‹ L'amour dans la Divine ComédieChapitre 7 sur 33 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

les œuvres étrangères, alors surtout, et je n'en ai pas d'autres en vue, qu'il s'agit d'œuvres lyriques, et appartenant à des époques absolument différentes de la nôtre ?

Le devoir d'un traducteur est de représenter, aussi exactement qu'il le peut, les actes et les objets, et de reproduire, aussi fidèlement qu'il lui est permis, les pensées, exposés ou exprimés par l'auteur. Mais est-ce par la copie servile des mois qu'il y réussira? Non, assurément. D'un pays à un autre pays, et d'une époque à une autre époque, les mêmes objets et les mêmes pensées s'expriment d'une manière différente, et des expressions en apparence- identiques ne répondent plus aux mêmes phénomènes ni aux mêmes idées. C'est qu'en réalité les choses sont vues par des yeux différents et les impressions ressenties par des organisations tout autres. Et l'on peut dire que plus une traduction est littérale, et plus elle est infidèle, en ce sens que moins elle rend ce qu'elle est censée nous fournir.

De là vient le peu d'attrait que présentent au lecteur français les traductions de la Divine Comédie; et, s'il reste froid devant le grand drame de V Enfer, il est certain que la reproduction intégrale des deux autres cantiques rebute plutôt qu'elle ne retient l'immense majorité de ceux qui tentent de

PRÉFACE. Vir

s'y engager. Ils essayent quelquefois le Purgatoire, mais ils n'abordent pas le Paradis (1).

' Je crois donc à l'impossibilité de présenter, surtout de ces deux dernières parties de la trilo*gîe, une traduction, à proprement parler, acceptable. Ce qui nous empêchera toujours de pénétrer celles-ci sous leur forme originale, ce n'est pas l'exagération mystique ou symbolique qui les domine, c'est la scolastique, plus philosophique, encore que théologique, accommodée aux pro-.

cédés du moyen âge. Notre esprit y résiste, et notre attention s'y refuse.

Pour en faire une exposition facilement intel* ligible, et en même temps aussi fidèle que possible, j'ai eu recours à la forme du récit, c'est-à-dire à la forme impersonnelle. Ceci m'a permis d'élaguer les digressions les moins nécessaires, de condenser les discours, de résumer les expositions, de manière à mettre surtout en lumière la pensée du poète. Et, tout en laissant de côté ce qui appartient à la scolastique du moyen âge, je me suis appliqué à conserver à la narration le

(i) Il semble qu*il n'en soit guère autrement en Italie mêmç. Voici ce que je trouve dans une analyse du Paradis due à un écrivain distingué, à qui Tœuvre de Dante est très familière : « Ilfatto è che generalmente l'Infemo si studio; del Purgatorio si guardano pochi canti; il Paradiso è quasi interamente trascunato. » {Di cielo in cieloy Tere^^^a Gambinossi, S* Conte.)

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