ÉPILOGUE
Ce pauvre M. Liégeois eut un médiocre succès. L’avocat de Gabri elle lui-même jeta par-dessus bord l’hypnotisme et toutes les théories de M. Liégeois et de « l’école de Nancy ». Il se contenta de la présenter comme une détraquée, ce qui avait le grand mérite d’être plus simple et plus juste.
Ce qui m’intéressa aussi beaucoup, ce fut l’attitude d’Eyraud, quand M. K... comparut comme témoin.
Quand il l’aperçut, il se leva. Ses yeux lançaient des éclairs, il serrait furieusement les poings. Il aurait éprouvé, j’en suis sûr, une joie intense à meurtrir celui qui lui avait pris la femme qu’il aimait.
Là encore apparaissait, dans toute son âpreté, la jalousie furieuse, féroce, qui avait perdu ce criminel et l’avait rendu plus maladroit qu’un vulgaire escarpe qui, pour se venger d’une fille, se fait condamner avec elle.
.Comme je l’ai dit avant de commencèr le récit de ce drame, n’est-ce pas l’affaire criminelle la plus complète sous tous les rapports? N’est-ce pas le vrai feuilleton judiciaire, avec toutes ses péripéties sans nombre : criminels et agents de police voyageant à travers le monde, somnambules extra-lucides voulant apporter leur concours plus ou moins inté-
l’amour criminel
ressé, lutte entre les polices et le parquet, défilé d’hommes d’affaires, de demi-mondaines et de filles de bas étage, tant en Europe qu’en Amérique ; enfin psychologie spéciale de deux êtres qui se désirent et se haïssent à la fois.
Il est aussi un côté bien caractéristique qui a dû frapper le lecteur, c’est l’audace inouïe et presque inconsciente dont ont fait preuve les criminels, aussi bien avant qu’après le crime.
Combien de fois, en effet, n’ont-ils pas risqué d’être pris ? En quittant la rue Tronçon- Ducoudray pour venir la nuit dans le bureau de Gouffé, Eyraud devait s’attendre à être arrêté par le concierge, sinon en entrant dans Eétude, du moins, en en sortant.
Quinze jours après le crime, au retour de Marseille, 'les assassins n’ont-ils pas fait preuve d’une audace incroyable en venant dans le petit appartement de la rue Tronçon-Ducoudray chercher le chapeau qu’ils avaient oublié ?
N’est-ce pas un comble ?
Ils lisaient, il est vrai, les journaux racontant nos insuccès ; mais n’était-il pas possible que, sans rien dire à la Presse, nous eussions découvert la piste, et qu’Eyraud, réclamant son chapeau, se trouvât en présence d’un agent de la Sûreté ?