ÉPILOGUE
contant par le menu les moindres détails du drame judiciaire qui passionnait l’opinion publique à ce moment, presque autant qu’aujourd’hui Y Affaire, avec la différence qu’il y avait moins de coups de tampon dans l’air.
Donc, sauf peut-être l’huissier du Préfet, qui n’avait pas su ce qu’était Gabrielle Bompard quand elle était venue se constituer prisonnière, tout le monde vivait le drame mystérieux.
Eh bieij ! malgré la Presse, malgré les appels pressants faits de tous côtés, il est un homme, un comparse, qui ne devait pourtant avoir rien à craindre de la justice et qui, au contraire, devait plutôt s’empresser de venir chercher la prime offerte ; il est un homme, dis-je, qui ne se présenta pas et que la police ne retrouva jamais, même quand les détails du crime furent avoués par les assassins. C’est le cocher de la voiture à galerie qui, le 27 juillet 1889, se transformant à son insu en cocher des Pompes funèbres, transporta la malle sanglante de la rue Tronçon-Ducoudray à la gare de Lyon.
A quoi attribuer le silence de cet automédon ? Etait-il ivre dès le matin, quand il chargea ses sinistres clients et leur funèbre colis ? Est-il mort du 27 juillet au jour où l’on a
connu le transport du cadavre ? Est-ce tout simplement parce que l’on était en pleine Exposition et qu’au milieu de ce brouhaha il n’a pas fait attention à ce détail de sa vie ? S’il n’y avait pas eu cette prime en perspective, je dirais que c’était simplement pour ne pas venir perdre son temps à poser des journées entières, soit à la Police, soit au Parquet, comme les témoins importants le font la plupart du temps. Mais il y avait une prime, et alors la question reste encore pendante.