‹ L'amour dans la Divine ComédieChapitre 30 sur 33 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

âme difficile à interroger, c'est celle de TAIighieri. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que c'était un esprit bien libre, en dehors des entraves que lui imposaient sa propre droiture et une conscience inexorable; un esprit qui, sans doute, n'eût pas subi longtemps le prestige de la monarchie qu'il appelait, pas plus qu'il n'a subi le prestige de l'Église et de son chef suprême.

Et il ne faut pas oublier que la langue poétique permet toujours de suspecter quelque chose de la sincérité, non point de l'âme, mais de l'esprit. La poésie est un cristal grossissant. Si l'on a pu surprendre dans l'expression de ses extases amoureuses quelque agrandissement de la réalité (1), n'est-il pas permis de supposer à l'imagination du poète quelque part dans la magnificence de ses élans religieux ?

Dante peut-il être considéré, ainsi qu'on l'a fait, comme un précqrseur de Luther ? S'il n'était pas inutile de poser des questions auxquelles il est impossible de répondre, on aimerait à se demander quels sentiments il eût éprouvés, quelle attitude il eût gardée, devant la grande œuvre de la Réforme, qui ne devait s'établir que près de deux siècles après lui. Pris chacun dans le temps et dans le milieu où il vivait, il est difficile de les rapprocher : Luther fut un révolutionnaire, Dante est un conservateur. L'un voulait détruire la papauté, l'autre n'était ennemi que des papes. Mais combien de pensées communes ont dû s'agiter dans ces grandes âmes!

L'Italie fut conservatrice aussi. Et cependant elle était au cœur même de ces ignominies que, à part de courtes

(1) Jeanrot, article cité.

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