INTRODUCTION. XVII
L'élévation du caractère de Dante, son incontestable supériorité sur tous ses concitoyens, supériorité dont il avait une haute conscience, son imperturbable équité, et, Ton peut supposer, un caractère peu maniable, n^ pouvaient manquer de lui faire des ennemis dans tous les camps; or toutes les haines alors étaient impitoyables.
En 1301, le pape Boniface VIII, de concert avec la faction des Noirs, dominante alors, avait appelé Charles de Valois, frère du roi de France Philippe le Bel ; c'était dans le but de réformer le gouvernement de Florence, cil il voulait Tenvoyer, et d'abattre la faction adverse des Blancs. Dante, envoyé en ambassade auprès du Saint-Père, s'opposa avec animation à cette venue, qu'il considérait comme dangereuse pour l'indépendance de sa patrie, et fit tous ses efforts pour le dissuader d'une intervention aussi malencontreuse. Mais le Pape ne céda en rien, et s'arrangea pour retarder tellement le départ de l'ambassadeur florentin que les ennemis de celui-ci, le parti des Noirs l'ayant emporté, saccagèrent sa maison et, sous le prétexte faux d'appartenir à la faction abattue, le firent bannir de Florence.
Ce récit, emprunté textuellement à Fraticelli, et généralement accepté, a été contesté, comme la plupart de ceux qui ont trait à la vie privée comme à la vie politique du poète (1). Il est difficile, pour la première, de
(i) Voir l'article de M. Jeanroy dans la Grande Encyclopédie, et aussi un article de la Revue des Deux Mondes (15 décembre 1890), la Biographie de Dante, par M. ëd. Rod, conçue dans le même esprit critique que celui de M. Jeanroy; Tun et l'autre, sans doute inspirés du scepticisme de M. Bartoli (Florence, 1885-89), relativement à tout ce qui nous a été transmis sur la vie de VM\ghieri.