INTRODUCTION. XXV
temps était encore loin oâ rÉglise romaine, comme les préceptes de ces puissants éducateurs, devaien t reprendre dans le monde une place digne de leurs origines.
Dante a voulu sans doute construire un monument qui promit un asile secourable aux âmes blessées, un tribunal inflexible aux tyrans. Il a voulu porter Teffroi dans les cœurs superbes, apporter un encouragement aux désespérés, une consolation aux souffrants, montrer une apothéose aux héros. Et, pour initier les âmes aux choses divines, pour expliquer aux esprits les allégories, il a fondu le monde mortel dans lé monde surnaturel, il a ramené le passé, il a prêté une figure à ses pressentiments, il a remué Thistoire, il a agité la légende, il a mis en jeu les forces de Tunivers, il a étalé tous les aspects de la nature ; et il s'est mis luimême au premier plan, se livrant tout entier dans ses grandeurs et ses faiblesses, acteur à la fois et spectateur des scènes les plus tragiques, des épisodes les plus émouvants et des représentations les plus sublimes (1).
Mais Tétude de la Commedia nous offre un intérêt d'un ordre très particulier sur lequel je tiens à insister.
(i) M. Giosué Garducci a écrit de fort belles pages sur ce même sujet. (Discorso sulV opéra di Dante, Bologna, 1888.) Cet écrivain distingué y a ajouté un rapprochement intéressant entre les états d'âme en Italie, à la 6n du treizième siècle, et les états d'âme en France, après les tourmentes de la Révolution et de Fempire. L'aboutissant en a été la Divine Comédie d'un côté et de l'autre le romantisme. Mais la Comédie a été une œuvre d'encouragement et d'espérance, et le romantisme une œuvre de pessimisme. M. Garducci aurait pu mentionner particulièrement le Génie du christia^ nisme. L'action exercée sur la société française par le poème (en prose) de Ghateaubriand a été beaucoup plus rapide et effective ; elle a été moins durable sans doute. Mais il ne faudrait pas pousser trop loin de semblables rapprochements.