XX INTRODUCTION
Dante, nous dit M. Jeanroy, était, de son propre aveu, de complexion amoureuse. Sa correspondance en témoigne, et aussi sa confession à Béatrice. Ceci nous éloigne un peu du Dante de la légende, ce sombre personnage dont les femmes s'écartaient dans la rue en disant entre elles : a Voici celui qui revient de Tenfer. »
L'imagination et la sensibilité se sont montrées chez Dante d'une précocité presque maladive. Il parait avoir été toute sa vie sujet a des visions, c'est-à-dire à des hallucinations. Les évanouissements qui suivirent plus d'une fois ses plus fortes émotions dans son voyage en enfer, avec égarement au réveil, bien que fictifs, doivent être la représentation d'accidents réellement éprouvés. Il parait impossible de ne pas voir, dans toutes ces circonstances, des témoignages, sinon d'une hystérie proprement dite, du moins d'une constitution bien voisine de l'hystérie. Ce mot, qui paraîtra peut-être à quelques personnes un peu irrévérencieux pour la personne du grand poète, n'exprime pas précisément un diagnostic, mais l'idée d'une déséquilibration du système nerveux, ce qui est du reste parfaitement compatible, et se rencontre souvent, avec le plus large développement des facultés de l'intelligence (I).
(1) On lit dans le Giornal Dantesco (Roma-Venezîa, anno I, quaderno VI) : s Quanti potranno leggere senza sorridere, dans le libretto de M. Durand-Fardel : Dante Alighieri, Ollendorf, 1893, que : Dante paraît avoir été toute sa vie sujet à des visions ou à des hallucinations, que Vlnferno est Tœuvre d'un visionnaire...? » (Passer ini.)
On lit dans la Gazelta litteraria (Torino , 25 novembre 1893) : c Ce me fut un grand plaisir quand, dans une récente étude de M. Durand-Fardel, j*ai trouvé cette note qui m'a paru aussi justifiée que nouvelle {nuovissimà) : que Dante est probablement mort