XXIV INTRODUCTION
par esprit de rancune et de camaraderie qa*on écrit la Divine Comédie. Ce n'a pas été pour élever un temple à Béatrice : il avait écrit la Viia nuova. Ce n*a pas été pour montrer ce qu'on pouvait faire de la langue vul* gaire, ou pour soutenir une conception politique. Il a écrit il Canvito et de Monarchia.
Il faut chercher plus haut (1).
Le treizième siècle fut un siècle d'anarchie (Carducci). Les esprits dévoyés et les âmes égarées ne savaient de quel côté se tourner ni sur quoi se poser. L'Empire était condamné par son éloignement , son indifférence » la vanité de ses apparitions réitérées. Il fallait un conducteur d'hommes. Un seul peut-être eût pu être celui-là, Frédéric II. Mais il lui aurait fallu vivre plusieurs vies successives : et encore qu'en serait-il sorti ?
La papauté avait perdu son prestige. Il y avait eu de grands papes, quelques politiques habiles s'étaient assis sur le trône de saint Pierre; quelques saints même. Mais ce qui manqua le plus à cette déjà longue lignée de souverains spirituels, c'était le sens moral. La papauté s'affaissait sous le dégoût et la terreur.
Il fallait un conducteur d'âmes. Quelques grands esprits avaient surgi, dont l'empreinte n'est pas encore effacée de nos jours, Mais, à peine disparus, leurs enseignements et leurs vertus s'étaient obscurcis, et le
(i) Ozanam a vu dans la Comédie une œuvre de contrition, t C'est de la grande révolution qui se fit dans son âme (vers 1300) et de» larmes de cette glorieuse pénitence que nous voyons sortir un poème immortel. > (Œuvres complètes, t. IX.) On en avait dit à peu près autant à propos de la mort de Béatrice, qui avait eu lieu dix ans auparavant. C'est sans doute tout un concours de circonstances funestes qui ont poussé dans le mysticisme et la familiarité de la mort une organisation toute prête elle-même à s'y plonger.