‹ L'amour dans la Divine ComédieChapitre 17 sur 33 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

faire le départ de la légende et de la réalité. La seconde a dû offrir bien des complications, également difficiles à saisir sur le vif, en rapport avec la situation si compliquée elle-même de Tltalic du Nord : là Témiettement des partis au pouvoir d'un jour ne pouvait avoir d*égal que les bouleversements et les révolutions qui en changeaient incessamment les conditions. La droiture inflexible du caractère de Dante le condamnait d'avance à recueillir de tous les côtés des inimitiés également inflexibles, a II était Guelfe par tradition et par souvenir, dit M. Bartoli; il était Gibelin par dédain, par colère, par désir de vengeance, n

Ce qui nous intéresse davantage , c^est ce que nous savons, sinon par le menu, du moins dans son ensemble, de la vie menée par TAlighieri depuis son exil, dont il ne devait pas voir la fin, jusqu'à sa mort, c'est-à-dire depuis sa trente-sixième jusqu'à sa cinquante-sixième année, de 1301 à 1321.

L'exil de Dante fut donc définitif. Il ne revit jamais la cité où s'était déroule le premier roman de sa jeunesse précoce, et où il aurait pu consacrer au bien public sa grande intelligence et ses hautes vertus.

Exil plusieurs fois proclamé, confiscation de sa modeste fortune, condamnation deux fois répétée à être brûlé vif, tels furent les effets des haines qu'il avait laissées dans tous les partis, tel fut le mépris de cette démocratie pour la gloire que, vivant encore, il eût pu déjà déverser sur son ingrate patrie.

Il est vrai qu'en 1316 une amnistie générale aurait pu lui permettre de revenir finir ses jours à Florence; mais il fallait la payer d'actes humiliants auxquels sa juste fierté ne pouvait s'abaisser.

INTRODUCTION. xix

Une obscurité relative règne sur Texistence errante et précaire qu*il dut mener pendant cette longue période de vingt années. Ce fut bien une vie errante, par les villes, les châteaux, les monastères, et quelques voyages plus lointains, à Paris même. Il parait avoir reçu partout un accueil sympathique, souvent affectueux, près d'anciens amis et d*amis nouveaux.

Il n'avait pas renoncé à jouer un rôle politique ; mais il se donna surtout à des travaux littéraires, embrassant depuis les sujets d'étude les plus sévères jusqu'à des œuvres de pure imagination. Ses écrits sur la philosophie, la linguistique, la politique, sans parler de ses canzoni, représentent une production considérable et qui étonne singulièrement quand on songe aux dures circonstances parmi lesquelles elle s'est accomplie. Mais l'œuvre qui devait lui assurer l'immortalité, la Divine Comédie, ne cessa jamais de le domiuer. Si V Enfer parut dès 1308, le Paradis, sa troisième cantica^ comme il a nommé chacune des parties de sa trilogie, ne fut terminé qu'en 1321, année de sa mort(l).

C'était un homme de tenue soignée (pulito), de taille, moyenne, d'un aspect agréable et plein de gravité, parlant peu, mais prompt à la riposte, éloquent lorsqu'il le fallait. (Bruni.)

Il avait, au dire de Boccace, le visage allongé, le noz aquilin, les yeux plutôt grands que petits, les mâchoires fortes, la lèvre inférieure avancée. Son teint était brun, sa barbe et ses cheveux épais, noirs et crépus (2).

(1) On n'est nullement d'accord sur Texactitude de ces dates.

(2) Boccace a été son contemporain. Il était né en 1313. Bruni, un peu plus tard, en 1369*

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