II PRÉFACE
France.) Ce n'est pas parce qu'il a parlé une langue semblable à ces aïeules dont le portrait ne nous transmet que les traits les plus caractéristiques de la race qu'elles ont créée ; mais c'est qu'il fut d'un temps dont Timage est enveloppée pour nous d'un brouillard impénétrable.
Nous pouvons bien arriver à en reconstituer le langage, à en retrouver les vêtements comme les habitudes extérieures. Mais la pensée, l'imagination, les idées du treizième siècle sont pour nous lettre morte. Cependant, par-dessus ce brouillard, brillent les caractères essentiels de l'humanité, et c'est parce que nous les y retrouvons que l'œuvre de Dante assure à son génie une durée qui offre à nos yeux un caractère d'immortalité.
De cette œuvre il nous faut laisser à son pays de naissance la partie politique (de Monarchia)^ la partie de linguistique (de Vulgari Eloquio), la partie philosophique (il Convito). Tout cela ne peut intéresser chez nous que ceux à qui la connaissance de la langue dans laquelle c'est écrit permet d'en pénétrer et la forme et le fond : et pour eux une traduction est inutile.
On doit en dire autant des œuvres purement lyriques de ce génie universel. Il est vrai qu'une originalité personnelle s'en dégage moins vivement de la production touffue du lyrisme roman