XXVIII INTRODUCTION
celle-ci. Il ne s*en absente pas (l*un vers, il en est le héros. C'est pour lui que tout le inonde céleste, depuis les régions infernales jusqu*au sommet du Purgatoire et jusqu'aux plus sublimes profondeurs de TEmpyrée, est mis en Tair, et que les lois éternelles sont transgressées, et que les bienheureux s'inquiètent, et que les messagers célestes se déplacent. Si aucune œuvre peutêtre n'a une portée plus universelle, il n'en est sans doute pas de plus personnelle.
Dante a eu plus d'un prédécesseur dans la peinture imaginaire de l'Enfer (I). Mais son véritable précurseur est Virgile, qu'il appelle son auteur, son maître, son guide (ilsuo duca). Mais qu'il y a loin du doux favori d'Auguste au sévère Florentin ! L'Enfer de Virgile est d'un poète ; celui de Dante est d'un visionnaire.
Si l'œuvre de l'Alighieri a une portée universelle, embrassant toute acception de temps et de lieu, si elle plonge au plus profond de la pensée humaine, elle se trouvait d'abord écrite, naturellement, pour ses contemporains et pour ceux de son pays; aussi est-elle remplie de souvenirs, de récits et d'allusions dont l'intérêt véritable se concentre dans un cercle bien circonscrit d'acteurs et de spectateurs. Il en était alors de l'histoire comme de la morale. Les moindres hommes, comme les moindres incidents, de Florence ou de la Romagne, prenaient aux yeux du poète une importance capitale, comme les questions de morale se mesuraient d'après ce qui régnait autour de lui, et s'accommodaient aux circonstances du petit monde où il vivait. Son esprit,
(t) G. Labitte, La Divine Comédie avant Dante, Revue des Deux Mondes, 1842, et traduction Brizeux.
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quelle qae fut son étendue, avait du se modeler dans une certaine mesure sur les divisions infinies de son pays. Les cercles de son Enfer répondaient aux cercles des vices et des faiblesses des hommes de son temps et de son milieu, mais auraient sans doute aujourd'hui de tout autres destinations.
Nous retrouvons ici un caractère très général de Thistoire. Il faut arriver aux temps modernes pour voir les intérêts et les spectacles s'élargir successivement. Dans l'antiquité, — et il en était également ainsi alors que Dante écrivait, — le monde était étroit pour chacun, et quelque intaition que Ton put avoir de' son étendue, les intérêts comme les connaissances se circonscrivaient dans des limites bien restreintes, que Dante cependant, il faut le reconnaître, avait su élargir : Rome seule, à son apogée, avait eu du monde une notion analogue à celle qui appartient aux époques modernes. Mais cette notion s'était perdue, ou au moins très afiaiblie.
A l'heure où écrivait l'Alighieri, la langue en Italie était en voie d'évolution, encore hésitante entre ses idiomes vulgaires et la langue latine sa mère. Tandis que la langue vulgaire se trouvait morcelée dans les régions diverses du monde italien, le latin était l'organe de l'Église, du droit, des lettres, bien que déjà les traduc> teurs de la Bible, des Pères et des classiques, et quelques auteurs de mémoires contemporains, s'essayassent dans la langue nationale, avec laquelle les poètes Minores mariaient la langue provençale (1).
(1) « La langue de Dante était plus vulgarisée déjà c[u'on ne le croit. Il ne Ta pas créée. Il l'a organisée. > (Ozanam, le Purgatoire de Dante, traduction et commentaires. OEuvres complètes, 1862, t. IX.) Mais quand le savant professeur ajoute : c La langue n'a