à aucun prix rester sous le coup d’une suspicion aussi ridicule et aussi invraisemblable ; je vous demande donc, en grâce, de faire faire immédiatement les fouilles à l’endroit désigné par votre correspondant anonyme.

Je n’avais qu’à me rendre à ce désir. Les fouilles furent faites et, bien entendu, on ne trouva rien.

Cependant, je continuais à lire avec attention les journaux de Lyon.

Je ne pouvais me décider à abandonner cette piste, malgré les différences de dates, malgré les expertises.

Seulement, je gardais mes impressions pour

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moi. A quoi bon chercher à convaincre les incrédules qui souriaient de mon entêtement ? Je savais bien que tout le monde considérait avec pitié ce qu’on appelait alors la « marotte de Goron ».

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