‹ L'amour dans la Divine ComédieChapitre 29 sur 33 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

adressées par notre poète à nous, au Pape et à TEmpereur.

Ce fantôme se montrera bien des fois dans la Comédie, ramené par Tidée fixe du poète, et sa dernière apparition accompagnera le dénouement du poème.

Si Ton prétendait reproduire un portrait achevé de Dante, il ne faudrait pas considérer seulement le mystique, le politique, le lettré, le poète : il faudrait encore envisager le philosophe. Mais sa philosophie ne se prête pas à la définition : ce n'était pas une doctrine, si ce n'est en ce qu'elle devait à la subtile et puérile scolastique du moyen âge (Gebhart). Ses maîtres en philosophie avaient été Platon, Aristote, les grands théologiens, Thomas d'Aquin surtout.

et La sagesse et la science sont la source de toute félicité. La science est la perfection dernière de notre âme, celle où réside notre félicité suprême, le désir de savoir étant né avec nous; mais la sagesse mesure ce désir à la possibilité de le satisfaire (1). ))

La philosophie de Dante, tout en prêchant la science et la sagesse, n'était en réalité qu'un appel à l'ordre, à la justice, à la concorde, à la vertu. Du sommet de l'idéal où planait le poète de la Divine Comédie, descendait un évangile dicté par la sagesse humaine, mais enveloppé des voiles de cette théologie mystique qui a tant contribué à le revêtir lui-même, presque de son vivant, d'une figure légendaire.

C'est là surtout qu'il paraît intéressant de rechercher la philosophie de Dante, et non dans les conceptions

(1) // Convito, trattaii \P et 3*^, a été traduit par Sébastien RaiAi.,

INTRODUCTION. xxxili

imaginaires qu*il n*avait pas inventées, et quMl a seulement parées de la magie de son style. Lamennais a dit aussi : » Dante n'eut point de philosophie propre. Il adopta, sans innover, celle admise dans Técole... (1). »

Il parait assez difficile de se faire, d'après la Divine Comédie au moins, celle de ses œuvres que nous pouvons le mieux approcher» une idée précise de sa philosophie religieuse et de ses croyances.

La conception de ses tre Cantiche, TEnfer, le Purgatoire et le Paradis, est assurément orthodoxe (2), mais dans Texécution plus païenne peut-être qu'autre chose. Sans doute, il fait planer sur toute son œuvre la divine justice de celui qui est l'ennemi de tout mal...; sans doute, il célèbre dans le langage le plus théologique la venue de Jésus-Christ sur la terre, comme sa descente aux enfers... ; sans doute, il monire l'univers inondé de l'amour divin, et il semble, parmi les couleurs fulgurantes et les teintes attendries qu'il a prodiguées aux splendeurs du Paradis, s'abimer lui-même dans les délices de l'adoration.

Hais la mythologie ne tient pas une moindre place, ce qui était, il faut le dire, très conforme aux habitudes littéraires de l'époque, dans l'Enfer surtout, et dans le Purgatoire, que les souvenirs sacrés; et l'Eglise elle-même n'y apparaît guère que sous la personne de ses chefs indignes, et sur le trône profané de saint Pierre.

Que pensait-il au fond de sa conscience ? S'il est une

(i) Dante, Lamennais, traduction de la Divine Comédie, 1883. Œuvres posthumes.

(2) Se raporter à la paraphrase de l'oraison dominicale (Purgatoire) et à l'examen ihéologique subi devant saint Pierre (Paradis).

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