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CHAPITRE XIII

Néanmoins, les Lyonnais n’étaient point encore tout à fait convaincus, et le lendemain même du jour où le docteur Laccassagne avait si savamment levé l’anonymat du corps de Millery, le juge qui avait dirigé l’instruction basée sur les dénonciations de Laforge, faisait venir dans son cabinet et interrogeait longuement un brigadier d’octroi, voulant jouer un rôle, qui prétendait avoir vu le 6 juillet la fameuse malle arrivant de Paris. Mais cela m’importait peu ; il est impossible de nier longtemps la lumière. Cette fois, je considérais la bataille comme bien gagnée.

Cependant, nous n’avions pas fini ; il restait à découvrir les assassins, ce qui dans une

affaire judiciaire n’est pas sans avoir une certaine importance ; mais, avouons-le, ce n’était pas chose facile.

Nous n’avions guère qu’un indice, la fameuse malle, que le parquet de Lyon avait eu l’excellente idée de faire reconstituer par des ouvriers habiles et patients, qui avaient su réunir tous les débris, et redonner au funèbre colis à peu près sa forme première. Il n’était même pas aisé de déterminer sa provenance. Elle était faite d’un bois de peuplier très léger avec lequel se fabriquent les caisses d’oranges venant d’Espagne.

L’pxtérieur était recouvert d’une moleskine de fabrication anglaise. On en avait tiré des épreuves en photochromie très exactes qui avaient été envoyées, à Paris, à tous les marchands d’articles de voyage. Cela ne donna aucun résultat. Mais tous s’accordèrent à dire que la malle était incontestablement de fabrication étrangère, plutôt allemande. Étail-ce parce que le bois était espagnol et la moleskine anglaise ?

C’était vague. Mais je me souvenais de la vieille valise et du manifeste socialiste qui, lors de l’affaire Pranzini, étaient les seuls indices que je possédais, quand je m’étais lancé à la recherche de Gessler à travers l’Europe.

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La malle était une pièce plus sérieuse pour aider nos recherches.

Nous savions qu’elle était partie de Paris ; c’était donc là qu’elle avait le plus de chances d’être reconnue.

Revenu à Paris, je me la fis expédier par l’intermédiaire de M. Dopffer ; mais en voyant le colis, je me dis immédiatement que cette malle, d’abord brisée en mille morceaux, ne présentait pas, malgré sa reconstitution habile, une malle utilisable. Personne n’avait pu la voir ainsi. C’était une ruine reconstituée, mais c’était une ruine.

Il fallait, pour que l’expérience fût bien faite, présenter au public un objet susceptible d’avoir été vu par lui. Je chargeai donc des ouvriers, je dirai même de véritables artistes, de faire une reconstitution qui donnât l’illusion aussi complète que possible de ce que pouvait être ce colis quand il avait, comme tout semblait l’indiquer, quitté la gare de Lyon, le 26 juillet.

Pour arriver à un résultat, il était nécessaire que beaucoup de bruit fût fait, et comme le seul moyen était d’intéresser la presse à la découverte de l’assassin, je donnai aux reporters tous les renseignements qu’ils me demandaient. Je fis mieux, je n’hésitai pas à faire

parler dans les journaux d’une façon plus précise de l’indication fournie à la' justice par „M. R... Cela était absolument nécessaire, si comme je le croyais cette piste était la bonne.

Il fut donc résolu que les deux malles, l’authentique et la reconstituée, seraient exposées à la Morgue.

Les articles des journaux eurent l’avantage de passionner la population parisienne, car le premier jour d’exposition à la Morgue, l’affluence fut énorme, et c’était par milliers que les curieux défilaient dans la lugubre maison, si bien qu’on avait dû installer un important service d’ordre.

On avait placé les deux malles à l’extrémité et on les avait surmontées d’une pancarte ainsi libellée :

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