‹ L'amour criminelChapitre 24 sur 33 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

lui avait donné l’idée de choisir Gouffé pour victime, Gabrielle sursauta.

— Oh! quel toupet, s’écria-t-elle. Mais ce n’est pas vrai ! Est-ce moi qui savais que Gouffé avait toujours beaucoup d’argent sur lui ?

Enfin, après une reconstitution du crime très complète, si complète que le lendemain des journaux prétendaient que les magistrats avaient fait de la pornographie, — on en vint à la fameuse question de la cordelière.

— C’est Eyraud qui l’a étranglé avec ses mains ! s’écria Gabrielle.

— Madame ment, répond Eyraud ; c’est elle qui a passé au cou de Gouffé sa cordelière, en lui disant : « Cela te ferait une belle cravate ! »

Je sortis de ma cachette, criant : « Il est pris. »

Alors je vis qu’il était inanimé. Gabrielle l’avait étranglé.

— Menteur ! menteur ! criait la femme.

Eyraud, -imperturbable, une flamme mauvaise dans les yeux, continuait à accuser sa maîtresse.

On devinait qu’à ce moment une dernière espérance faisait battre le cœur du misérable. De temps en temps, il regardait le juge, puis moi, comme s’il eût cherché à lire notre impression sur nos visages...

l’amour criminel

Je suis sûr qu’à cet instant précis, Eyraud bien joyeusement eût posé sa tête dans la lunette de la guillotine, s’il avait pu voir Gabrielle guillotinée à côté de lui !

La haine féroce de ce monstrueux amant pour sa maîtresse infidèle éclatait. Son visage se contractait, ses lèvres frémissaient de rage ; il était effrayant à voir.

De son côté, Gabrielle, violente, la face congestionnée et tenue à grand’peine par deux agents, répétait:

— Menteur! Menteur! Lâche! Lâche!...

Elle méritait bien, à ce moment, le surnom de « petit démon » qu’on lui avait donné.

Mais il était facile de comprendre que ce qui l’indignait le plus, ce n’était pas l’attitude d’Eyraud à son égard, c’était l'anéantissement de son petit roman personnel.

Elle prétendait n’avoir pris aucune part au crime et s’être refusée à toucher le corps de Gouffé mort. A cela, Eyraud répondait qu’il lui eût été impossible de mettre dans un sac un cadavre de lm78, sans être aidé. Il prouvait par une foule de détails que Gabrielle avait eu un rôle actif dans le drame.

Le lendemain, les journaux publièrent sur cette confrontation des renseignements si complets, que des hommes politiques s’émurent

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